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Etats-Unis : la réforme fiscale adoptée au Sénat, première victoire pour Trump

Le président Donald Trump devant la Maison Blanche à Washington, vendredi 1er décembre 2017. © AP Photo/Manuel Balce Ceneta
Le président Donald Trump devant la Maison Blanche à Washington, vendredi 1er décembre 2017. © AP Photo/Manuel Balce Ceneta

Le président américain Donald Trump a engrangé dans la nuit de samedi 2 décembre une précieuse victoire d'étape avec l'adoption par la Sénat d'une réforme historique de la fiscalité et d'une gigantesque baisse d'impôts.

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Le texte, adopté de justesse par 51 voix contre 49, doit maintenant être harmonisé avec la version adoptée le 16 novembre 2017 par la Chambre des représentants. Ce serait la première grande réforme du mandat du 45e président américain, qui n'a pas réussi à tenir son engagement d'abroger la loi sur le système de santé de Barack Obama, cet automne. "C'est un grand moment pour les familles américaines et les petites entreprises qui attendent de tourner la page de la lente reprise de l'ère Obama", s'est félicité le républicain John Cornyn.

La nouvelle se serait sans conteste imposée à la une sans un rebondissement dans l'enquête sur la Russie menée par le procureur spécial Robert Mueller, qui a inculpé vendredi l'ex-conseiller présidentiel Michael Flynn. L'homme a plaidé coupable de déclarations mensongères.

Tous les sénateurs républicains, sauf un, ont voté samedi 1er décembre peu avant 02h00 du matin en faveur de la réforme, tandis que la minorité démocrate s'est unanimement opposée. Auparavant, deux amendements, un républicain et un démocrate, ont été adoptés lors d'une longue série de votes.

A quelques heures près, la majorité a tenu son calendrier. Elle ne veut pas perdre son élan et entend agir vite, en convoquant dès la semaine prochaine une commission bicamérale chargée de rédiger un compromis entre les deux chambres du Congrès. Puis chacune devra revoter avant la fin de l'année.
                  

Déficits publics en hausse                  

                  
Donald Trump martèle que les républicains n'ont pas le droit à l'erreur, après l'échec humiliant de l'abrogation d'Obamacare. Le milliardaire a fait de la baisse des impôts le coeur de sa politique économique, dans le but de redonner du pouvoir d'achat à la classe moyenne et de rendre les Etats-Unis plus compétitifs pour les entreprises.

L'impôt sur les sociétés, aujourd'hui de 35%, passerait à 20%. Toutes les catégories de contribuables verraient leurs impôts baisser, même si ce coup de pouce se réduirait progressivement au cours de la prochaine décennie. Certains ménages verraient en revanche leur feuille d'impôt augmenter dès 2018, en raison de la suppression de certains avantages fiscaux. Et une grande simplification fiscale devra permettre en théorie aux contribuables de déclarer leurs revenus sur l'équivalent d'une "carte postale".

La bataille a été rude au sein du camp républicain pour arracher ce succès. La majorité a passé les dernières 24 heures à réécrire sa proposition de loi, dans une opacité quasi-totale, afin de satisfaire certains républicains qui menaçaient de faire défection.

L'un d'eux a obtenu un engagement de principe de la Maison Blanche à résoudre le problème des jeunes clandestins qui deviendront expulsables dans quelques mois. Une autre a arraché des concessions pour préserver certains acquis de la loi Obamacare. Seul le sénateur républicain du Tennessee Bob Corker s'est finalement opposé à son parti, car la loi creuserait excessivement, selon lui, les déficits publics.

Les promoteurs de la réforme avaient initialement assuré que les baisses d'impôts s'autofinanceraient, grâce à un regain de croissance. Mais selon les experts d'une commission non partisane, cette croissance gagnera 0,8 point par an en moyenne, générant 400 milliards de dollars de recettes fiscales sur dix ans, loin de compenser les 1.400 milliards de baisses d'impôts. Les déficits s'accroîtraient donc d'environ 1.000 milliards sur une décennie.

La minorité démocrate n'a pu exprimer qu'une opposition symbolique.
Sur le fond, ils ont dénoncé un texte "arnaquant" la classe moyenne car profitant au total plus aux entreprises et aux contribuables les plus fortunés. "Le Trésor fédéral est pillé ce soir !" a tonné le sénateur apparenté Bernie Sanders.

Au passage, la loi abroge l'obligation de souscrire une assurance-maladie instaurée par Obamacare, une mesure qui risque de déstabiliser le système de santé. Et elle ouvre des terres protégées de l'Alaska aux forages pétroliers.

Sur la forme, l'opposition s'est scandalisée de la réécriture de dernière minute et du dévoilement tardif des 479 pages du texte, dont quelques pages ont même été réécrites à la main, dans les marges.

"Aucun sénateur n'a eu le temps de lire le texte", a dénoncé le chef démocrate Chuck Schumer.