Info

Europe : la Commission dicte en anglais ses injonctions à la France

Dotée de nouveaux pouvoirs de surveillance budgétaire, la Commission européenne a adressé mardi 30 mai des "recommandations" à chacun des gouvernements de l’Union. 700 pages d'inspiration libérale alors disponibles exclusivement en anglais même lorsqu'elles concernent les pays francophones ou germanophones. Cette fois, cela a grincé.

dans

“Le droit minimum d'être informé dans sa langue des sacrifices exigés“

Colère des journalistes français en poste à Bruxelles mercredi à la lecture des recommandations économiques de la Commission européenne pour les 27 États membres : tous les documents ont été publiés en anglais. Dans un courriel de protestation adressé au porte-parole de la Commission Jean Quatremer, correspondant historique du quotidien Libération, a sonné la charge : "Encore une fois, tous les documents publiés aujourd'hui sont uniquement en anglais. C'est inacceptable", écrit-il. "Je ne vois aucune raison pratique à cette incapacité de la Commission à effectuer ce travail. J'ai connu une époque où le tout anglais n'était pas la règle et où, miracle, les documents sortaient quand même à temps", souligne t-il. "La Commission a des pouvoirs dans le domaine de budgets nationaux, extrêmement sensible. Le droit d'être informé dans sa propre langue des sacrifices budgétaires et sociaux que demande l'exécutif communautaire me paraît un minimum", a-t-il conclu.

Quite right

Sa protestation a reçu le soutien de la plupart de ses confrères francophones mais pas seulement. "Quite Right" (Tu as tout à fait raison), lui a ainsi répondu sur twitter le correspondant du quotidien britannique Daily Telegraph à Bruxelles, Bruno Waterfield.
"Les traductions suivent", a assuré à l'AFP un des responsables du service du porte-parole.
Le français est l' une des trois langues de travail des institutions européennes, avec l'anglais et l'allemand.

La langue de Thatcher

Fidèle à l'inspiration libérale en vigueur à Bruxelles, le rapport ressort, il est vrai, d'avantage de la culture de Margaret Thatcher que de celle de Jacques Delors. En ce qui concerne la France, il réclame notamment une modération des coûts salariaux ainsi que d'avantage de "flexibilité". S’inquiétant (une nouvelle fois) du "haut degré de protection légale" dans les contrats de travail, les "experts européens" souhaitent un assouplissement de la loi en matière de licenciements économiques.

Ils s'inquiètent du léger ajustement du régime des retraites promis par le gouvernement socialiste [M. Hollande envisage de revenir à la retraite à soixante ans pour ceux qui ont commencé à travailler très jeune], célébrant en la matière les réformes de Nicolas Sarkozy et un allongement des durées de cotisation qu'ils voudraient plus important.

Dans le domaine industriel et commercial, ils préconisent une concurrence accrue dans le commerce de détail mais aussi l'électricité ou le chemin de fer. 

Les recommandations des experts s'inscrivent dans le cadre d'un dispositif de surveillance européen institué depuis peu. Si elles ne s'imposent pas directement aux États, leur ignorance peut cependant, à terme, déboucher sur des sanctions. Enfin, des punishments.