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Environnement : selon le WWF, plus de 50% des vertébrés ont disparu

© WWF

L’ONG environnementale WWF publie l’édition 2016 de son rapport « Planète vivante » jeudi 27 octobre. Son constat : plus de 50% des vertébrés ont disparu en quarante ans. Que doit-on en penser ? Analyse d’Eric Buffetaut, chercheur au CNRS.

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« Les populations de vertébrés - poissons, oiseaux, mammifères, amphibiens et reptiles - ont chuté de 58% entre 1970 et 2012. Et si nous ne faisons rien pour inverser la tendance, ce déclin pourrait continuer à s’aggraver jusqu’à atteindre 67% d’ici 2020 », annonce WWF - le Fonds mondial pour la nature - lors de la publication de son dernier rapport « Planète vivante » jeudi 27 octobre 2016.

L’ONG s’est appuyée sur « l’Indice Planète vivante », indice de l'état écologique de la planète, calculé cette année par la société zoologique de Londres, qui a utilisé les données scientifiques collectées sur 14 152 populations animales appartenant à 3 706 vertébrées.

« Le constat de WWF confirme ce que l’on pense depuis plusieurs années, une tendance très
© Eric Buffetaut/Le Cavalier Bleu
néfaste : la diminution du nombre d’espèces animales et végétales », réagit Eric Buffetaut, paléontologue, chercheur au CNRS, et auteur de "Sommes-nous tous voués à disparaître ?" aux Éditions Le Cavalier Bleu (2012).
 

L’être humain, premier responsable ?


Cette tendance, Eric Buffetaut l’oppose catégoriquement à l’évolution naturelle des espèces, « telle que l’a mise en évidence Charles Darwin ». « En soit, la disparition d'espèces n’a rien de stupéfiant et elle est inévitable. Depuis plusieurs milliards d’années de vie sur Terre, un nombre incalculable d'animaux a disparu par sélection naturelle », souligne-t-il.

Ici, le cas d’espèce est différent : « Ces dernières disparitions sont d’abord très rapides et dues à une cause bien identifiée : les activités humaines qui détruisent soit directement les espèces elles-mêmes, soit les milieux dans lesquelles elles vivent », explique le chercheur. 

De quelles activités s’agit-il ? Il y a bien sûr « les plus emblématiques car les plus visibles », selon Eric Buffetaut, comme le braconnage d’éléphants et de rhinocéros pour le trafic d’ivoire et de cornes. D’autres, moins visibles, sont encore plus « dangereuses » : l’asséchement des zones humides, la destruction des forêts tropicales, l’agriculture intensive. « A elle-seule, l’agriculture occupe environ un tiers de la surface terrestre totale, est la cause de 80% de la déforestation mondiale et pèse pour près de 70 % de la consommation d’eau », précise WWF. 
 
« L’Empreinte écologique » constitue par ailleurs le second indicateur du rapport de WWF pour démontrer la responsabilité de l’Homme dans le déclin de la biodiversité et rappelle que le 8 août dernier, la Terre arrivait déjà à bout de ressources, l’humanité ayant consommé en huit mois ce que la planète peut offrir par an.

Quid du réchauffement climatique ? Selon Eric Buffetaut, ce n’est pas forcément un facteur d’explication. « Il y a déjà eu d’énormes changements climatiques dans le passé qui n’ont pas nécessairement provoqué d’extinctions considérables d’espèces. Ce qu’elles font ? Elles se déplacent pour suivre les zones climatiques. » Le chercheur émet tout de même une réserve : la vitesse à laquelle se produit le réchauffement climatique. Car le risque pour les animaux, c’est qu’ils n’aient justement pas le temps de s’adapter ou de migrer vers des milieux plus favorables.
 

La perte d’espèces impacte la vie humaine


« L’Homme détruit le capital naturel sur lequel il est assis et sans lequel toute prospérité est tout simplement impossible », affirme Pascal Canfin, directeur général du WWF France. Déséquilibrer l’écosystème met donc en péril l'avenir de l’espèce humaine sur Terre. « Par exemple, si une espèce d’oiseau qui se nourrit d’insectes s’attaquant aux récoltes disparaît, l’agriculture en pâtira, notamment en étant obligé de multiplier les insecticides », explique Eric Buffetaut.
 
Vidéo WWF 2016
© WWF

Pour inverser la tendance ? « Encore faut-il prendre conscience du problème », souligne le chercheur qui préconise de prendre plusieurs sortes de mesures allant de la protection contre le massacre des braconnier, à l’évolution de notre modèle agricole. « Il ne s’agit pas forcément de changer notre mode d’alimentation. Nous sommes plusieurs milliards d’êtres humains, on ne peut pas revenir à une agriculture de l’âge de pierre. Il s’agit surtout de modifier la façon dont on obtient notre alimentation, en étant beaucoup moins productivistes », conclut-il.