Etats-Unis/Cuba : une nouvelle page après 54 ans d’hostilité

<span>Edwardo Clark, Cubano-américain, célèbre la nouvelle ambassade de Cuba à Washington, lundi 20 Juillet 2015. (AP Photo/Andrew Harnik)</span>
Edwardo Clark, Cubano-américain, célèbre la nouvelle ambassade de Cuba à Washington, lundi 20 Juillet 2015. (AP Photo/Andrew Harnik)

Au douzième coup de minuit dans la nuit du 19 au 20 juillet 2015, le drapeau cubain s’est hissé au département d’Etat américain à Washington. Un symbole fort qui marque le rétablissement officiel des relations diplomatiques entre les deux pays pour la première fois depuis 1961.

dans
Sept mois après avoir engagé un rapprochement historique, Cuba et les Etats-Unis ont transformé lundi 20 juillet 2015 leurs « sections d’intérêt » respectives créées en 1977 par les présidents américain et cubain, Jimmy Carter et Fidel Castro, en ambassades à Washington et la Havane.
 
Autre étape hautement symbolique qui s'est déroulée ce lundi, la première visite d’un chef de la diplomatie cubaine à Washington depuis la victoire de la révolution castriste en 1959. Le ministre des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, a présidé une cérémonie de levée de couleurs réunissant 500 personnes à la mission diplomatique cubaine, nouvelle ambassade, avant d’être reçu par son homologue américain John Kerry. Celui-ci s'est félicité « du début de cette nouvelle relation avec le peuple et le gouvernement de Cuba » lors d'une conférence commune. Avant d'ajouter en espagnol : « Nous sommes déterminés à vivre en bons voisins sur la base d'un respect mutuel ».

À la Havane, aucune cérémonie n'était prévue ce 20 juillet mais le bloc de béton et de verre du boulevard de front de mer Malecon s'est bien transformé en ambassade américaine. Il faudra cependant attendre la venue du secrétaire d’Etat américain le 14 août pour voir la bannière étoilée flotter sur l’ambassade américaine.


Un long processus de normalisation

 
En janvier 1961, les relations américano-cubaines sont rompues par le président américain Dwight Eisenhower. Et dès 1962, John F. Kennedy impose à l'île des caraïbes un embargo économique et commercial, renforcé par la loi Helms-Burton de 1996.
 
Pendant plus de 50 ans, une dizaine de présidents américains se sont succédé face à la fratrie cubaine Fidel et Raul Castro, tout comme les épisodes de fortes tensions et les échecs de rapprochement diplomatique. Jusqu’au 17 décembre 2014, lorsque les deux chefs d’Etat actuels, Barack Obama et Raul Castro, annoncent vouloir normaliser les relations entre les deux pays.

<span><span>Le président cubain Raul Castro, à gauche, et </span>le président américain Barack Obama, à droite, au Sommet des Amériques à Panama City, samedi 11 Avril 2015. Première réunion formelle en plus d'un demi siècle. (AP Photo/Pablo Martinez Monsivais)</span>
Le président cubain Raul Castro, à gauche, et le président américain Barack Obama, à droite, au Sommet des Amériques à Panama City, samedi 11 Avril 2015. Première réunion formelle en plus d'un demi siècle. (AP Photo/Pablo Martinez Monsivais)
Mais la réouverture des ambassades ce lundi n’est qu’une première étape au réchauffement des relations entre les Etats-Unis et Cuba. L’essentiel reste encore à régler. Et les sujets de discorde ne manquent pas : la levée de l'embargo américain, la restitution de la base navale de Guantanamo, les milliards de dollars d'indemnisation réclamées par les Américains expropriés de Cuba à la révolution, l'extradition des fugitifs réfugiés à Cuba et recherchés par la justice américaine…
 
« Le rétablissement des relations diplomatiques est une chose, la normalisation des relations entre les deux pays sera beaucoup plus longue et compliquée », explique Stéphane Witowski président du conseil de l'Institut des hautes études de l'Amérique latine (IHEAL) sur RFI. La possible levée de l’embargo illustre parfaitement son propos. Alors que Barack Obama s’est dit favorable pour y mettre fin, la majorité républicaine du Congrès américain, dont le vote est nécessaire, y est très hostile, et les candidats à la présidentielle sont farouchement opposés à tout rapprochement avec Cuba qu'ils assimilent à une récompense pour les frères Castro.

Quant à la demande de rétrocession de Guantanamo, John Kerry a maintenu que «pour le moment, il n'y a pas d'intention de notre part d'altérer le traité » signé en 1903 qui accorde à Washington un bail à perpétuité sur ce territoire de près de 120 km2 qui abrite notamment une prison militaire tristement célèbre.