Info

Etats-Unis / Afrique : vers une meilleure coopération ?

Barack Obama au Ghana en 2009 © AFP
Barack Obama au Ghana en 2009 © AFP

Le sommet Etats-Unis/Afrique s'est terminé mercredi 6 août, après trois jours de débats à Washington. Une cinquantaine de chefs d’Etats africains étaient présents. Une manière pour les Etats-Unis de consolider leurs relations avec le continent africain et de rattraper leur retard en matière d’échanges économiques et d’investissements. Quels liens entretiennent l’Afrique et le pays de l’oncle Sam ? Explications.

dans
« Je vois l’Afrique comme la prochaine grande "success story" (une réussite, nldr) mondiale et les États-Unis veulent participer à ce succès », avait déclaré le président américain Barack Obama en juillet 2013 à Dar es Salaam, en Tanzanie. Un message qui en disait long sur la volonté des États-Unis de coopérer avec ce continent en pleine croissance : selon le Fonds Monétaire International (FMI), elle atteindra 5,8% en 2015. (Lire notre article sur : La croissance africaine : fiction ou réalité ? )

Le message lancé par le président américain en Tanzanie s'est concrétisé à l’occasion de ce sommet Etats-Unis-Afrique, qui s'est déroulé du 4 au 6 août à Washington. Une cinquantaine de chefs d’Etats africains étaient invités par Barack Obama, à l'exception du Soudan, de l’Erythrée, du Zimbabwe et de la Centrafrique. C’est la première fois dans l’Histoire des Etats-Unis qu’un chef d’Etat reçoit autant de présidents africains.

Après avoir échangé au sujet du virus Ebola qui sévit en Afrique de l'Ouest, les participants ont évoqué les thèmes de la démocratie et les droits de l’Homme. Les présidents se sont aussi penchés sur le commerce et les investissements. Plusieurs décisions ont été prises pour améliorer les relations économiques, diplomatiques et militaires entre les Etats-Unis et le continent africain. Tour d’horizon.

Le sommet Etats-Unis-Afrique s'est tenu du 4 au 6 août 2014 © AFP
Le sommet Etats-Unis-Afrique s'est tenu du 4 au 6 août 2014 © AFP
Des relations économiques à développer

AGOA. Depuis 2000, une loi appelée African Growth and Opportunity Act (AGOA), lancée sous la présidence de Bill Clinton, vise à favoriser le commerce et les investissements entre les Etats-Unis et le continent africain. Elle accorde notamment des avantages commerciaux à certains produits africains. Selon Louis Keumayou, journaliste indépendant camerounais et président du club d’information africaine, « si les Etats-Unis veulent séduire le continent africain, il faudrait qu’ils abaissent leurs exigences concernant l’AGOA. C’est un beau  programme, mais les conditions auxquelles sont soumis les produits exportés aux Etats-Unis sont telles que très peu de pays peuvent les satisfaire ».
Barack Obama s’est dit confiant dans le « renouvellement et la modernisation » du programme AGOA qui expire en 2015.

Echanges commerciaux. Les Etats-Unis, première économie du monde, sont seulement le troisième partenaire économique de l’Afrique, après l’Union européenne et la Chine.
En 2013, les échanges commerciaux entre l’Afrique et les Etats-Unis ont totalisé 85 milliards de dollars, tandis que ceux entre le continent et Chine représentent 210 milliards de dollars. « Depuis une dizaine d’années, les échanges commerciaux de l’Afrique avec les Etats-Unis ont doublé, tandis qu'ils ont été multipliés par vingt avec la Chine, » assure Mamadou Diouf, historien et directeur d'études à l'Université Columbia à New York, dans un entretien accordé au journal Le Monde. Actuellement, l’Afrique représente une faible part du commerce extérieur américain avec 1,5 % des exportations et 1,7 % des importations.

