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Etats-Unis : la Maison Blanche en plein chaos ?

Maison Blanche
Anthony Scaramucci, le tout récent responsable de la communication de la Maison Blanche, avec des journalistes, ce 25 juillet. Ses insultes et menaces relayées auprès du NewYorker fragilisent encore un peu plus la présidence Trump © TV5MONDE/AP Photo-Pablo Martinez Monsivais

Le nouveau responsable de la communication à la Maison Blanche, Anthony Scaramucci, n'a pas attendu longtemps pour déraper. Au point de proférer des insultes et des menaces au téléphone, rapportées par un journaliste du New Yorker, notamment contre le secrétaire général Reince Priebus, que Donald Trump a finalement remplacé vendredi 28 juillet par le général John Kelly. La Maison Blanche est-elle en plein chaos au point de ne plus pouvoir fonctionner correctement ? 

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C'est un nouvel acte dans la "pièce de théâtre de la présidence Trump", et pas des plus élégants. Tout part d'un tweet — comme si la présidence américaine se déroulait désormais avant tout sur cette plateforme de microblogging — d'un journaliste révélant un dîner de Donal Trump et de son épouse avec un responsable de la chaîne Fox News, un commentateur politique, Sean Hannity et Anthony Scaramucci — le nouveau responsable de la communication de la Maison Blanche.


Ce dîner n'était pas censé être connu, et Anthony Scaramucci, furieux de cette "fuite" du NewYorker décide d'appeler le quotidien pour s'expliquer avec le journaliste Ryan Lizza, qui avait tweeté le scoop. Et c'est là que le dérapage devient très inquiétant et pose question sur la gestion de la Maison Blanche…


"Je les virerai tous"
Anthony Scaramaucci, au téléphone avec le journaliste Ryan Lizza

Un responsable communication qui ne se maîtrise pas

Anthony Scaramucci appelle le journaliste du New Yorker avec au départ une seule et unique question, visiblement très obsédante pour lui, selon l'article de Ryan Lizza qui retrace cet échange : "Qui a fait fuiter l'information ?"

Bien entendu, le jounaliste refuse de répondre au responsable de la communication de la Maison Blanche, qui s'emballe alors : "Ce que je vais faire, c'est éliminer tous les membres de l'équipe de communication et on repartira à zéro".

Le chantage au licenciement des collaborateurs de l'équipe de Scaramucci n'est pas franchement à même de forcer la main du journaliste, qui ne veut, ni ne peut donner la source de son information, mais pourtant le responsable de la communication insiste : "Vous êtes un citoyen américain, c'est une catastrophe majeure pour le pays. Donc, je vous demande, en tant que patriote américain de me donner des renseignements sur qui a effectué cette fuite". La fibre patriotique n'opère pas — elle non plus — sa magie sur le journaliste, qui, comme il se doit, refuse toujours de donner quoi que ce soit à propos de la fameuse fuite sur le dîner qui "pourrait être une catasrophe nationale", selon Scaramucci.


Reince est un putain de schizophrène paranoïaque, un paranoïaque.

Anthony Scaramucci, à propos du Secrétaire général de la Maison Blanche

S'ensuit alors — toujours selon l'article du NewYoker — une diatribe de Scaramucci contre ses propres équipes, mais aussi contre le secrétaire général de la Maison Blanche, Reince Priebus : "J'aurai la personne qui vous a renseigné. Reince Priebus — et si vous voulez vous aussi faire fuiter quelque chose — [et bien sachez qu']il lui sera demandé de démissionner dans très peu de temps."

Plus loin dans la discussion, Scaramucci s'emporte et devient très vulgaire, expliquant que "Reince est un putain de schizophrène paranoïaque, un paranoïaque", et en vient à singer au téléphone le secrétaire de la Maison Blanche pour expliquer les raisons de la fuite, qu'il finit par lui attribuer : "Oh, Bill Shine vient au dîner. Laissez-moi fuiter cette putain d'information et voir si je peux tout foutre en l'air et coincer ces gens, comme je l'ai fait pour Scaramucci pendant 6 mois". Tout l'échange avec Anthony Scarammuci est alors de cette teneur, ponctué de "putain", jusqu'à lâcher "Je ne suis pas Steve Bannon (l'ancien porte-parole de la Maison Blanche, ndlr), je n'essaye pas de sucer ma propre bite"…

Scaramucci aura finalement raison de Reince Priebus que Donald Trump a décidé de remplacer ce vencredi par le général John Kelly, jusqu'ici ministre de la Sécurité intérieure :

"Je voudrais remercier Reince Priebus pour son service et son dévouement au pays. Nous avons accompli beaucoup ensemble et je suis fier de lui", a tweeté Trump à son propos.

Reax Priebus
© TV5MONDE

Reince Priebus a expliqué être en accord avec la décision de Donald Trump "de faire des changements pour pouvoir avancer" et avoir lui-même présenté sa démission.
 

Une Maison Blanche en plein chaos et en guerre interne ? 

Anthony Scaramucci, ancien trader chez Goldman Sachs a vendu son fonds d'investissement en début d'année pour rentrer à la Maison Blanche et a dû attendre 6 mois avant de se voir nommé au poste qu'il occupe actuellement. Il semble que le secrétaire général Reince Priebus ait milité contre son arrivée dans l'équipe de la Maison Blanche et que Scaramucci lui en veuille pour cette raison. Il n'en reste pas moins que la sortie auprès du NewYorker du responsable de la communication de la Maison Blanche ne va peut-être pas rester sans conséquences, celui-ci ayant confié lors de son entretien téléphonique avoir appelé le FBI et le Département de la justice pour qu'ils enquêtent sur Reince Priebus. 

Comment une équipe présidentielle avec deux de ses dirigeants en guerre ouverte, des équipes menacées d'être licenciées, peut-elle fonctionner correctement ?

Anthony Scaramucci s'est excusé par un tweet, mais après une semaine à ce poste — censé redorer l'image de Donald Trump — il est surprenant qu'il fasse un impair pareil pour la plupart des observateurs.

"Parfois, j'utilise un langage fleuri. Je m'abstiendrai dans ce cadre, mais je ne renoncerai pas à mon combat passionné pour Donald Trump."

Certains d'entre eux ont même commencé à chercher une explication sur ce comportement, ce vocabulaire déplacé, accompagné des déclarations sidérantes à un journaliste. La piste d'un Scaramucci ayant pris de la cocaïne leur semble la plus probante. Les réseaux sociaux relayent donc déjà largement cette possibilité :

Un responsable Républicain en stratégie se demande s'il n'y aurait pas une "explication chimique" (cocaïne) pour les interview dérangées d'Anthony Scaramucci

Décidément, la présidence Trump n'est pas près de devenir normale. A se demander, comme à chaque scandale, si elle pourra aller à son terme…