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Etre journaliste en Afrique, une dure réalité

Quel rôle de la presse au Cameroun et en Afrique en général ? Quelles difficultés rencontrent les journalistes ? Entretien avec Alexie Tcheuyap, professeur d'études francophones et auteur du livre "Autoritarisme, presse et violence au Cameroun" (éditions Karthala) et Geneviève Garrigos, présidente d'Amnesty International. 

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Etre journaliste en Afrique, une dure réalité

20.12.2014
"La presse (au Cameroun) s'est montré à plusieurs égards, un instrument de violence politique"

Concernant les lecteurs de la presse, "les statistiques sont assez rares mais on peut observer qu'il y a un foisonnement de titres : il y en a 647 titres au dernier pointage" 

"La parole médiatique au Cameroun est d'abord une parole officielle parce qu'au départ c'es l'Etat qui légifère et qui offre la possibilité de parler à travers les médias publics"  

Le journal "L'anecdote" a fait une liste qui recense, soit disant, les personnes homosexuelles. "Il s'agit d'une liste de 2006 (...) certains journaux se sont donnés pour mission de faire une certaine épuration éthique en identifiant des personnes dont on fantasme de la sexualité. En plus de cette liste, il y en a d'autre de personnes que l'on soupçonne de s'être enrichies de manière miraculeuse". 

"Il s'agit d'une sexualité illégale donc ces journaux là se portent comme des justiciers qui pourraient accompagner le pouvoir" 

"Le 28 octobre dernier, trois journalistes ont été interpellés au tribunal militaire de Yaoundé parce qu'ils sont accusés de détenir des informations portant atteinte à la sécurité de l'Etat et de n'en avoir pas informé les autorités. A l'issue de cette audition, on leur a interdit de sortir du territoire, ils doivent voir le juge d'instruction tous les lundis..." 

2014, année noire pour les journalistes dans le monde

19.12.2014Présentation : Mohamed Kaci / Invités : Blaise Lempen, secrétaire général Presse Emblème Campagne
2014, année noire pour les journalistes dans le monde

Ces neuf dernières années, plus de 1 000 journalistes ont été tués en couvrant des conflits à travers le monde. L'année 2014 est l'une des plus meurtrières, selon le bilan publié en Suisse par la Campagne pour un emblème de presse. Blaise Lempen en est le secrétaire général. 

Le titre de votre rapport est sans ambiguité : "2014, une année terrible pour les journalistes"... 

2014 a été une année terrible car on a vécu des actes de barbaries sans précédents. Souvenez-vous des deux journalistes américains décapités en public par l'Etat islamique (...) Et puis on a subi les conséquences de trois nouveau conflits : l'offensive israélienne à Gaza en juillet/août où à cette occasion 15 journalistes palestiniens et un photographe italien ont été tués, le conflit en Ukraine où neuf journalistes ont été tués et puis la Centrafrique avec trois journalistes centrafricains tués plus Camille Lepage, la photographe française. C'est un bilan très lourd et on constate une escalade dans la violence visant les journalistes.  

Quelles sont les zones les plus dangereuses ? 

Il y a toujours des zones très violentes, très dangereuses comme le Pakistan, toutes les zones qui sont proches de l'Afghanistan. vous avez aussi la Somalie où il y a une guerre qui s'éternise. (...) Vous avez aussi l'Irak où la situation s'est encore détériorée. Et puis n'oublions pas l'Amérique latine avec, malheureusement, deux pays qui accumulent les très lourds bilan, c'est le Mexique et le Honduras.  

Egypte ?

Ce qui m'inquiète cette année, c'est ce qui s'est passé en Egypte car là, il y a vraiment un tour de vice contre la liberté de l'information. Il y a à peu près 60 journalistes égyptiens qui, depuis que le président al-Sissi est arrivé au pouvoir, ont été mis sous les verrous. Il y a nos deux confrères d'Al-Jazeera qui sont toujours derrière les barreaux pour des motifs uniquement politiques. On a assiste en Egypte et dans certains pays arabes, à une répression qui se traduit presque chaque semaine par de nouvelles lois anti-terroristes qui répriment cette liberté de l'information.