Le programme Power Africa devrait donner accès à l'électricité à plus de 20 millions de personnes en Afrique © AFP
Le programme Power Africa devrait donner accès à l'électricité à plus de 20 millions de personnes en Afrique © AFP
Investissements. Le président sénégalais Macky Sall a affirmé dans un entretien donné à TV5MONDE que seulement 1% des investissements américains va en Afrique. Afin d'améliorer ces investissements, « il faudrait que les Etats-Unis fassent pression sur les gouvernements africains pour éradiquer la corruption. Moins il y en aura et plus le climat sera propice aux entreprises américaines », souligne Vincent Michelot, spécialiste de l’histoire politique des Etats-Unis et enseignant à Sciences-Po Lyon.

Durant le sommet de Washington, le président américain Barack Obama a annoncé la mobilisation de plus de 30 milliards de dollars (aide publique et investissements privés) à destination de l’Afrique. De plus, certaines grandes firmes américaines comme Marriott, Coca-Cola ou General Electric se sont engagées sur des investissements d’un montant total de 14 milliards de dollars dans les secteurs de l’énergie, de l’eau, de l’hôtellerie, de la construction, de la banque ou des technologies de l’information.

Energie. De nombreuses entreprises américaines sont déjà présentes en Afrique, comme au  Nigeria et en Angola, importants producteurs de pétrole qui « cumulent plus de 50% des exportations africaines vers les Etats-Unis », peut-on lire dans un article du quotidien Le Monde. « Après les guerres du Golfe, les Américains ont essayé de diversifier leur approvisionnement en ressources minières, c’est pourquoi ils trouvent un intérêt à venir en Afrique », assure le journaliste Louis Keumayou.
En ce qui concerne l’électricité, le programme « Power Africa », lancé par Barack Obama en Tanzanie, en juillet 2013, vise à doubler l’accès à l’électricité en Afrique subsaharienne. 20 millions de personnes devrait en profiter.

Le commandant de l'armée américaine pour l'Afrique © AFP
Le commandant de l'armée américaine pour l'Afrique © AFP
Une coopération militaire restreinte

Light footprint. Si les Etats-Unis interviennent dans certains pays africains, comme le Mali ou la Centrafrique, ils ne veulent pas pour autant trop s’engager. « Depuis la fin du conflit en Irak, la doctrine des Etats-Unis en matière militaire, c’est la "light footprint" (empreinte légère, ndlr). Le but n'est pas d'être présents dans des conflits, mais plutôt de recourir à la « dronisation », ainsi qu’aux forces spéciales. L’Afrique est un terrain exemplaire en matière d’implémentation de cette doctrine, » note Vincent Michelot. Les Américains fournissent une assistance logistique, comme le renseignement, les drones et la formation des troupes. « Ils assurent aussi la présence de commandos et d’instructeurs militaires qui travaillent avec les armées africaines. » Ces actions sont menées essentiellement au Nigeria pour traquer la secte islamique Boko Haram, en Somalie contre les Shebabs et en Centrafrique pour combattre l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA).

Si la présence américaine reste plutôt discrète sur le sol africain, « les Etats-Unis possèdent quand même une grosse base militaire à Djibouti, souligne Vincent Michelot depuis laquelle ils opèrent sur l’ensemble de l’Afrique ».

Echec. Selon le journaliste Louis Keumayou, les Américains ne veulent plus intervenir en Afrique, surtout après l'échec de l'opération Restore Hope ("Redonner l'espoir") en 1992-1993, en Somalie. Les Casques bleus américains étaient venus pacifier le pays, en proie à la guerre civile, mais ils ne sont pas parvenus à calmer les combats. Au contraire, un an après leur arrivée, ils ont décidé de retirer leurs troupes, accompagnés par de nombreuses ONG qui abandonnent leurs programmes. C'est donc un véritable fiasco pour les Etats-Unis. « Ils ont essayé, ça ne leur a pas réussi. Cela a été un échec total et ils en ont gardé un très mauvais souvenir, c’est comme s’ils avaient refait le Vietnam. De ce point de vue, ils sont très réticents à réintroduire leurs armées sur le continent africain. Ils fournissent du renseignement, mais ne s’impliquent pas sur le terrain militaire en envoyant des troupes ».

