Etat de Palestine : ce qu'en pensent les pacifistes

Le Palestinien Anwar Abu Eisheh, professeur de droit, et l'Israélien Joseph Algazy, historien et ancien journaliste, sont tous deux pour la coexistence pacifique d'un Etat palestinien et d'un Etat israélien. Regards croisés sur la demande palestinienne de reconnaissance par l'ONU.

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Anwar Abu Eisheh : “Palestiniens et Israéliens en ont marre de ce conflit !“

Depuis Hébron, Cisjordanie
Pourquoi Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité palestinienne, a–t-il décidé de faire cette démarche aujourd'hui ?

C'était prévu depuis les accords d'Oslo, voire même avant. Un Etat palestinien indépendant et souverain ne peut voir le jour qu'avec l'accord de la communauté internationale et Israël. Tout cela est discuté, négocié depuis 1947 - date de la résolution de l'ONU qui fait déjà mention d'un Etat palestinien.

Il nous semble qu'aujourd'hui c'est le moment, et nous avons été très encouragés évidemment par la déclaration du président américain Obama (le 23 septembre 2010, il déclarait devant l'ONU espérer que l'organisation accueille en 2011 un nouveau membre, "un Etat souverain de Palestine vivant en paix avec Israël", NDLR).

Comment cette démarche est-elle perçue par la population palestinienne ?

Depuis des années, depuis le début de la seconde Intifada (2000-2001), l'homme de la rue s'accroche à toute idée qui permettrait de mettre fin à ce conflit et obligerait Israël à appliquer le principe de droit international. Nous voulons arriver à une paix juste, car que ce soit du côté du peuple palestinien ou du peuple israélien, tout le monde en a marre de ce conflit qui nous rend la vie difficile !

Un Etat de Palestine, qu’est-ce que ça changerait ?

Ce serait la reconnaissance du peuple palestinien à l'autodétermination. Nous sommes dotés aujourd'hui d'institutions prêtes à jouer leur rôle dans un Etat, Etat qui aurait pour objectif de renforcer la paix dans la région.

Cela nous permettrait aussi de prendre notre place dans la communauté internationale. Pour vous donner un exemple, aujourd'hui, l'Unesco refuse de prendre en compte la demande de la mairie d'Hébron d'être reconnue patrimoine de l'humanité. Nous serions également protégés par les conventions internationales.

Enfin, cela nous permettrait de prospérer et de respirer ! Nous sommes aujourd'hui toujours sous occupation. Notre eau, notre terre, notre ciel, nos déplacements, tout est contrôlé par l'armée israélienne. Nous voulons vivre librement.


Le Fatah a appelé les Palestiniens à manifester pacifiquement pour soutenir la démarche d’Abbas, sur le modèle du printemps arabe. Craignez-vous un dérapage  ?

Je sais qu'il y aura beaucoup de manifestations pacifiques. J'y participerais moi-même. Le mot d'ordre, officiel et officieux, c'est la lutte non-violente. Nous sommes conscients que tout acte de violence ne peut que profiter à Netanyahu.

Que pensez-vous de la position américaine sur ce dossier ?

C'est dommage pour les Etats-Unis que ce soient les membres du Congrès qui décident de la politique étrangère américaine. Moins que les convictions, ce sont plus les pressions en vue d'élections qui régentent leurs décisions.

Etes-vous optimiste sur les chances de succès d'Abbas à l'ONU ?

Je refuse d'être pessimiste, je suis "optissimiste" ! Que ce soit aujourd'hui ou plus tard, nous arriverons à une paix réelle avec Israël. Le plus tôt sera le mieux.

Joseph Algazy : “Avec un Etat palestinien, nos deux peuples pourraient respirer“

Depuis Bat Yam, Israël
Pourquoi Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité palestinienne, a–t-il décidé de faire cette démarche aujourd'hui ?

Il faut se souvenir que la résolution des Nations-Unies du 29 novembre 1947 donne déjà tous les détails pour la naissance de deux Etats, l'un juif et l'autre arabe. En 64 ans, on a oublié cette décision, mais pourtant elle existe ! Elle n'a simplement pas été appliquée : les Etats arabes étaient contre, l'establishment israélien était bien content qu'il ne se passe rien, et tout le monde s'est habitué à l'absence d'un Etat palestinien.

