Europe : le “Club med“ sourd à l'extrême-droite

Le Grec Ulysse dans le chant des sirènes  (Bernard Buffet)
Le Grec Ulysse dans le chant des sirènes (Bernard Buffet)

Malgré la dureté de la crise économique et la violence des cures d'austérité qui leur sont infligées, les pays du sud de l'Europe n'ont, dans l'ensemble, guère été sensibles aux sirènes de l'extrême-droite ou de sa version "populiste". Gauche classique ou radicale y enregistrent de bons scores voire même, dans trois cas sur quatre, sortent vainqueurs du scrutin.

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Cochons de pauvres

Une percée peut en cacher une autre et, en dépit de ses résultats spectaculaires en Europe du Nord (France, Danemark, Royaume Uni ...), le populisme ou extrémisme de droite ne triomphe pas partout.

Dans les pays les plus malmenés par les régimes d'austérité imposés, méprisés par la haute finance qui les nommait tantôt PIGS (Portugal, Italie, Grèce, Spain : cochons en anglais) tantôt « Club méditerranée », c'est plutôt la gauche radicale qui enregistre d'importants progrès, à côté de partis traditionnels toujours debout (sauf en Grèce où le PASOK socialiste s'effondre) mais souvent en repli (sauf en Italie où, à l'inverse, le centre-gauche depuis peu au pouvoir l'emporte largement). Et si sa position marginale dans de nombreux pays du Nord ou de l'Est relativise sa présence globale au parlement européen, la "gauche de la gauche" y disposera cependant, avec une cinquantaine de députés au total (tous ne sont pas affiliés au même groupe GUE), d'une représentation voisine de celle des Verts.

Grèce : victoire de Syriza

Grèce : l'attente des résultats (dr)
Grèce : l'attente des résultats (dr)

Participation en nette hausse (58 % contre 52 % en 2009). Annoncée par les sondages, la victoire du mouvement Syriza s'est confirmée dans les urnes. La formation de gauche radicale dirigée par Alexis Tsipras (candidat de la gauche européenne à la Commission) obtient six sièges sur 21 avec 26,6 % des voix, loin devant les deux principales forces au pouvoir, conservateurs de Nouvelle Démocratie (22,7 %) et socialistes du PASOK (8 % contre … 37 % en 2009). Avec les communistes du KKE (6 %, 2 députés), la gauche radicale capte un tiers des suffrages en Grèce. A l'opposé, l'Aube dorée (néo-nazie) s'installe dans le paysage politique avec 9,3% des voix (encore presque inexistante en 2009, 7 % aux législatives de 2012).

Le scrutin européen coïncidait par ailleurs avec le deuxième tour d'élections régionales, régies par d'autres pesanteurs. Les conservateurs y gardent la majorité mais Syriza, là aussi, enregistre une forte poussée et emporte deux régions majeures : l'Attique (région d'Athènes, un tiers de la population) et les îles ioniennes (capitale : Corfou).

Parmi les eurodéputés Syriza élus figure le doyen Manolis Glezos, 91 ans, ancien résistant et figure de la gauche qui a recueilli le plus grand nombre de suffrages parmi les candidats de son parti.

Syriza et Nouvelle Démocratie tirent des leçons inverses du double scrutin. La première, forte de sa victoire, estime que la coalition au pouvoir ne représente plus « la volonté du peuple » et demande des législatives anticipées. La seconde, relativisant sa défaite y voit un simple avertissement.

Espagne : bipartisme en péril, surprise Podemos


Participation légèrement supérieure à celle de 2009 (45,7% contre 44,89% ). Le Parti Populaire, de droite, au pouvoir en Espagne, et le PSOE socialiste qui l'y avait précédé - et initié l'austérité - perdent chacun près du tiers de leurs députés européens, le PP remportant 16 sièges (contre 24 en 2009), le PSOE 14 députés (contre 23) ; ils passent ensemble de 80 % des voix en 2009 à 49 %. Une gifle bien plus violente que prévue, au point de provoquer la démission du Secrétaire général du PSOE Alfredo Perez Rbalcaba, mais nulle extrême-droite – absente du paysage politique espagnol – n'en profite.

La Gauche Plurielle, réunie autour de Izquierda Unida (gauche radicale, communistes et verts) triple presque son score avec 10 % (3,7 % en 2009), emportant 6 sièges (2 en 2009). Mais c'est plus encore, malgré un score plus modeste, le mouvement Podemos qui crée la surprise : 8 % des voix, 5 sièges). Enfant spirituel des « indignés » qui avaient occupé la rue et la scène en 2011, cette formation n'a vu le jour qu'au début de cette année, dirigée par le médiatique professeur de science politique Pablo Iglesias. On lui prédisait une percée, mais pas de cette ampleur.

Différents petits partis centristes sont en progrès ou entrent au parlement européen. En Catalogne, les indépendantistes de gauche emportent 2 sièges. La gauche radicale pèse en Espagne près de 20 %.

Portugal : vague de gauche

Bureau de vote à Lisbonne
Bureau de vote à Lisbonne

Faible participation, et même en baisse (34 % contre 36 % en 2009). La coalition de centre droit au pouvoir est largement battue, perdant plus de 12 points, à 27,7 % (6 sièges). Premier vainqueur, le Parti Socialiste, en hausse de 4,8 % à 31,45 % des suffrages (7 sièges). Commentaire de son secrétaire général, Antonio Jose Seguro : « Le Parti Socialiste est le premier parti du Portugal. Il est préparé pour gouverner le Portugal. Ce gouvernement est arrivé à son terme ».

Mais la gauche de la gauche enregistre également un bon score de plus de 17 % au total. Avec 12, 7 % (4 sièges), le CDU (alliance communistes-verts) devient la troisième force politique du pays tandis que la coalition d'extrême-gauche « Bloc de gauche », en net repli, recueille 4,5 % des voix (1 siège). Le Parti de la Terre (écologiste, parfois qualifié de « populiste »), jusqu'alors confidentiel, crée la surprise avec plus de 7 % des voix (2 sièges). Pas d'extrême-droite significative au Portugal.

Italie : victoire du centre-gauche

Le Premier ministre italien Matteo Renzi, grand vainqueur des législatives dans la péninsule (dr)
Le Premier ministre italien Matteo Renzi, grand vainqueur des législatives dans la péninsule (dr)

Participation en baisse (58,7 % contre 66, 4 % en 2009) quoique encore élevée par rapport à l'ensemble de l'Europe (43,11 %). En Italie, qui n'a pas connu d'austérité aussi sévère que les trois pays précédents, c'est le centre-gauche au pouvoir qui s'impose largement. Le Parti Démocrate de Matteo Renzi l'emporte avec 40,8% des voix contre 21,2% pour le Mouvement Cinq Etoiles (M5S) de Bepe Grillo (en recul de 5 points par rapport aux législatives de 2013), et enverra 31 députés (sur 73) au Parlement de Strasbourg. Loin derrière, Forza Italia de Silvio Berlusconi doit se contenter de 16,8 % des voix (contre 35 % en 2009). La populiste Ligue du Nord - proche du Front National français - qui avait obtenu 10 % des voix en 2009 tombe à 4,4 %. Sous le label "L'autre Europe avec Tsipras", la gauche radicale enregistre également une contre-performance à 4 % des voix contre 6 % en 2009. Au total, malgré le succès de Matteo Renzi, les divers courants euro-sceptiques captent près de 30 % de l'électorat.