Etats-Unis : la ville de Détroit (toujours) en détresse

Photo Google street view
Photo Google street view

Aux États-Unis, Détroit est devenue le symbole de la déroute économique de tout un pays. Fermetures d’usines de voitures et crise financière de 2008 ont anéanti la ville, classée en faillite depuis un an. Dépeuplée, Détroit voit aussi disparaître ses maisons, abandonnées, parfois incendiées. Une dégradation spectaculaire depuis 2009 dont Internet devient le premier témoin en archivant les images de ce naufrage. 

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Peu à peu, les maisons du centre de Détroit disparaissent. Comme sa population. Trop endettée. Victime de la désindustrialisation dans ce fleuron de l’industrie automobile américaine. Victime aussi de la crise financière des subprimes (prêts à taux variables) de 2008. Détroit est devenue tristement symbolique : la plus grande ville américaine déclarée en faillite depuis le 18 juillet 2013.

« Motor city » (s’é)croule sous le coût de la dette de la municipalité : plus de 18 milliards de dollars. Principale marque de ce déclin : la ville s’est vidée de ses habitants. Un quart d’entre eux a quitté la ville entre 2000 et 2010. De 1,8 million en 1950, la population atteint près de 689 000 personnes en 2013. Et plus de 20% sont au chômage. Certains habitants ne paient plus leurs impôts fonciers depuis des années. Des citoyens doivent plusieurs dizaines de milliers de dollars à la municipalité qui se retrouve livrée à elle-même pour régler ces arriérés.

Maisons à vendre appartenant à la municipalité /capture d'écran
Maisons à vendre appartenant à la municipalité /capture d'écran
Immobilier

« Au moins 70 000 saisies ont eu lieu depuis 2009 pour non-paiement de taxe foncière », écrit la journaliste Monica Davey dans son article du quotidien américain New York Times . Rien qu’en 2014, plus de 43 000 propriétés seront saisies. Parmi elles, des maisons seront vendues lors d’enchères publiques avec des mises à prix pouvant démarrer à 500 dollars, rapporte la journaliste américaine.

Même la municipalité s’y est mise. Sur un site internet, elle propose une liste des biens dont elle est propriétaire à vendre. Le but est de renflouer ses caisses mais aussi de repeupler la ville.

Maison incendiée / Google Street view
Maison incendiée / Google Street view
Ces ventes ou la saisie deviennent les seules solutions pour que le bien tombe dans les mains de quelqu’un d’autre, pour ne pas disparaître du paysage. Car certains propriétaires déclarent forfait et abandonnent leur maison, parfois les brûlent pour toucher les primes d’assurance. La désolation habite alors ces rues. Des maisons habitées côtoient des propriétés brûlées ou mal entretenues.

C’est ce délitement de la ville que répertorient certains sites internet. Au travers de captures d’écran des prises de vue sur Google Street view, chacun peut se rendre compte de la dégradation des maisons abandonnées dans la ville.

Maison entièrement brûlée /Google Street view
Maison entièrement brûlée /Google Street view
Ces maisons abandonnées ou brûlées renforcent l’insécurité et le manque d’hygiène pour les voisins encore présents. Ces derniers jours, la ville a accéléré le nombre de destructions de logements vacants. Détroit compte passer de 250 destructions par mois à 1200 selon la télévision locale Local 4 (lien en anglais). Dans le reportage de cette chaîne, les journalistes soulignent le caractère positif de ces avancées... Ou comment effacer les traces de la déroute de Détroit, des mémoires et de la ville.

Capture d'écran du reportage sur Local 4
Capture d'écran du reportage sur Local 4
Ces destructions massives visent en effet à redorer l’image de la ville et à attirer de nouveaux citoyens qui semblent revenir progressivement.

Dans le tweet ci-dessous, le journaliste Roop Raj, s’enthousiasmait la semaine dernière en voyant du monde dans les rues du quartier d’affaires.


"Downtown #Detroit bondé pour....aucune raison apparente. Juste plein de gens sont là. plutôt sympa de voir ce regain."

David Whitney Building ©Yves Marchand et Romain Meffre
David Whitney Building ©Yves Marchand et Romain Meffre
Tourisme

La ruine de Détroit a attiré des touristes. Des photographes français en ont fait une série photographique en 2010 très artistique « The ruins of Detroit » (photo ci-contre).

Et un documentaire City of dream du franco-américain Steve Feigenbaum vient également de sortir. Le réalisateur y mêle le déclin urbain de la ville à l’histoire de sa famille juive, venue d’Europe centrale pour vivre le rêve américain. Détroit comme la famille du documentariste vont être confrontés au ralentissement de l’industrie automobile, la ségrégation et le départ de certaines élites dans la banlieue désertant le centre de Détroit.



Renaissance ?

La ville fait des efforts pour réduire sa dette. En réduisant les dépenses notamment les retraites et en réglant les impayés. En vain. La semaine dernière, la ville a coupé l’eau à plus de 150 000 personnes qui ne payaient par leur facture. Scandale à Détroit.
Les habitants outrés en ont appelé à l’ONU pour résoudre cette crise.


Le Républicain John Conyers: les coupures d'eau à #Detroit violent le "le mandat des droits de l'homme des Nations unies."

Un journaliste donne sur Twitter les évaluations des pièces maitresses de l'Institut d'Art de Détroit
Un journaliste donne sur Twitter les évaluations des pièces maitresses de l'Institut d'Art de Détroit
Le prix de l'art

La ville a aussi commandé à une "entreprise de conseil en marché de l’art", une évaluation de la collection abritée par l’institut d’art de la Détroit. Verdict : 4,6 milliards de dollars. Une vente qui intéresseraient de nombreux créanciers de la ville depuis sa faillite. Détroit peaufine son plan de recouvrement de sa dette avant le début des audiences devant le tribunal. Repoussées, elles devraient se tenir à partir du 24 août.

Le montant des impayés pour l’eau municipale à la ville de Détroit atteint 118 millions de dollars. Une somme dont aurait bien besoin la municipalité qui a déposé, le 3 juillet dernier, devant un tribunal une liste de contrats signés (lien en anglais) avec des centaines d’entreprises dont la ville ne pourra plus honorer, elle non plus, les factures.