Etats-Unis vs. malbouffe : la guerre est déclarée ?

Fête de la meilleure pizza du monde, le 8 septembre 2013 à New York.
Fête de la meilleure pizza du monde, le 8 septembre 2013 à New York.
©Jonathan Fickies/AP Images for Pizza Hut

Les Etats-Unis viennent d’interdire l’utilisation des acides gras "trans" dans l’alimentation industrielle. Nocifs pour la santé, ils sont responsables de nombreux accidents cardiaques.

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Un tiers de la population adulte américaine est obèse. Devant ce constat accablant, les Etats-Unis ont décidé de réagir. Mardi 16 juin, ils ont commencé par annoncer l’interdiction des acides gras trans artificiels présents dans les aliments. Les industriels disposent de trois ans pour les éliminer de leur production. Selon l’Agence américaine de réglementation des produits alimentaires et des médicaments (FDA), ces graisses ne sont pas assez « sûres » pour continuer à être utilisées dans l’alimentation humaine.

Pizzas, barres chocolatées, biscuits, pains, matières grasses, popcorn etc. Les acides gras trans sont partout, et redoutables. « Cette mesure devrait réduire les maladies coronariennes et prévenir des milliers de crises cardiaques chaque année », a déclaré Stephen Ostroff, directeur par intérim de la FDA. Les acides gras trans seraient, en effet, responsables de 20 000 crises cardiaques et de 7 000 décès par an aux Etats-Unis.

Un mal pour un mal ?

Les industriels connaissent pourtant des alternatives à l’utilisation de ces graisses trans, mais pas forcément meilleures pour la santé et l’environnement. Pour Dana Angelo White, professeur de diététique à l’Université Quinnipac du Connecticut, cette interdiction pourrait bien ne pas avoir que des effets positifs. « Quand les industriels modifient la composition de leurs produits pour éliminer les graisses trans, ils les remplacent souvent par de l’huile de noix de coco et de palme, riches en graisses saturées. » En 2013, des nutritionnistes ont également signalé que des industriels continuaient à utiliser des produits riches en acides gras saturés et en sucres.

Free All-American Burger
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©AP PR NEWSWIRE
Erik Olson, directeur du programme de santé au sein du mouvement de défense de l'environnement Natural Resources Defense Council, salue l’interdiction mais il met en garde. Il y aurait plus de mille autres substances chimiques dans l’alimentation qui n'auraient pas oubtenu d’approbation ou de contrôle. Un vrai risque en terme de santé publique.


Une consommation déjà en baisse

Les Américains n’auront pas attendu cette interdiction pour amorcer la diminution de leur consommation de ces graisses trans nocives. Elle a ainsi été réduite de 78% entre 2003 et 2012, passant de 4,6 grammes à environ 1 gramme par jour, selon la FDA. Depuis 2006, les producteurs alimentaires étaient tenues de notifier sur les étiquettes de leurs produits la teneur en acide gras trans.


Le groupement américain des industries alimentaires (GMA) s’est déclaré satisfait de cette mesure. La GMA, qui représente plus de 300 sociétés, a promis de « collaborer avec la FDA pour éliminer encore davantage ces graisses des aliments ». Plusieurs organisations de défense des consommateurs ont applaudi la décision de la FDA.

Mais à l’heure où les géants de l’industrie agroalimentaire contrôlent tout le secteur, comme McDonald’s qui chaque année, sponsorise la conférence annuelle de l’Association diététique de la Californie, l’Etat américain a-t-il encore vraiment le pouvoir de faire changer les habitudes de ses citoyens ? 
 

Que sont les acides gras trans ?


Pour les industriels de l’agroalimentaire, les acides gras insaturés trans n’ont que des avantages : ils sont faciles à obtenir, utiliser et conserver.

Ils peuvent avoir une origine naturelle ou industrielle. Ceux d’origine naturelle se retrouvent dans les produits laitiers et les viandes. Ils ne sont pas dangereux pour la santé. Les acides gras trans industriels, eux, bouchent les artères, augmentent le taux de mauvais cholestérol et diminuent le bon. Ils sont fabriqués lors du raffinage des huiles et de l’hydrogénation partielle des graisses. Les produits qui en contiennent sont plus résistants aux changements de température et s’oxydent moins.

Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, lorsque le total des acides gras trans dépasse 2% des apports énergétiques journaliers, le consommateur s’expose à des risques cardio-vasculaires. Les acides gras trans n’ont aucun avantage nutritionnel.