Etats-Unis : Trump vu par les Mexicains

Le président mexicain Pena Nieto a invité le candidat républicain à la Maison-Blanche Donald Trump. 
Le président mexicain Pena Nieto a invité le candidat républicain à la Maison-Blanche Donald Trump. 
©AP Photo/Dario Lopez-Mills

Depuis le début de sa campagne, le candidat républicain ne manque jamais de vilipender le Mexique d’où viennent, selon lui, des migrants criminels. Pourtant, il a accepté de se rendre à Mexico à l’invitation du président Peña Nieto. Comment Donald Trump est-il perçu par les Mexicains ?

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Malmené mais pas évincé. Donald Trump affronte les critiques et ne recule, semble-t-il, devant aucun paradoxe. Lui qui accuse le Mexique de n’envoyer aux Etats-Unis que des criminels. Lui qui veut ériger un mur entre les deux pays, payé par le Mexique. C’est pourtant bien lui qui a accepté l’invitation du président Peña Nieto à venir le rencontrer cette semaine. 

► Lire notre article sur Donald Trump dans la tourmente

 
Résultat, une visite « privée », a précisé Mexico, mais aussi surprenante qui a duré trois heures. Elle marquait la première rencontre du candidat Trump avec un chef d’Etat étranger.

Migration mexicaine vers les Etats-Unis

Les latinos représentent la plus importante vague de migration de l’histoire des Etats-Unis. Aujourd’hui, un peu plus d’un tiers des immigrés vivant dans le pays sont nés au Mexique. En quarante ans d’immigration, ils représentent 12 millions de personnes, dont la moitié est entrée illégalement sur le territoire.
 
Aujourd’hui, l’immigration mexicaine baisse à cause des plus grandes difficultés pour traverser la frontière avec le Mexique et un marché du travail américain en berne. D’après le Pew Research Center, 1,4 millions de Mexicains ont migré vers les Etats-Unis entre 2005 et 2010, contre 3 millions entre 1995 et 2000.

Sur place, Donald Trump lisse son propos, flatte les Mexicains - et amadoue leur président ? Devant la presse, il vante les qualités « incroyables » de ce peuple. « Les Mexicanos-Américains de deuxième et troisième générations sont juste au-delà de tous reproches. Ce sont de grands travailleurs, très impressionnants. J’ai tellement de respect pour eux », déclare-t-il ce mercredi 31 août. 


 

Mais quelques heures plus tard, finies les louanges. Donald Trump reprend son verbe acerbe pour s’en prendre aux Mexicains lors d’un rassemblement de ses partisans dans l’Arizona : « Nous construirons un grand mur le long de notre frontière sud et Mexico le payera à 100%, assène-t-il. Ils ne le savent pas encore mais ils le paieront. »

Le président mexicain répond pourtant sur Twitter que, lors de sa conversation avec Trump, il a « clairement dit que le Mexique ne paiera pas. » 
 

En dépit du discours véhément qui a suivi cette visite, Peña Nieto considère qu’il y a « un changement de ton, une reconnaissance de l’importance du Mexique, » même s’il admet que cette rencontre ne changera pas fondamentalement le discours de Trump à l'égard de son pays. 

Des Mexicains mécontents

Qu’en est-il des Mexicains ? Sur les réseaux sociaux, la venue de Donald Trump a été très commentée et contestée. Sur Twitter, notamment, les critiques fusent. Certaines, piquées d'humour, concernant le président mexicain :

["Gardez vos amis près de vous mais vos ennemis encore plus près, disait Michaël Corleone" - Une référence direct au film "Le Parrain" de Coppola]

 
D'autres, comme l’ancien président Vicente Fox Quesada, s’en prennent directement à Donald Trump sur son compte :

[« Trump n’est pas le bienvenu à Mexico, ni pour moi ni pour les 130 millions de Mexicains »]

[« Comment Donald trump va-t-il expliquer « l’inexplicable » ? Il essaye maintenant de faire l’amour aux Mexicains, quand il a promis à ses soutiens de nous jeter dehors. »]

 
Certains internautes ont aussi reproché le peu de mobilisation des Mexicains, en dépit de petits rassemblements, comme ici, à Mexico :  

Pour beaucoup, c'est un même rejet de celui qui déverse à longueur de campagne sa haine contre les migrants mexicains. Gerardo Contreras, ingénieur mécatronique de 32 ans, considère que cette invitation de Trump n'a fait qu'"améliorer son image". Quant à son discours politique, même s'il comprend que "l'immigration doit être régulée", cela "ne doit pas passer par un discours de haine", nous confie-t-il. 

