Etats Unis : un pays malade de sa police?

<span>Des étuis d'instruments de musique pour représenter les cercueils des victimes de la violence policière à l'extérieur de Baltimore City Hall , à Baltimore , le mercredi 16 décembre 2015.</span>
Des étuis d'instruments de musique pour représenter les cercueils des victimes de la violence policière à l'extérieur de Baltimore City Hall , à Baltimore , le mercredi 16 décembre 2015.
(AP Photo/Patrick Semansky)

Les jurés ne se sont pas accordés sur un verdict : le procès a été annulé. William Porter vient d'en bénéficier. Il était le premier de six policiers à être jugé à Baltimore dans le dossier Freddie Gray, un Noir décédé de mort brutale après son interpellation. Cette décision augmente la colère de la population concernant sa police et ses méthodes.

 

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"Nous demandons aux gens de rester calmes et patients. Nous avons
confiance dans la tenue d'un autre procès avec un autre jury.
Nous sommes calmes, vous devez rester calmes vous aussi",
a
demandé Richard Shipley, le beau-père de la victime.
Il y a, en effet, quelques motifs d'inquiétude.

La ville compte 622 000 habitants, dont le quart vit sous le seuil de pauvreté, et les Afro-Américains composent 63 % de sa population. Tout le monde craint l'embrasement.

Le juge William a tenu à préciser : "Les directions d’école ont envoyé des lettres à toutes les adresses de la ville pour informer les citoyens du risque de révolte citoyenne. Il faut désormais se demander si William G. Porter serait en mesure d’avoir un procès juste et équitable ici ".  Stephanie Rawlings-Blake, la mairesse de Baltimore, a tenu, de son côté, une conférence de presse où transpirait quelque inquiétude : "En tant que ville unie, nous devons respecter le processus judiciaire […] J’exhorte tout le monde à se rappeler que notre réaction, en tant que collectivité, doit être de respect pour nos quartiers, nos résidants et nos entreprises."

Baltimore
© commentaire Sophie Golstein

Freddie Gray, un "accident tragique" ?

A l'origine de cette tension, une interpellation musclée, celle de Freddie Gray, 25 ans, qui ne s’est pas réveillé d'un coma dans lequel il est plongé après une fracture des vertèbres cervicales. Selon l’avocat de sa famille, William Murphy Jr : "C'est au cours de son arrestation, alors qu'il n'avait commis aucun crime - en tout cas aucun qui justifie une arrestation, à moins qu'être Noir et courir en soit un - que sa colonne vertébrale a été sectionnée à 80%, dans la région du cou".
Pourquoi Freddie Gray a-t-il fait l'objet d'une arrestation ? Pour son regard jugé "fuyant" et parce que les policiers, pendant sa fouille, ont trouvé sur lui un couteau à cran d’arrêt.

La police a été incapable d'expliquer l'origine de ses blessures ni le pourquoi de son arrestation. Les responsables de la police ont cependant reconnu que sa ceinture de sécurité n'était pas bouclée pendant son transport, et que le fourgon a fait trois arrêts inexpliqués sur le chemin du poste de police.

Les avocats de William Porter ont plaidé l’accident tragique et insisté sur le fait que c’était à l’accusation de prouver l’homicide de Freddie Gray.

Violence policière : les images qui accusent

Depuis plusieurs mois, les vidéos de violence de policiers blancs envers les Afro-Américains se multiplient. Dans la salle d'un lycée de Columbia, en Caroline du Sud, une vidéo a récemment enflammé les réseaux sociaux. On peut y voir une lycéenne afro-américaine se faire arrêter de manière très musclée dans sa classe  par un policier. La jeune fille, qui ne résiste pas,  est traînée par terre puis plaquée au sol.

Plus tragique, la mort de Walter Scott, 50 ans, abattu de cinq balles dans le dos par un policier  blanc à North Charleston, toujours en Caroline du Sud.
Une vidéo du drame a été rendue publique par les autorités locales :
Bavure policière Walter Scott
©commentaire Ilhame Taoufiki

Violence policière : 2 morts par jour

La population proteste avant tout contre l’impunité de la police et son traitement de la communauté noire. Et si Barack Obama a appelé à « un examen de conscience » de tout le pays concernant ces questions hautement sensibles, il y a les chiffres qui attestent de ce grand malaise dans la société américaine : au cours des cinq premiers mois de 2015, la police américaine a tué par balle 385 personnes, soit plus de deux par jour. Sur les 385 cas, trois seulement ont donné lieu à des poursuites contre le policier auteur des tirs.