Etudiants québécois : l'entente a du plomb dans l'aile

Lundi soir, quelque 26 000 étudiants d’une quinzaine d’associations avaient déjà voté contre l'entente de principe.
Lundi soir, quelque 26 000 étudiants d’une quinzaine d’associations avaient déjà voté contre l'entente de principe.

Depuis lundi, les unes après les autres, les assemblées d’étudiants se prononcent sur l’entente de principe conclue samedi entre le gouvernement du Québec et les leaders des associations étudiantes. Et les unes après les autres, ces assemblées rejettent massivement cette entente… 
La perspective d'une sortie de crise s'éloigne alors que le conflit est entré dans treizième semaine.

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Je vous rappelle les grandes lignes de cette entente de principe que les leaders étudiants préfèrent d’ailleurs qualifier d'«offre gouvernementale» : l’augmentation des frais de scolarité imposée par le gouvernement est maintenue, de 254$ par an pendant 7 ans… par contre, le gouvernement a accepté de mettre en place un Comité provisoire qui aurait pour mandat d’examiner à la loupe les budgets des universités afin de vérifier s’il n’y a pas de gaspillage et s’il n’y aurait pas moyen justement de mieux gérer ces universités afin de réduire la facture des frais afférents imposés aux étudiants (frais d’inscription, de stages, d’examens, etc. une facture de 800 dollars en moyenne). La réduction de ces frais afférents permettrait de compenser  l’augmentation des frais de scolarité. Comme l’ont déclaré plusieurs des leaders étudiants à la fin de semaine dernière, "on fait le pari qu’on va être capable de prouver, via une étude minutieuse des budgets des universités, qu’il y a du gaspillage et que l’on peut mettre un terme à ce gaspillage en resserrant les dépenses, ce qui au bout de la ligne va profiter aux étudiants". 
Voilà le nœud du problème : les étudiants craignent que le fardeau de la preuve ne leur incombe, un peu comme si le gouvernement leur disait : allez-y, prouvez-nous qu’il y a gaspillage !

Dérapages gouvernementaux

Deux déclarations, celle du premier ministre Charest et celle de sa ministre de l’Éducation, sont venus jeter de l’huile sur le feu… « Ce n’est pas compliqué faut être deux pour parler, pour parler et conclure une entente faut être deux » a décrété le premier ministre dimanche… « Il peut y avoir des gains pour les étudiants mais ils ne sont pas garantis, ils sont encore à chiffrer  » a rajouté Line Beauchamp, la ministre québécoise de l’éducation. Rien donc pour inciter les étudiants à entériner l’entente ! Le dérapage a été total… et les tentatives gouvernementales pour contrôler les dégâts ont fait chou blanc. Martine Desjardins, la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec, parlait lundi de « sabotage ».

Bataille de l'opinion

Les étudiants en grève - ils sont quelque 170 000 depuis maintenant trois mois - sont méfiants, craintifs et toujours aussi déterminés. Dans les associations où l’entente est rejetée, on vote également en faveur de la reconduction de la grève. Les leaders des associations étudiantes qui ont signé cette entente de principe plutôt bancale sont maintenant pris entre l’arbre et l’écorce. Situation délicate. La pression des étudiants qui, eux, veulent retourner en cours – ils portent des carrés verts sur leurs vêtements en opposition aux carrés rouges des grévistes – est de plus en plus forte. Seulement un tiers des étudiants sont en grève. Et les deux-tiers des Québécois, selon un sondage rendu public vendredi dernier, sont en faveur de l’augmentation des droits de scolarité et appuient le gouvernement Charest dans ce conflit. Le premier ministre le sait. La bataille de l’opinion publique, les étudiants en grève l’ont déjà perdue, visiblement.

Et maintenant ?

Une fois cette entente morte et enterrée – les votes vont se poursuivre toute la semaine mais elle est déjà moribonde - quelle est la suite des choses ? Comment sortir de ce cul-de-sac ? Faut-il retourner autour d’une table de négociations ? Redéfinir les termes de cette entente et la présenter de nouveau aux étudiants ? La ministre Beauchamp vient de le dire, cette entente peut être précisée au besoin, et elle n’est, selon elle, qu’une première étape pour sortir de la crise. 
Cette crise qui semble sans fin : depuis le début de la grève, 184 manifestations se sont tenues  à Montréal et ailleurs au Québec Parfois, les manifestations ont mal tourné, un jeune a perdu un œil vendredi dernier dans de violents affrontements avec les forces de l’ordre  à Victoriaville, cette petite ville du centre du Québec où se tenait la fin de semaine dernière le Congrès du Parti libéral du Québec, le parti du gouvernement. L’érable québécois n’a pas fini de couler.