Entretien avec Thijs Berman, député européen

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“Ça a été un vote refuge chez les libéraux et un vote protestataire à l’extrême droite“

Thijs Berman, député européen, membre du Groupe de l'Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement européen

Comment jugez-vous la victoire des libéraux ?

De nombreux électeurs qui ne souhaitaient plus voir les chrétiens démocrates rester au pouvoir ont choisi de voter pour les libéraux. L’usure d’un Premier ministre qui a vu quatre gouvernements successifs chutés sous sa direction explique en partie ce basculement. Les programmes politiques des deux partis ne sont pas très différents sur le fond.

J’ai aussi l’impression comme de nombreux Néerlandais que beaucoup de problèmes n’ont pas été résolus pendant ces huit années de pouvoir des chrétiens démocrates. Ceux qui ont voté pour les libéraux ont la conviction que le gouvernement a été incapable de gérer la crise économique. Il y a aussi le manque de confiance de ces électeurs envers un gouvernement qui n’a pas su gérer l’immigration et l’intégration des nouveaux arrivants dans la société. Ce qui explique le vote pour l’extrême droite qui a obtenu 24 sièges, donc entre 15 et 20% des voix, surtout dans le sud du pays, qui est le bastion traditionnel des chrétiens démocrates. Ça a été un vote refuge chez libéraux et un vote protestataire à l’extrême droite.

Les libéraux sont suivis de près par les travaillistes, est-ce à dire que les Néerlandais sont partagés entre les deux lignes politiques ?

Des millions de Néerlandais se sont déplacés pour voter. Parmi eux, il y avait ceux qui sont très inquiets quant à la manière dont le futur gouvernement va résoudre la crise économique. Va-t-on couper dans les prestations sociales et les bas salaires ? Il y a ceux qui tiennent à préserver le pouvoir d’achat des bas salaires et sauvegarder la sécurité sociale. Ces derniers se sont ralliés aux travaillistes. Nous avons été au gouvernement pendant trois ans avec les chrétiens démocrates, et à l’époque nous n’avons pas su gagner la confiance de nos propres électeurs. Car nous avons dû faire trop de compromis qui n’ont pas été appréciés.

Une affiche du candidat néerlandais d'extrême droite Geert Wilders à Staphorst, le 9 juin 2010 - Photo AFP
Une affiche du candidat néerlandais d'extrême droite Geert Wilders à Staphorst, le 9 juin 2010 - Photo AFP
Qu’est-ce qui explique la poussée de l’extrême droite pendant ces législatives ?

C’est une inquiétude qui est générale à toute l’Europe du nord-ouest. C'est-à-dire une inquiétude face à la crise économique. Ce parti se positionne à gauche socialement (ndlr : le PVV est contre l’augmentation de l’âge de la retraite et pour la préservation de la sécurité sociale), mais il est farouchement et agressivement opposé à l’islam. Et ce message reçoit un écho favorable dans la population hollandaise.

On s’achemine visiblement vers une coalition entre libéraux et travaillistes. Que peut-on attendre de cette union ?

Il sera très difficile de trouver un accord entre libéraux et travaillistes. Les premiers veulent faire des restrictions budgétaires dans la sécurité sociale, et le service public, tandis que les socialistes protègent tout ce volet social. Aussi, les libéraux veulent diminuer de moitié l’aide au développement octroyée aux pays pauvres et les travaillistes s’y opposent. Nous avons déjà formé une coalition dans les années 1990, qui a été couronnée de succès les quatre premières années. Donc cela n’est pas impossible.

Propos recueillis par Christelle Magnout
10 juin 2010

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