Espagne : le parti X sort de l'ombre

Après dix mois d'existence dans un certain mystère et un complet anonymat, le Parti X (ou "Parti du futur") espagnol, issu du mouvement des indignés de 2011, s'est dévoilé au public et aux médias ce 8 octobre. Sans préciser toutes ses intentions, notamment électorales, il a réaffirmé sa sensibilité plus "citoyenne" que révolutionnaire.

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Après l'indignation

Présentation publique du Parti x le 8 octobre à Madrid (DR)
Présentation publique du Parti x le 8 octobre à Madrid (DR)
Ils ont enfin un visage. Confrontés à une « demande récurrente », le Parti X s'est finalement présenté au public et aux médias ce 8 octobre à 20 heures simultanément dans une dizaine de villes d'Espagne, révélant l'identité de quelques dizaines de ses membres. Non des dirigeants, officiellement, mais des « citoyens , « fatigués » de la situation du pays, qui proposent une « nouvelle manière de faire de la politique ». Fin d'un suspense au demeurant relatif.

En dépit du bruissement qui entoure sa sortie au grand jour, le débarquement du Parti X dans le paysage politique espagnol ne date pas exactement d'aujourd'hui. Ses racines puisent dans le mouvement 15M, ainsi désigné par référence au15 mai 2011. Ce jour-là, des centaines de milliers de manifestants envahissent les rues de dizaines de villes d'Espagne. On les surnomme « les indignés », en référence au livre (« indignez-vous ! ») du français Stéphane Hessel très diffusé dans la péninsule ibérique.

Dans un contexte de crise économique grandissante – encore loin de son paroxysme – ils dénoncent alors les ravages de la finance mais aussi les abdications et corruptions du monde politique traditionnel. Dans un registre à la fois citoyen, non violent et d'une radicalité variable, ils remettent en question les dérives du système économique qui a abouti à la crise espagnole – sans cependant, vouloir généralement le renverser - mais aussi, dans une certaine mesure, la démocratie représentative dont ils soulignent les limites.

Essaimage

Occupation de la Puerta del sol par les “indignés“, mai 2011
Occupation de la Puerta del sol par les “indignés“, mai 2011

La manifestation du 15 mai 2011 débouche sur une occupation prolongée de la Puerta del Sol, grand place de Madrid. Celle-ci s'essouffle au fil des mois et des interventions policières mais non le mouvement « 15M » qui, à sa façon, perdure et mûrit. Décentralisé et presque dématérialisé, absent des compétitions électorales dont il a dénoncé la fausseté, il donne indirectement naissance et colore d'innombrables luttes et initiatives locales, de la création de coopératives à celle de jardins écologiques. Son éloignement du strict terrain politique espagnol, pourtant, alimente le reproche d'incantation ou d'impuissance.

Dans l'année 2012, une centaine d'"anonymes" issus du 15M fondent un parti politique nommé le « Parti du futur », ou également "Parti X", qu'ils lancent solennellement le 8 janvier dernier. Dans une vidéo, deux acteurs venus du futur explicitent ses objectifs d'un verbe enlevé plus que révolutionnaire : bâtir « un monde qui soit fait par ceux qui l'habitent, pas par ceux qui le gouvernent » « rénover l'espace électoral », plus prosaïquement, « expulser » les députés du parlement. Slogan aux échos soixante-huitards : « si les politiques sont le problème, nous serons le grand problème des politiques » et aussi, plus moderne, « reset ».

Dans les mois suivants, son programme se développe sur internet et s'affine en une plateforme au titre lapidaire : "democracia y punto" ("démocratie, un point c'est tout") (voir ci contre). Outre le thème de la citoyenneté, il insiste sur la lutte contre la fraude et la corruption : « Nous voulons que les coupables de la crise soient jugés et un plan d’action pour les citoyens (un Nuremberg financier et un plan Marshall adapté au 21è siècle)». Il préconise de diriger l'épargne vers les petites et moyennes entreprises et une baisse de la pression fiscale. Il compte une vingtaine de milliers de suiveurs sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter mais reste, jusqu'à ce 8 octobre, résolument anonyme. Ses responsables de fait ou compagnons présumés ne sont pourtant pas tous des inconnus.

Figures

Hervé Falciani en avril 2013 lors d'une audience de la Haute cour espagnole, qui refusera finalement son extradition à la Suisse.
Hervé Falciani en avril 2013 lors d'une audience de la Haute cour espagnole, qui refusera finalement son extradition à la Suisse.

Parmi eux, on trouve l'ex-informaticien italo-suisse de la banque HSBC Hervé Falciani, à l'origine de la divulgation de listes de dizaines de milliers d'évadés fiscaux, et réclamé en vain par la justice helvétique. Sa collaboration avec le trésor espagnol a rapporté 300 millions au pays. A ses côtés, un inspecteur des impôts célèbre pour sa lutte contre le blanchiment d'argent ou encore un avocat retraité non moins célèbre pour avoir passé 18 ans de sa vie à aider des citoyens victimes de facturations abusives de la compagnie d’électricité.

"Nous proposons un plan d'urgence de sortie de crise. Nous pensons que c'est le moment d'une réponse citoyenne et que les conditions sont réunies", a souligné l'une des intervenantes de Madrid, lors de la présentation du nouveau parti. Si ses thèmes et analyses amplement diffusés sur internet depuis sa naissance y ont été réaffirmés, l'opération du 8 octobre ne lève pas totalement le voile sur ses éventuelles intentions électorales.

Les derniers scrutins ont été marqués à la fois par l'effondrement du P.S.O.E. (Parti socialiste ouvrier espagnol, de Felipe Gonzales ou Zapatero) et par la percée du parti « écolo-communiste » de la Gauche unie ou, au Pays Basque et en Catalogne lors de régionales, de partis indépendantistes de la gauche radicale.