Etats-Unis : pénurie des "médicaments de la mort"

Salle d'exécution par injection létale au Texas, Etats-Unis, en 2015.
Salle d'exécution par injection létale au Texas, Etats-Unis, en 2015.
© AP Photo/Pat Sullivan

Bientôt la fin des exécutions en Amérique ? Le groupe pharmaceutique Pfizer a annoncé vendredi 13 mai 2016 ne plus vouloir fournir l'administration américaine en produits permettant les injections létales. Une décision tant politique qu’économique.

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Les opposants à la peine de mort n’ont pas tardé à saluer la décision du géant américain Pfizer, qui prive désormais les Etats-Unis de la dernière source disponible de substances légales pour les injections létales. Une méthode privilégiée dans les 31 Etats américains autorisant encore la peine capitale sur leur territoire, selon le Centre d'information sur la peine de mort américain (en anglais).

« Pfizer fabrique ses produits pour améliorer et sauver la vie des patients, a déclaré le groupe dans un communiqué vendredi 13 mai sur son site (en anglais), conformément à nos valeurs nous sommes choqués par le détournement de nos remèdes pour tuer des prisonniers. »
 
Concrètement, le laboratoire a décidé de limiter la distribution de sept produits à des distributeurs et acheteurs qui s’engageront à ne pas les revendre à des institutions pénales, et devront certifier que les produits achetés ne seront utilisés que dans un but médical.

Précédents et solutions alternatives


Maya Foa, directrice de l’association anti-peine de mort Reprieve, a qualifié la décision de Pfizer « d’exemplaire », qui rejoint selon le New York Times, une vingtaine d’entreprises pharmaceutiques européennes et américaines ayant pris des mesures similaires à celle de Pfizer.
 
Le refus croissant du secteur pharmaceutique, d’abord européen, de fournir ces médicaments a ainsi provoqué une diminution régulière des exécutions depuis une quinzaine d’années : 28 mises à mort en 2015 contre 98 au pic des exécutions en 1999.
 

Mais pour contourner la pénurie, certains Etats tentent de garantir l’anonymat aux « pharmacies » prêtes à les approvisionner, notamment l’Arkansas, le Missouri et l’Ohio.

D’autres se tournent en catimini vers des préparateurs en pharmacie non homologués par l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA), ou vers des circuits clandestins à l’étranger, en violation de la loi fédérale.
 
Et alors que l’Utah et l’Oklahoma ont réintroduit le peloton d’exécution comme méthode de substitution, les élus locaux républicains de Virginie ont, eux, tenté de rétablir la chaise électrique, pourtant abandonnée parce que jugée trop barbare depuis 1965.
 

Décision sur fond de bataille économique

 
L’annonce de Pfizer d’interdire l’utilisation de ses produits pour les injections létales intervient quelques semaines seulement après le mariage avorté du laboratoire avec le fabricant de botox, Allergan. Cette fusion à 160 milliards de dollars devait aboutir au plus grand groupe pharmaceutique mondial, permettant de faire des économies d’échelle en termes de production, de recherche ou encore d'emplois.

Mais surtout, en rachetant Allergan, dont le siège est à Dublin, Pfizer comptait transférer son siège en Irlande, et ainsi profiter d’un impôt sur les sociétés nettement plus bas (12,5 % au lieu de 35 %). Ce qui aurait représenté la plus grande évasion fiscale d’une entreprise américaine.
 
C'était sans compter sur la décision de la Maison Blanche, le 4 avril dernier, d'arrêter toute tentative d'hémorragie fiscale en renforçant ses dispositions d'imposition, ôtant ainsi tout intérêt à l’opération de fusion pour Pfizer et Allergan. Ces grandes entreprises « fuient le pays pour échapper à l'impôt et prétendent profiter des avantages de l'Amérique sans acquitter leur devoir fiscal », avait alors dénoncé le président américain Barack Obama.