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Espagne : soupçons de corruption pour le parti au pouvoir

Pierre-Philippe Marcou / AFP

Mariano Rajoy, le Premier Ministre espagnol a du s’exprimer solennellement : il dément avoir jamais reçu d’argent « au noir » et s’engage à publier sa déclaration de revenus. 

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C’est le scandale de trop, celui qui ne passe pas chez les Espagnols. Dans un pays soumis à une rigueur historique et miné par un chômage record, le Premier Ministre, grand ordonnateur des réformes et des restrictions a t’il touché de l’argent « au noir » de la part de chefs d’entreprise ?
C’est ce qu’affirme en tout cas le journal de centre-gauche El Pais. Celui-ci a publié jeudi 31 janvier des photos de comptes manuscrits qui auraient été établis par les trésoriers du Parti Populaire (conservateur) entre 1990 et 2008.  Sur ces tableaux, le nom des principaux responsables du parti, dont Mariano Rajoy… Il aurait touché 25200 € par an pendant 11 ans selon le journal. Il s’agirait de dons, faits par des chefs d’entreprise, la majorité provenant du secteur du BTP. Ces sommes, bien sur, n’étaient pas déclarées au fisc.
Pourrait-il s’agir d’une manœuvre politique de la part de la gauche, hostile à ce gouvernement ?  En fait, l’enquête d’El Pais confirme et complète des révélations sorties à la mi-janvier dans El Mundo, un quotidien de centre-droit, ce qui gène le Parti Populaire pour dénoncer une cabale. Pour El Mundo, Luis Barcenas, ancien trésorier du PP a distribué des enveloppes pendant deux décennies à des dirigeants du parti en complément de leurs salaires officiels.  Luis Barcenas est actuellement mis en examen pour avoir détenu 22 millions d’euros sur un compte en Suisse. El Mundo écartait pourtant le Premier Ministre de ces opérations.
Depuis jeudi, les responsables du parti conservateur ont multiplié les démentis, mais rien ne semble y faire. Une pétition sur la plateforme Change.org a recueilli en quelques heures un demi-million de signatures. Son texte dit : «  Ca suffit. Le moment est venu que tous ceux qui ont reçu de l’argent au noir partent et cessent de salir le nom de notre pays ».
Samedi 1er février, Mariano Rajoy a du sortir de son silence et il nie en bloc. « Jamais je n’ai reçu, ni distribué de l’argent au noir, ni dans ce parti, ni ailleurs » a t’il déclaré devant la direction de son parti. Il annonce qu’il va publier sa déclaration de revenus et qu’il ne démissionnera pas.
Il n’est pas sur que cela suffise pour convaincre les Espagnols et restaurer son image d’homme intègre, grâce à laquelle il avait pu imposer la rigueur au pays, au prix, déjà, d’une chute dramatique de sa popularité.

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02.02.2013
Depuis jeudi, des manifestants se relaient devant le siège du Parti Populaire à Madrid. L'Espagne est secouée par une vague de défiance envers ses politiques. Par Emmanuelle Godard, journal du samedi 2 février 2013, 17 h T.U.

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