Etats-Unis : meurtre d'un homme noir par un policier

meurtre d'un policier sur un noir Etats-Unis
©Récit d'I. Taoufiqi

En Caroline du Sud, un policier blanc a tiré au moins sept fois sur un homme noir non armé. Le geste de l'agent de la force publique qui a été arrêté et inculpé de meurtre, réveille des tensions raciales croissantes aux Etats-Unis.  

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Un policier blanc a été arrêté et inculpé de meurtre mardi 7 avril en Caroline du Sud (sud-est des Etats-Unis), après avoir tiré à plusieurs reprises sur un homme noir non armé. La mairie de Charleston a indiqué qu'il avait été renvoyé. Cette "bavure" ravive les tensions raciales particulièrement exacerbées ces derniers temps aux Etats-Unis.

Sur la vidéo, diffusée par le New York Times et d'autres médias, on voit une altercation opposer le policier, Michael Slager, et un homme noir Walter Scott, 50 ans lors d'un banal contrôle routier le samedi 4 avril dans la ville de North Charleston. L'un des feux du véhicule de Walter Scott ne fonctionnant plus.

Le policier sort ensuite son pistolet et tire sept ou huit fois sur le dos de l'homme qui s'enfuit. Puis il marche calmement jusqu'à l'homme  allongé par terre, lui enjoignant de mettre les mains dans le dos avant de lui passer les menottes. Walter Scott est mort quelques instants après.

Peine de mort pour le policier ? 

Le policier, qui risque la peine de mort ou 30 ans d'emprisonnement, a été transféré au centre de détention du comté de Charleston, a précisé la police.

Dans le mandat d'arrêt visant le policier et que l'AFP s'est procuré, il est indiqué que "Thomas Slager (...) a illégalement et avec préméditation tué la victime".

"Il a tiré sur la victime à plusieurs reprises dans le dos après une altercation."

Le maire de la ville, Keith Summey, a expliqué que l'arrestation du policier avait été motivée par sa "mauvaise décision", a rapporté le Post and Courier.

"Quand vous prenez une mauvaise décision, peu importe que vous soyez là pour protéger la population ou un simple citoyen dans la rue, vous devez vivre avec cette décision", a déclaré l'édile, cité par le quotidien.

Avant que la vidéo, envoyée par l'avocat de la famille de la victime au New York Times, ne soit diffusée, le policier aurait affirmé que Walter Scott l'avait agressé et s'était emparé de son Taser.

Une vidéo pour obtenir la vérité

Lors d'une conférence de presse mardi 7 avril au soir, la famille de la victime a rendu hommage au "héros" qui a filmé la scène.

"S'il n'y avait pas eu de vidéo, connaîtrions-nous la vérité? Ou aurions-nous vu ce qui est sorti récemment? Mais maintenant, nous connaissons la vérité", s'est interrogé le frère de la victime, Anthony.

"Le chemin que nous avons à parcourir pour tenter d'obtenir justice commence ici", a pour sa part déclaré l'avocat de la famille.

Dans un communiqué, le ministère de la Justice a annoncé qu'il prendrait "les actions appropriées à la lumière des preuves et des développements" de l'affaire, précisant que le FBI avait également ouvert une enquête.

Contactée par l'AFP, la police de Caroline du Sud n'a pas souhaité faire de commentaires sur l'affaire, l'enquête étant toujours en cours.

Tensions raciales aux Etats-Unis

Cet incident intervient dans un contexte déjà tendu et risque de raviver les tensions raciales aux Etats-Unis, déjà secoués par de nombreuses affaires d'hommes noirs abattus ou brutalisés par des policiers blancs.

La mort début août à Ferguson (Missouri) d'un jeune Noir non armé, tué par un policier blanc, avait provoqué des manifestations dans tout le pays pour dénoncer les violences policières à l'encontre des Noirs.

Le policier de Ferguson n'a finalement pas été poursuivi en justice, faute de preuves, mais le département de la Justice a publié un rapport accablant sur les pratiques racistes habituelles de la police et des responsables de la municipalité, dont plusieurs ont démissionné dans la foulée.

Le rapport était très attendu, les événements survenus à Ferguson, ajoutés à d'autres bavures policières, ayant attisé pendant des mois la colère de la communauté noire et des militants des droits civiques.

Lire notre article : Etats-Unis : un rapport accablant sur la police de Ferguson, et après ?

Barack Obama, premier président noir des Etats-Unis, avait lui-même affirmé dans une interview que ce qui se passait à Ferguson "n'était pas un incident isolé".

La Maison Blanche avait alors recommandé que des changements en profondeur aient lieu au sein des forces de police américaines, pour améliorer les relations entre les minorités et les forces de l'ordre.

Un bureau du ministère de la Justice dédié à améliorer les relations entre les policiers et la communauté noire (Cops) a notamment été créé.