Entretien avec la lauréate 2010 du Grand prix littéraire francophone

Florentine Kima, une juge burkinabée de 37 ans, a remporté le 6 juillet 2010 le deuxième Grand prix littéraire des régions francophones. L'écrivain, qui n'avait jusque là jamais été publiée, va voir son second livre édité à 3000 exemplaires. Chienne de vie évoque sans concessions la difficile condition des femmes dans les villages et les villes moyennes du Burkina Faso.

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Florentine Kima a découvert dans le journal l'existence de ce Grand prix. Pour l'édition 2010, elle a envoyé son deuxième manuscrit, Chienne de vie. Ce roman nous plonge dans le destin heurté d'une jeune villageoise dont la mère est morte en lui donnant le jour et dont père, accablé par ce drame, s'est alors enfui.

Les conditions de sa naissance lui valent d'être prénommée "l'esclave", la Yempoaka, et d'être soupçonnée de porter malheur. Cette jeune femme est sans cesse confrontée à la suprématie masculine et menacée par le poids des traditions. Ce livre a permis à l'auteur de témoigner d'une réalité tout en satisfaisant sa passion pour l'écriture. L'obtention du prix va lui permettre d'être lue.

“Une chance énorme“

“Une chance énorme“

“Je n'ai pas voulu ménager le lecteur“

“Je n'ai pas voulu ménager le lecteur“

Et le bilan de 50 ans d'indépendance?

Et le bilan de 50 ans d'indépendance?


Propos recueillis par Marie-Capucine Diss
3 août 2010

Extrait de “Chienne de vie“

Deux jours après "son procès", la vielle Yououga la fait venir dans sa case et lui parle en ces termes : - " La Yempoaka, ce que tu as fait est mal ! Tu es une femme mariée et tu le sais bien. Ma fille, la vie d’une femme sous ces contrées n’est que renoncement de soi. Tu dois t’effacer pour que survive la famille. Tu ne dois avoir de désirs que ceux de la famille, tu ne dois avoir d’envies que ceux de la famille. Tu n’existes pas, ma fille. Ici, existent nos hommes, la tradition et la famille. Si tu le comprend et l’accepte, alors tu pourras vivre en paix, sinon gare...

Ma fille, la société a ses règles et on ne les viole pas impunément. Je suis une femme, je suis une mère et je ne trahirai pas ton secret. Ne me demande pas comment je le sais, cela n’a aucune espèce d’intérêt. Ne recommence plus jamais ce que tu as fait. Et sache que dans ta situation, ton salut tient à ton silence... Vas, ma fille et que les mânes de nos ancêtres te protègent."

Sans plus lui accorder la moindre attention, la vieille Yououga plonge un doigt tout ridé dans sa tabatière, le porte à sa bouche édentée qu’elle fouaille longuement avant d’envoyer un jet de salive toute noire sur le mur de sa case. Sidérée, la Yempoaka suit d’un regard absent les étranges figures noirâtres qui souillent le mur. Comment, comment a-t-elle pu savoir ?

Faire connaître l'écriture francophone

Ce prix, créé en 2009, distingue un livre non encore publié, écrit en français dans une des 137 régions de l’AIRF, Association Internationale des Régions Francophones. Grâce à un partenariat avec l'Association des Ecrivains et Editeurs Francophones, le lauréat bénéficie d’une édition à 3000 exemplaires de son ouvrage. Celui-ci est ensuite diffusé dans les 25 pays partenaires. Le livre de Florentine Kima, actuellement en cours d'édition, sera distribué dans la région d’origine de son auteur, mais aussi dans l’ensemble de la zone couverte par l’AIRF : Afrique du Nord, Afrique du centre et de l’ouest, Asie, Québec et Europe. L’auteur ivoirien Arsène Ablo a été le premier lauréat du Grand prix.