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Entretien avec la princesse Lolowah Al-Faisal

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“Le développement des villes et la sédentarisation des populations ont créé une situation qui a très vite renfermé la femme sur elle-même“

La princesse Lolowah Al-Faisal Bin Abdulaziz Al Saoud, superviseure générale de l'université d'Effat, est la sœur du ministre saoudien des Affaires étrangères, le Prince Saud Al-Faisal

Princesse Lolowah Al-Faisal
Princesse Lolowah Al-Faisal
Flickr - novembre 2009


On estime que le statut de la femme en Arabie Saoudite évolue depuis près de trois décennies. Pourquoi depuis trente ans justement ?

L’Arabie Saoudite vit un changement permanent depuis quelques années. Notre pays est constitué à l’origine de tribus nomades, où la femme a toujours joué un rôle capital. Dans notre culture, les hommes étaient absents la plupart du temps. Ou bien ils partaient à la guerre, ou bien ils pratiquaient le commerce itinérant et la vie de la tribu reposait donc entièrement sur les mères de famille.

Dans cette société saoudienne qui est en pleine mutation, quelle place occupe la femme dans ce changement ?


Il existe des stéréotypes liés à la situation de la femme saoudienne. On l’imagine cloîtrée à la maison et renfermée sur elle-même. Ce qui n'est pas tout à fait vrai. La femme saoudienne a toujours travaillé. Nous sommes un peuple du désert. La vie dans cette partie du monde tournait autour du commerce et la femme jouait un rôle capital dans cette activité, c’est encore le cas loin des grandes villes. On les qualifierait aujourd’hui de « femmes d’affaires ».

Le développement des villes et la sédentarisation des populations ont créé une certaine méfiance. Cette situation a très vite renfermé la femme sur elle-même, sans doute pour les protéger des changements liés au passage à la vie urbaine. Le mode de vie a changé avec l’urbanisation, mais les coutumes prennent du temps à suivre le rythme.

Le roi Roi Abdallah a entrepris d’ouvrir tous les métiers aux femmes, et notamment de promouvoir les métiers de la santé et de l’éducation auprès de celles-ci. Il n’a jamais existé de lois contre l’évolution professionnelle de la femme, ce sont les traditions qui ont du mal à s’adapter à l’idée que la femme intègre les métiers modernes. Pourtant, beaucoup de foyers reposent sur le travail des femmes Elles sont pour certaines les piliers de leur famille.


Photo Flickr - novembre 2009
Quelles sont les actions concrètes ou les lois qui déterminent l’évolution du statut de la femme saoudienne ?

Des lois existent et elles n’ont jamais été contre la femme, mais elles se heurtent aux mentalités et aux traditions qui sont encore très fortes dans les familles. L’Arabie Saoudite n’est ni un pays trop hostile ni un pays trop libre, un peu à l'image de beaucoup de sociétés. L’État qui est par ailleurs le plus gros employeur a pris des dispositions particulières pour intégrer les femmes dans les métiers sociaux, sanitaires et éducatifs depuis près de 75 ans (l'État saoudien moderne a été créé en 1932), sans pour autant leur interdire l’accès à d’autres corps de métier. Le roi Abdelaziz, à l’époque, avait envoyé les premiers étudiants saoudiens pour se former dans les universités étrangères, et parmi eux, il y avait des femmes.

Les femmes n’ont pas de difficultés à travailler dans le social, la médecine, ou encore dans l’enseignement. L’éducation est libre et ouverte à tous. Il y a encore trente ans, certains domaines comme l’architecture intégrait très peu de femmes, ces dernières avaient du mal à y évoluer, du fait même des réticences sociales. Cela commence à changer.

Il faut savoir que les traditions chez nous ne pénalisent pas que les femmes. Beaucoup d’hommes n’osaient pas s’investir dans certains métiers comme la restauration par exemple, notamment pour être cuisinier. Mais on voit de plus en plus de jeunes gens venir à ces métiers considérés comme des travaux de femmes au départ.


Sur le plan politique, le gouvernement a nommé une première vice-ministre en 2008, certes elle n’avait pas les pleins pouvoirs dans sa fonction, mais cette nomination a été la preuve manifeste que le roi veut faire évoluer le statut des femmes.


Photo Stock.XCHNG
Qu’en est-il du droit de vote des femmes ?

Nous sommes une monarchie islamique, où il n’existait pas jadis de système électoral. Il n'y avait donc pas de vote, ni pour les femmes, ni pour les hommes. Un grand Conseil national a été créé, où siègent des représentants régionaux qui ont été élus il y a quatre ans, uniquement par les hommes. Le roi a promis que les femmes pourraient voter à la prochaine élection.

Il y a encore vingt ans, les femmes n’avaient pas de carte d’identité, elles étaient identifiées à travers le livret de famille détenu par le mari. Aujourd’hui, elles possèdent leur propre carte d’identité et peuvent disposer d'un compte bancaire.

Les femmes ont-elles déjà le droit de conduire ?

Non, mais je pense que cela ne va pas tarder. Tout le monde connaît ma position sur cette question. Je crois qu’il est plus que jamais nécessaire dans notre société que la femme sache conduire. Cela est très pratique au quotidien pour les mères de famille sur lesquelles reposent la plupart des tâches domestiques. J’ai déposé une doléance auprès du roi à ce sujet et je crois qu’il a compris ma demande.

La tradition de séparation des hommes et des femmes n’empêche-t-elle pas au fond l’émancipation de la femme ?

Les traditions n’écrasent personne et les changements ne doivent pas être brusques non plus. Les coutumes sont fortes et la mutation se fera progressivement.

Propos recueillis Paris Christelle Magnout
14 mars 2010