Hector Vela, professeur d'anglais de 24 ans, ne comprend toujours pas comment son président a pu inviter quelqu'un "qui insulte sans cesse le peuple mexicain". "C'est vraiment embarrassant, j'ai l'impression d'avoir été trahi par Peña Nieto." Il interprète cette invitation comme une manière de "distraire le Congrès" à qui le président devait présenter son rapport annuel le 1er septembre. L'élection américaine, et qui plus est Donald Trump, sont au coeur des discussions et des préoccupations au Mexique "car nous entretenons notamment des relations économiques étroites", rappelle Hector. 

Même rejet des Américains latinos?

Aux Etats-Unis, divers sondages donnent toujours une large majorité d'Américains latinos défavorables à Trump. Pourtant, certains se mobilisent pour défendre le candidat républicain. C'est le cas de Marco Gutierrez co-fondateur du mouvement "Latinos for Trump", qui revendique 50 000 membres dans le pays. "Beaucoup de latinos de première génération, mais aussi de seconde génération", estime-t-il.  Si, aujourd'hui, aussi peu de latinos soutiennent le candidat républicain "c'est parce qu'ils ont peur d'être critiqués, de perdre leur travail, d'être mal vus ..."

La visite de Trump à Mexico ? "Géniale, historique", "un moment émouvant" de le voir aux côtés du président mexicain, même si le candidat républicain n'est pas encore à la Maison-Blanche. Selon lui, le mur que Trump veut ériger est aussi "symbolique", "une manière de rappeler aux Mexicains les valeurs américaines, alors que beaucoup d'entre eux, aujourd'hui, les ont oubliées, comme apprendre la langue par exemple." Quand Trump répète que ce sont les pires migrants mexicains qui viennent aux Etats-Unis "Il a raison." "Beaucoup de latinos sont des criminels, pas parce qu'ils le veulent forcément, mais parce qu'ils arrivent ici sans papier."

Ce sont peut être les jeunes latinos (les 18-35 ans, appelés "Millenials") représentant 44% de l'électorat latino américain, qui feront la différence... s'ils se déplacent pour voter. Lors du scrutin du 8 novembre prochain, 27,3 millions d'Américains latinos seront en âge de voter, selon le Pew Research Center, contre 23,3 millions en 2012. Un nombre record dû aux 3,2 millions de jeunes de la Génération Y (les fameux Millenials), qui auront 18 ans au moment du vote.

L'une de ces électrices, Sandra Prendergast, Mexicaine de 31 ans, vit depuis octobre 2012 aux Etats-Unis. Elle nous confie être profondément déçue de la venue de Trump dans son pays : "une personne si grossière qui fait tant de commentaires méchants sur mes origines et mon histoire". Comme Gerardo, elle dit "comprendre la nécessité d'un contrôle aux frontières afin de savoir qui entre dans le pays. Mais cela ne justifie pas, pour autant,  de considérer toutes les personnes d'une certaine religion, ethnicité... comme étant mauvaises. Il suffit de penser à l'Apartheid ou aux lois ségrégationnistes américaines du XXe siècle !"

L'idée que Trump puisse l'emporter inquiète Sandra Prendergast. Elle se demande de quelle façon il pourrait affecter la vie des immigrants, mais aussi celle de ses enfants. "La discrimination est une chose très réelle dans ce pays et je crains que les gens ne voient pas au-delà de mon accent, ma peau ou mon origine".

Le choix dans les urnes
Pour Sandra et les autres, cette élection présidentielle revêt une importance particulière. L'immigration et les Mexicains en particulier se trouvent au coeur du discours politique de campagne.

Si, dans les sondages, les latinos penchent pour Hillary Clinton, reste une inconnue : leur taux de participation. Lors des derniers scrutins, les latinos - surtout les moins de 35 ans - se déplaçaient beaucoup moins que les Américains blancs, noirs ou asiatiques. Le discours de Trump les poussera-t-il davantage à se mobiliser ? Réponse le 8 novembre.