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Etats-Unis : la dette étudiante entre dans la campagne électorale

Des étudiants américains en "grève de remboursement de prêts étudiants" à Washington, le 30 mars 2015. Ce groupe se surnomme "les 100 Corinthyens" : ils refusent de rembourser leurs prêts, considérés comme abusifs. (AP Photo/Manuel Balce Ceneta)

L'endettement des étudiants américains a atteint des sommets, au point que les candidats aux primaires pour la présidentielle de 2016 se sont emparés du sujet. Dans d'autres pays développés, le problème commence à se poser. Quand étudier… signifie s'endetter.

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C'est une somme extravagante qui n'est pas souvent citée mais révèle un véritable problème de société : 1200 milliards de dollars. Ce montant abyssal correspond aux emprunts contractés par les jeunes Américains pour payer leurs études supérieures. Si l'on compare cette somme à d'autres types de crédits aux Etats-Unis, on comprend mieux l'inquiétude qu'elle engendre : 960 millions de dollars pour les crédits automobiles, 700 millions pour les cartes de crédit ou 500 millions pour les prêts hypotécaires.

Explosion des droits d'inscription

Si l'endettement étudiant a autant augmenté aux Etats-Unis durant les deux dernières décennies, ce n'est pas le fait d'un soudain appétit de la jeunesse pour les études, ou de leur inscription massive dans des écoles de luxe. Les frais d'inscription à l'université ont augmenté de 440% en 25 ans — et de 30 % sur la seule période de 2006 à 2012 — obligeant les étudiants à souscrire des prêts de plus en plus élevés. L'estimation de l'endettement individuel par étudiant américain se situe autour des 30 000 dollars, et si les universités augmentent autant leurs tarifs c'est avant tout pour compenser une chute estimée à 85 % de leurs revenus financiers durant les 8 dernières années.

Les candidats proposent… un peu tout

Les différents candidats à la présidentielle de 2016 ont commencé à s'inquiéter de cette dette extravagante, et proposent des solutions de divers types. Il faut dire que la"dette des jeunes" pose plusieurs problèmes aux politiques : ces 40 millions de contribuables qui remboursent un prêt étudiant ne peuvent plus contracter d'autres emprunts une fois sur le marché du travail tant qu'ils n'ont pas réussi à rembourser le premier — avec toutes les conséquences macro-économiques que cela implique. Sachant que ces 18-34 ans représentent 25% de l'électorat américain…
Le 6 août 2015, la candidate démocrate Hillary Clinton lors d'une table ronde à Los Angeles. Elle dévoilera le 10 août son plan de 350 milliards pour réduire la dette étudiante (AP Photo/Jae C. Hong)
Côté démocrate, deux propositions s'affrontent : celle de Bernie Sanders et celle d'Hillary Clinton. Le premier propose un plan sur 4 ans menant à la gratuité de  l'enseignement supérieur, accompagné d'un abaissement des taux des prêts étudiants de 4,29% à 2,37%. Hillary Clinton, moins ambitieuse, propose elle d'injecter 350 milliards de dollars sur 10 ans dans le système éducatif supérieur fédéral afin d'aider à la surveillance des prêts, simplifier les programmes de prêts, les élargir aux revenus les plus faibles et faire baisser le prix des inscriptions.

Chez les Républicains, c'est surtout de l'embarras qui ressort : vouloir faire baisser les taux d'intérêts des prêts étudiants ou promettre la gratuité des études est une entrave au libre marché, un concept qui s'oppose à la doctrine du parti. Une solution lancée par un gouverneur et un sénateur, Chris Christie et Marco Rubio  a quand même retenu l'attention : faire financer les études des jeunes les plus potentiellement "rentables" par des entreprises, avec remboursement au prorata du salaire une fois embauchés. Ce type de mécénat existe déjà dans quelques universités, mais il semble improbable de généraliser ce système aux 20 millions d'étudiants américains.

Au Royaume-Uni aussi…

En novembre 2010, les étudiants britanniques manifestaient à Londres contre les coupes budgétaires du gouvernement et la hausse des tarifs d'inscription à l'université. (Photo : AP/Anthony Devlin)
Alors que les Etats-Unis sont le pays le plus touché par cette flambée du prix des études supérieures et de l'endettement étudiant, le Royaume-Uni suit la même tendance depuis quelques années. Les études supérieures y étaient gratuites il y a 20 ans, et pourtant, dès qu'elles sont devenues payantes, le prix de l'inscription a grimpé de façon exponentielle : de 1400 euros en 1998, à 4000 euros en 2004, il a explosé à plus de 12 000 euros en 2012. Le pouvoir britannique justifie ces augmentations par la nécessité de réduction des déficits publics. Les spécialistes estiment que plus de 70% des étudiants britanniques ne seront pas en mesure de rembourser leur emprunt. Il faut dire qu'en moyenne, un étudiant du Royaume-Uni quitte l'université avec un dette de 60 000 euros.

Etudier pour s'endetter ? Tel pourrait être le credo américain et britannique. Les jeunes Britanniques ne votent pas — à plus de 50% — et leurs élus ne semblent pas, en conséquence, franchement intéressés d'abaisser le coût des études. Aux Etats-Unis, en revanche, le vote de tous ceux qui ont contracté un prêt étudiant pèse lourd. Cette question de l'endettement étudiant liée au prix des universités s'est donc imposée dans la campagne présidentielle américaine et sera cruciale pour les candidats. Les candidats en lice le savent, et vont faire des propositions pour inverser la tendance. C'est une obligation pour eux, s'ils ne veulent pas se retrouver face à une nouvelle crise des dettes, et aussi, bien entendu, s'ils veulent emporter l'élection présidentielle.