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Etats-Unis : la Toile se mobilise après la mort de Michael Brown

Deux exemples de photographies de Michael Brown utilisées par les médias. L'une tend à faire peur, l'autre le présente comme un adolescent calme et studieux.
Deux exemples de photographies de Michael Brown utilisées par les médias. L'une tend à faire peur, l'autre le présente comme un adolescent calme et studieux.

Des milliers de personnes affluaient, ce lundi, pour les obsèques de Michael Brown, un jeune afro-américain abattu par un policier blanc, le 9 aout dernier, à Ferguson (Missouri). L'incident avait provoqué la colère de la population et ravivé les tensions raciales dans cette région des Etats-Unis. La mort de cet adolescent a suscité une grande mobilisation sur la toile.

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C'est à l'église baptiste de Saint-Louis, dans le Missouri, que se tiennent les obsèques de Michael Brown. Dès 10h, des milliers de fidèles faisaient la queue sous un soleil de plomb devant l'église. De nombreuses personnalités sont attendues pour les célébrations dont le leader des droits civiques Al Sharpton, trois responsables de la Maison Blanche, le gouverneur du Missouri Jay Nixon ainsi que le réalisateur Spike Lee.

Aux Etats-Unis, cette affaire a ravivé les tensions raciales et la colère des habitants de Ferguson, majoritairement noirs. Sur la toile, les utilisateurs des réseaux sociaux continuent de se mobiliser pour que ce genre d'incident ne se reproduise plus.


Que s'est-il passé ?

Jusqu'ici les conditions de sa mort sont assez troubles et les versions diffèrent. Le jeune homme sortait, non armé, d'un magasin de spiritueux d'où il venait de voler une boîte de cigares d'une valeur de 48,99 dollars (36,5 euros) vingt minutes avant la fusillade au cours de laquelle il a trouvé la mort.

Pour les uns, Michael Brown aurait tenté de saisir l'arme du policier avant d'être abattu. Pour d'autres, dont l'ami de l'adolescent qui l'accompagnait, il avait les mains en l'air lorsqu'il a été tué. Selon les autopsies, le jeune homme aurait été atteint d'au moins six balles.
 
Pour contrer les émeutes dans cette banlieue de Saint-Louis, le gouverneur du Missouri a déclaré l'état d'urgence dans le quartier où a été tué l'adolescent et instauré un couvre-feu entre minuit et 5 heures du matin, à partir de la nuit de samedi à dimanche. Il a été violé par environ 200 manifestants.

Photomontages

Face à cela, la mobilisation grandit sur la Toile. Dès le lendemain de la mort de Michael Brown, un mot-dièse, #IfTheyGunnedMeDown (en français : "Si c'était moi qu'ils avaient tué"), apparaît sur le site de micro-blogging Twitter. Dans leurs messages, ses utilisateurs posent la question : "#Si c'était moi qu'ils avaient tué, quelle photographie auraient-ils utilisée ?" Ils accompagnent ce court texte de deux clichés : l'un ou ils semblent sérieux et/ou souriants, l'autre où ils paraissent violents. Bref, des images qui tendent à diffuser une impression d'innocence, ou de culpabilité.


La raison de ces photomontages ? Le choix de la photographie de la jeune victime opéré par la majorité des médias américains pour illustrer sa mort. Contre-plongée, maillot de basket et geste de la main assimilable à un signe d'appartenance à un gang, elle laisserait entendre que l'adolescent n'était pas tendre. D'autres clichés, qui le montrent par exemple dans des vêtements de jeune diplômé, circulent sur la Toile et ont été utilisés par d'autres organes de presse. Un débat semblable avait déjà eu lieu il y a deux ans, avec la mort du jeune Travyon Martin (lire notre article). Certains clichés le montraient souriant, d'autres avec une capuche sur la tête, le regard fixe.
 
Au-delà du choix des photographies, le débat porte plus loin. Comme le rappelle Philippe Revaz, le correspondant de la RTS aux Etats-Unis, c'est aussi la réaction policière vis-à-vis des jeunes noirs qui fait débat sur place : 

Journaliste-citoyen

Antonio French est un citoyen qui a largement participé à la médiatisation et la prise d'ampleur de l'affaire Michael Brown. Au lendemain de la mort du jeune homme, il publie des vidéos sur l'application Vine et relay l'information sur son compte Twitter. Sur ses images, on peut voir des manifestants dans les rues de Ferguson, des rassemblements, des affrontements entre la police et les habitants... Il s'investit et est présent chaque jour sur le terrain. Le 12 août dernier, il poste une photo de lui en train de twitter, dans une rue, au milieu de gaz lacrymogènes. Quatre jour après, une autre photo le montre en train de s'interposer entre manifestants et forces de police.
 

“Des Michael Brown, il y en a partout, tous les jours, aux Etats-Unis“

Duplex : Philippe Revaz, correspondant de la RTS aux Etats-Unis

17.08.2014
“Des Michael Brown, il y en a partout, tous les jours, aux Etats-Unis“

Un moment de silence lancé en ligne

Mais sur Internet, on ne se mobilise pas qu'à propos des images. Des rassemblements pacifiques, dans la rue, ont également été lancés grâce à un autre mot-dièse : #NMOS14 (pour "National moment of silence 2014", "une minute de silence nationale 2014"). Son origine : le tweet de la blogueuse féministe noire Feminista Jones, publié le 10 août : "Combien d'entre vous seraient intéressés par une minute de silence nationale pour les récentes victimes de brutalités policières ?". 


Quatre jours plus tard, plusieurs villes connaissaient des rassemblements répondant à cet appel. Les manifestants y lèvent les mains, à l'image de ce qu'a rapporté un témoin à propos de Michael Brown, et scandent : "Hands up, don't shoot !" ("Mains en l'air, ne tirez pas !")


Ces dernières semaines, la mort de Michael Brown n'a pas été la seule à raviver le spectre du racisme aux Etats-Unis. Lundi dernier, le 12 août, Ezell Ford, un jeune Noir de 25 ans a également été tué par un officier de police, à Los Angeles. Il n'avait pas d'arme et, selon ses proches, souffrait de troubles mentaux. Il y a un mois, Eric Garner, un Noir américain de 43 ans, décédait à New York d'une crise cardiaque après avoir été étranglé par un policier. 

François Durpaire : “Ce sont les préjugés qui ont tué“

Pour aller plus loin, entretien avec cet historien spécialiste des Etats-Unis

17.08.2014Interview : Xavier Lambrechts ; 64' de TV5MONDE
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