Espagne : la rébellion des indignés

Un mouvement de contestation populaire de grande ampleur a débuté en Espagne depuis le 15 mai. Organisé grâce aux réseaux sociaux, comme pour les révolutions tunisiennes et égyptiennes, le " mouvement des indignés " réunit des citoyens avec pour revendication principale " une véritable démocratie ".

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la Puerta del Sol  le 21 mai 2011 (AFP)
la Puerta del Sol le 21 mai 2011 (AFP)
Ils sont jeunes, au chômage et fatigués des discours politiques appelant à faire de nouveaux sacrifices pour sortir le pays de la crise économique. Le mouvement des indignés, " los indignados " (en hommage au livre de Stéphane Hessel, "Indignez-vous") est aussi surnommé le 15-M pour le 15 mai 2011, date de l'appel à manifester de partout dans le pays.

Cinquante villes espagnoles ont été envahies le dimanche 15 mai par des dizaines de milliers de manifestants pacifiques aux revendications hétéroclites mais principalement adressées à l'encontre des politiciens, de tous bords confondus, et ce, une semaine avant les élections régionales. Depuis lors, la grande place de la Puerta del Sol à Madrid est " squatée " par des milliers de personnes, tous les soirs et plusieurs centaines y ont installé leur sac de couchage. Le maître mot : "la Démocratie Réelle".


LE MANIFESTE DE LA PUERTA DEL SOL


La plus grande place de Madrid a été renommée par les manifestants, Place Tahrir, en hommage aux révolutionnaires égyptiens. Depuis le 18 mai, un texte fondateur des revendications du mouvement des indignés a été rédigé par ceux qui s'intitulent " les jeunes de l'action de protestation ". Il y est explicité le terme de " Démocratie Réelle ", opposée au système actuel considéré comme un " ensemble de pratiques électorales sans effet, où la participation des citoyens est absolument nulle". Les revendications du manifeste soulignent la " prise en otage de la parole des citoyens [par les politiques], le discrédit des institutions qui sont devenues de simples agents d’administration et de gestion, au service des forces du pouvoir financier international". Les jeunes protestataires synthétisent dans ce document un ensemble de malaises profonds qui agitent la société espagnole depuis plusieurs années et que les observateurs ibériques confirment lorsqu'on les interroge.


UNE CRISE DE L'ETAT, DE LA REPRÉSENTATION POLITIQUE ET DES VALEURS


Ces trois facteurs sont essentiels pour comprendre le mouvement des indignés selon Juan Pedro Quinonera, journaliste espagnol de la chaîne ABC. "Il y a un véritable foutoir politique en Espagne depuis plusieurs années " explique-t-il lorsqu'on l'interroge sur ce ras-le-bol de la jeunesse. Cette explication ne suffit pas, et le journaliste enchaîne : " ce foutoir politique est doublé d'un chômage énorme, un taux d'abandon des études parmi les plus hauts d'Europe, des jeunes gens fatigués par un système qui ne semble pas vouloir leur laisser de place. Ce qu'il y a qui se cumule en Espagne c'est une crise de l'Etat, de la représentation politique et des valeurs ".

Personne ne sait si ce mouvement est un feu de paille allumé par une jeunesse qui a besoin " de passer par une forme d'initiation à la vie adulte ", comme Juan Pedro Quinonera peut le penser, indiquant " qu'aussi bien, dans quelques jours, tout le monde rentrera chez soi, et on passera à autre chose ", ou bien un véritable mouvement de contestation, durable et décidé à obtenir gain de cause.


DES SIMILITUDES AVEC LES MOUVEMENTS DES PAYS ARABES


Si certains s'offusquent de la comparaison entre les mouvements tunisiens ou égyptiens et ces manifestations de l'indignation espagnole, puisque la société espagnole n'est pas une dictature, il y a pourtant lieu d'observer les similitudes et les convergences entre ces mouvements. L’Espagne subit un taux de chômage global de plus de 20%, la précarité y est galopante et la jeunesse en est la première victime : 43% de celle-ci est sans emploi.

Si la société tunisienne demandait " la démocratie ", la jeunesse espagnole demande " plus de démocratie participative ". Le ras-le-bol face à l'injustice, particulièrement celle de l'austérité, payée par les contribuables pour payer les abus scandaleux de la finance mondiale est lui aussi similaire à ces population nord-africaines subissant les dictats économiques du FMI alors que les élites corrompues s'enrichissaient toujours un peu plus. Un jeune espagnol n'est pas aujourd'hui dans une situation aussi difficile qu'un jeune tunisien, mais le ressentiment face à la classe politique, le sentiment d'injustice et la sensation d'une détérioration de la société peuvent-être aussi forts chez les uns et chez les autres. Dans le cas espagnol, il y a peut-être plus à perdre, mais cela reste encore à voir.

Les Indignés : notre dossier