La démarche palestinienne actuelle ne sort donc pas de nulle part. Pourquoi cela a-t-il pris si longtemps ? Je crois qu'Israël aime bien se comporter comme le sherif de la région, et que ce qui se passe ici importe finalement peu à l'Europe. Il y a beaucoup d'hypocrisie dans tout ça.

Comment cette démarche est-elle perçue par la population israélienne ?

La population est divisée. La majorité croit l'establishment, qui nous présente cela comme une catastrophe. Une petite minorité se dit "pourquoi pas ?", voire appuie cette demande. Il me semble aussi que les Israéliens sont en ce moment plus préoccupés par leur situation économique et sociale qui se dégrade.

Un Etat de Palestine, qu’est ce que ça pourrait changer ?

Depuis 1947, les peuples israéliens et palestiniens paient ce conflit de leur vie. Les pertes humaines sont énormes ! S'il existait un Etat palestinien aux côtés de l'Etat d'Israël, on ne passerait pas de la guerre à la lune de miel, mais graduellement, les rapports changeraient. On ne serait plus comme un cavalier et un cheval - le cavalier étant Israël et le cheval, les territoires palestiniens. Au final, les deux peuples pourraient respirer.

Le Fatah a appelé les Palestiniens à manifester pacifiquement pour soutenir la démarche d’Abbas, sur le modèle du printemps arabe. Craignez-vous un dérapage  ?

On est en train de créer un climat hystérique en Israël. C'est là la vraie provocation ! C'est comme si nous prions pour que cela dérape! Je pense que la majorité des Palestiniens fera le maximum pour que ça ne dérape pas. Mais je crains des provocations du côté israélien, de la part des colons ou de l'extrême-droite. La Ligue de défense juive française (mouvement néosioniste activiste considéré comme terroriste par les Etats-Unis, NDLR) a appelé des volontaires, de préférence avec un passé militaire, à venir passer la semaine en Israël ! Ce n'est pas pour faire du tourisme...

Que pensez-vous de la position américaine sur ce dossier ?

Il y a un an, Barack Obama déclarait devant l'ONU vouloir en 2011 un Etat souverain de Palestine. Mais ce qui intéresse Obama aujourd'hui, c'est la prochaine présidentielle américaine. Il se préoccupe du vote juif et de l'argent des milliardaires. Trouver une solution pour le Proche-Orient est la dernière de ses préoccupations ! Les Etats-Unis sont très hypocrites dans ce dossier. J'espère que l'Europe ne va pas les suivre.

Biographies

> Anwar Abu Eisheh est professeur de droit à l'université Al Quds de Jérusalem. Il est membre du Fatah depuis 40 ans. Il a été le secrétaire d'Issam Sartawi, l'artisan (assassiné en 1983) de la coexistence pacifique pour l'OLP.

> Joseph Algazy, ex membre du Parti Communiste israélien, a été journaliste pour le quotidien Haaretz. Cet historien tient aujourd'hui un blog en hébreu, arabe et français : Defeatist Diary (Le journal d'un défaitiste).

La demande d'adhésion des Palestiniens aux Nations-Unies : les pour et les contre

19.09.2011
Au Conseil de Sécurité :

Les États-Unis ont annoncé qu'ils utiliseront leur droit de veto
La France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne (membre non permanent ne disposant pas de droit de véto) ont fait savoir par la voix de la chef de la diplomatie de l'Union Européenne qu'ils attendent de lire le projet de résolution pour se prononcer
La Russie et la Chine apporteront leur soutien à la demande d'adhésion

A l'Assemblée Générale :

La demande de l'Autorité palestinienne pourra compter sur le soutien d'environ 140 États sur les 193 membres.

Les frontières d'Israël en 1967

L'Autorité palestinienne souhaite retrouver les frontières de 1967 en obtenant la reconnaissance d'un État palestinien incluant la Cisjordanie et la bande de Gaza - source Wikicommons
L'Autorité palestinienne souhaite retrouver les frontières de 1967 en obtenant la reconnaissance d'un État palestinien incluant la Cisjordanie et la bande de Gaza - source Wikicommons