Etats-Unis : des retombées électorales incertaines

Affrontant en novembre 2010 de nouvelles élections à la moitié de son mandat, Barack Obama est désireux de présenter le retrait d'Irak comme un succès.

Mais maintenant, l'opinion publique se désintéresse de l'engagement irakien et approuve de moins en moins la politique étrangère du président démocrate.

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Barack Obama en campagne en 2008
Barack Obama en campagne en 2008
Lors de la campagne présidentielle de 2008, le retrait d'Irak était une des promesses fortes du candidat Obama. Le chef de file démocrate a toujours été opposé à l'engagement américain en Irak. En 2002, il déclarait : "Je suis contre les guerres stupides". Sitôt élu président, Obama annonce en février 2009 le calendrier du retrait américain en Irak. A cette date, 144 000 soldats américains y combattent. Un retrait partiel est alors fixé pour le 31 août 2010, date à laquelle les forces américaines présentes sur le territoire irakien ne doivent plus représenter que 50 000 hommes.

Le 1er septembre 2010, la mission américaine offensive sera transformée en mission de formation et d'accompagnement de l'armée irakienne. Le retrait total de l'engagement armé américain est fixé à la fin 2011.

UN RETRAIT TROP HATIF?

En août 2010, le chef d'État-major de l'armée irakienne, faisant allusion à une menace iranienne, déclare que le retrait définitif intervient trop tôt. Le pays connaît également des incertitudes intérieures avec la reprise des opérations menées par Al Qaida, l'intégration non résolue des peshmerga, les combattants kurdes, et la corruption galopante.

Officieusement, de nombreux responsables américains reconnaissent que le retrait de leur armée en Irak est probablement trop hâtif. Il intervient néanmoins à date favorable pour le président Obama. En novembre 2010, les élections de "mid term" vont renouveler un tiers des membres du Sénat et la totalité de ceux de la Chambre des représentants. Le président démocrate a besoin de résultats positif à exhiber à ses concitoyens. A côté de la réforme de l'assurance maladie et du plan de relance économique,tous deux critiqués, la sortie du bourbier irakien peut apparaître comme un succès.

Si la guerre en Irak reste très impopulaire dans l'opinion publique américaine (en août 2010, un sondage CNN Opinion Search révélait que 65% de la population approuvait le retrait irakien), elle est beaucoup moins au coeur du débat politique qu'en 2008. En août 2010, une analyse du Washington Post estimait que : "les soutiens anti-guerre qui avaient élu Obama ont ensuite été déçus par le plan mis en place après son élection, bien moins ambitieux que promis".

Ainsi, l'association des vétérans irakiens opposés à la guerre explique sur son site internet toutes les failles du retrait. De fait, l'armée américaine mène encore des combats de contre-insurrection, même si ceux-ci sont officiellement le fait de leurs alliés irakiens.

Ground zero en chantier, 2008
Ground zero en chantier, 2008
OBAMA INCOMPRIS

L'opinion américaine, devant les dévastations causées par la crise économique est maintenant sensible avant tout aux questions intérieures de société. Par ailleurs, le président Obama est de plus en plus incompris dans sa politique avec le monde arabo-musulman. Avec son discours du Caire en juin 2009, Barack Obama avait voulu engager la réconciliation des Etats-unis avec le monde musulman. Sa politique étrangère marque son soutien aux musulmans modérés, opposés aux militants extrémistes.

Mais la population américaine saisit mal ses intentions. La question plus que controversée de la construction à Ground Zero d'une mosquée et d'un centre culturel musulman attise les passions et l'incompréhension. Cette controverse ternit l'image du président Obama, partisan prudent de ce projet. Selon un sondage Time Magazine/ABT SRBI, 24% des Américains pensent que leur président est musulman. Un signe de défiance de la part d'une opinion publique prompte aux amalgames et traumatisée par les attentats du 11 septembre.