Etudiants étrangers en France : la contestation se poursuit contre la “circulaire Guéant“

En dépit de la marche arrière du gouvernement français, la contestation se poursuit contre la "Circulaire Guéant", du nom de l'actuel ministre de l'intérieur et proche de Nicolas Sarkozy.
Émis le 31 mai 2011 et envoyé à toutes les préfectures de région et de département, ce texte officiel stipule notamment qu'« il convient de rappeler que les étudiants étrangers ont prioritairement vocation, à l'issue de leur séjour d'études en France, à regagner leur pays ».
Des critiques venues de tous horizons politiques avaient contraint le gouvernement à faire marche arrière et, finalement, à publier le 4 janvier une nouvelle version de la circulaire, atténuée, sans mettre fin à la controverse.
Une cérémonie publique de parrainage d'étudiants étrangers par des personnalités du monde universitaire, comme le prix Nobel de Physique Albert Fert, est prévue le 10 janvier à Paris.

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La circulaire amendée ne satisfait pas la communauté universitaire

Manifestation contre la “Circulaire Guéant“ (D.R.)
Manifestation contre la “Circulaire Guéant“ (D.R.)
Des "modifications" au nouveau texte présenté par le gouvernement sur le travail des étudiants étrangers, pour compléter la circulaire Guéant du 31 mai 2011, devaient être proposées lundi, le collectif d'étudiants victimes jugeant la copie "à revoir". La Conférence des présidents d'universités (CPU), celle des grandes écoles (CGE) et celle des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs (Cdefi) ont consulté vendredi le Collectif d'étudiants étrangers du 31 mai et les organisations étudiantes sur le projet de circulaire complémentaire présenté mercredi dernier par le gouvernement.

"Des contributions importantes et intéressantes ont été proposées, permettant d’aboutir à des compléments de rédaction de la circulaire qui devrait ainsi répondre aux principales difficultés d’application de la circulaire du 31 mai", ont-elles expliqué dans un communiqué.

"Ces propositions de modifications sont en cours de relecture et de validation au sein des instances des trois conférences, avant d’être transmises, dans la journée de lundi, aux ministres" concernés, Claude Guéant (Immigration), Xavier Bertrand (Travail) et Laurent Wauquiez (Enseignement supérieur), ont-elles ajouté.

Le communiqué ne précise pas ces modifications mais, de sources proches du dossier, on précise que "l'idée est d'arriver à couvrir le maximum de cas" d'étudiants ayant essuyé un refus de travailler en France.

Le collectif du 31 mai, qui regroupe ces étudiants et a recensé "plus de 1.000 cas", a en effet jugé, après avoir vu vendredi pour la première fois la circulaire complémentaire, que celle-ci était "à revoir".

"La copie est à revoir parce qu'elle n'apporte aucune solution concrète, ni dans sa forme ni dans son contenu", a déclaré à l'AFP la porte-parole du collectif, Fatma Chouaieb, une Tunisienne diplômée de HEC et qui a finalement pu être embauchée dans une grande multinationale d'audit et de conseil.

La circulaire complémentaire "est une déclaration de bonnes intentions qui ne précise pas assez les critères de recevabilité des dossiers qui restent toujours à l'appréciation des agents de préfecture, au lieu de revenir aux établissements d'enseignement supérieur et aux entreprises qui recrutent les diplômés étrangers", a-t-elle ajouté.

Les trois ministres concernés avaient décidé mercredi d'assouplir la délivrance du permis de travail à certains étudiants étrangers à "haut potentiel", notamment ceux ayant "une compétence spécifique recherchée" comme "la connaissance approfondie d’un pays ou d’une culture étrangère".

Mais le Collectif du 31 mai et l'Unef, la première organisation étudiante, avaient réagi négativement, craignant toujours un traitement "au cas par cas" laissant place "à l'arbitraire" et réclamant le retour à l'avant 31 mai.

La Fage, deuxième organisation étudiante, a demandé vendredi que le nouveau texte précise "qu'aucune expulsion ne sera effectuée" pendant le réexamen des dossiers des diplômés auxquels a été refusé un permis de travail.

Deux recours ont été déposés devant le Conseil d'Etat, en novembre 2011, contre la circulaire Guéant, l'une par le collectif, l'autre par le Groupe d'information et de soutien des immigrés (Gisti).


Tollé

d'après AFP
Plusieurs responsables politiques et universitaires régionaux sont montés au créneau contre la circulaire Guéant restreignant les permis de travail aux étudiants étrangers diplômés, dénonçant le coup de frein donné aux efforts d'internationalisation de la formation supérieure. "Cette circulaire va à l'encontre des objectifs" d'ouverture internationale "qui nous sont donnés par le législateur", a déploré Yves Lecointe, président de l'université de Nantes, lors d'un point presse avec des responsables de grandes écoles régionales et le président (PS) de la région Pays-de-Loire, Jacques Auxiette.

"On a comme objectif 25% d'étudiants étrangers (...) Si un mécanisme administratif nous conduit à remettre en cause cet objectif, c'est dévastateur (...) Il y a un risque d'affaiblir la position de nos établissements dans les classements internationaux", a estimé de son côté Pierre Sai, représentant local de la conférence des grandes écoles, et directeur de l'école vétérinaire à Nantes.

Les entreprises françaises commencent déjà à freiner les stages pour les étudiants étrangers, puisqu'elles savent qu'elles ne pourront pas les embaucher après, a expliqué Pierre-Yves Paques, directeur du développement de l'ESEO, qui forme des ingénieurs en électronique à Angers, Paris, Dijon et Shanghai.

Or, les entreprises ont du mal à recruter des ingénieurs, avec "80 à 90% des étudiants embauchés à la sortie de l'école" et un taux de chômage "2 ou 3 %", a-t-il regretté.
"Si les entreprises recrutent un étudiant étranger, c'est parce qu'elles s'y retrouvent!", a souligné de son côté Jacques Auxiette. "C'est de notre politique industrielle qu'il est question (...). L'ouverture internationale est un moteur du développement économique", a-t-il affirmé.

Lundi matin, le député-maire de Grenoble Michel Destot a également dénoncé à ce sujet une "faute économique", dans une tribune publiée par le journal Libération.
"La croissance de demain, les progrès de la science et de la technique, y compris pour faire face aux nouveaux défis, se jouent sur la qualité des investissements dans le capital humain et donc pour une bonne part dans le nombre d'ingénieurs et de docteurs que nous formerons", a-t-il estimé.

Le président de la région Rhône Alpes Jean-Jack Queyranne (PS) a pour sa part estimé dans un communiqué que les aménagements proposés par le gouvernement pour assouplir la circulaire ne constituent "qu’un pâle codicille à un texte préjudiciable aux intérêts des étudiants étrangers ainsi qu’à ceux de nos entreprises".
Manifestation contre la “Circulaire Guéant“ (D.R.)
Manifestation contre la “Circulaire Guéant“ (D.R.)