Dans le secteur militaire, Barack Obama veut accélérer l'aide des Etats-Unis envers six pays en Afrique pour leur permettre de mieux assurer leur sécurité. Ils en aideront six autres (le Kenya, la Tunisie, le Mali, le Nigeria, le Niger et le Ghana), ayant déjà fait leurs preuves en matière de maintien de la paix, à créer une force de réaction rapide de maintien de la paix. Le but ? "resserrer notre coopération en matière de sécurité pour mieux faire face à des menaces communes comme le terrorisme ou le trafic d'êtres humains", a annoncé le président américain. La première année, Washington réservera 65 millions de dollars à cette initiative. Le budget passera ensuite à 110 millions de dollars par an, pendant trois à cinq ans.


Barack Obama et Jakaya Kikwete, le président tanzanien © AFP
Barack Obama et Jakaya Kikwete, le président tanzanien © AFP
Relations diplomatiques

Déception. Lors de sa première élection en 2008, Barack Obama éveille un espoir immense pour le continent africain. Premier président noir des Etats-Unis, avec un père d’origine kenyane, il représente le changement pour la population africaine. Pour autant, la politique d’Obama, très peu tournée vers le continent, a ramené les Africains aux réalités politiques. D’ailleurs, lors de son premier mandat, le président américain se rend très peu en Afrique et aucun événement n’est organisé en faveur du continent.

Attente. Pourquoi avoir attendu son deuxième mandat pour organiser ce sommet ? Selon Amadou Sy, chercheur principal à la Brookings Institution, à Washington, interrogé par RFI, Barack Obama était occupé par d'autres dossiers durant son premier mandat. "Lorsqu’il est arrivé à la Maison-Blanche, l’Amérique était confrontée à une crise financière d’une ampleur sans précédent depuis la Grande dépression", explique Amadou Sy. Sur le plan international, "il avait hérité de deux guerres, poursuit le chercheur. Il devait ramener à la maison les soldats américains que Bush avait envoyés combattre en Iraq et en Afghanistan".

Positives. Pour le journaliste camerounais Louis Keumayou, « les relations diplomatiques entre l’Afrique et les Etats-Unis sont bonnes, y compris dans la partie francophone. Les Etats-Unis se sont mieux impliqués en terme de présence sur le territoire. Et ces dernières années, de nombreuses grandes ambassades se sont construites, par exemple au Cameroun, au Mali, en Côte d’Ivoire. »

Si le bilan de ce sommet semble plutôt positif, il reste encore beaucoup de travail et d’efforts pour que le continent africain et les Etats-Unis renforce leur partenariat. Un certain scepticisme africain reste palpable. En témoignent certaines réactions, comme celle de Mamadou Diouf, historien et directeur d’études à l’Université Colombia à New York, interrogé par Le Monde: « Pour Barack Obama (…) l’Afrique est un fardeau plus qu’une opportunité ». La presse africaine, de son côté, souligne la nécessité pour le continent de prendre son avenir en main. « L’Afrique doit se convaincre qu’il ne revient pas aux autres de faire son bonheur à sa place, » peut-on lire dans Le Pays, quotidien burkinabé. « L'Afrique doit trouver des solutions toutes seules », écrit un journaliste de Guinée Conakry Info.

Louis Keumayou ne se fait pas trop d’illusions. Selon lui, deux points bloqueront sûrement les futures coopérations entre les deux entités : le respect des principes de la démocratie en Afrique, qui ne correspondent pas aux exigences américaines, et le respect des minorités, comme la communauté gay, qui est loin d’être acceptée sur le continent africain.

Marie Rogie Biloa “ c'était le sommet des Etats-Unis“

10.08.2014Interview par Estelle Martin
Marie-Roger Biloa, présidente du groupe de presse  Africa International, était l'invitée du 64'de TV5MONDE ce dimanche 10 août.

Mme Biloa a assisté au sommet États-Unis/Afrique qui s'est déroulé du 4 au 6 août à Washington. Elle fait le bilan sur ces trois jours de rencontres à la teneur essentiellement économique.
Marie Rogie Biloa “ c'était le sommet des Etats-Unis“