Europe : quand l'austérité se heurte à la démocratie

François Hollande et Angela Merkel
François Hollande et Angela Merkel

Le politique s’invite dans la crise économique de l’UE. En France et en Grèce, les défenseurs d’une politique de rigueur économique ont perdu les élections. Tandis que la chancelière allemande Angela Merkel campe sur ses positions en faveur de l'austérité. Quelle gouvernance pour mettre fin à la débâcle économique européenne ? Les explications et le point de vue de l'ancien ministre français de l'économie, Jean Arthuis.  Dossier@font-face {"MS ??"; }@font-face {"MS ??"; }@font-face {"Cambria"; }p.MsoNormal, li.MsoNormal, div.MsoNormal { margin: 0cm 0cm 0.0001pt; font-size: 12pt; }.MsoChpDefault { font-size: 10pt; }div.WordSection1 { page: WordSection1; }

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09.05.2012
« Il va falloir suivre au jour le jour l’évolution de la Grèce. Je rappelle que l’Espagne n’est pas tirée d’affaire non plus et que l’Italie a également des problèmes, donc la zone euro est dans une situation très difficile », a déclaré Alain Juppé ce mercredi matin sur l’antenne d’Europe 1. Le constat du ministre des affaires étrangères sortant est pessimiste. Pourtant, dimanche 6 mai, les Français ont fait un choix à 51,63% pour « le changement » national et européen. Pendant toute sa campagne présidentielle, François Hollande a défendu vouloir renégocier le traité de rigueur économique (voir notre encadré) mené par le tandem Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. François Hollande veut y ajouter un volet de croissance et surtout renforcer l’action de la Banque européenne d’investissement (BEI).

Angela Merkel, Chancelière allemande.
Angela Merkel, Chancelière allemande.
L'Allemagne maintient sa rigueur

Une position en désaccord avec celle de la chancelière allemande. Angela Merkel a annoncé rapidement après l’élection de François Hollande qu’elle ne renégocierait pas le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance signé le 2 mars 2012. La rencontre mercredi 16 mai entre Angela Merkel et François Hollande sera l’occasion d’aborder ces différends entre les deux voisins européens.  
La position de Berlin isole de plus en plus la chancelière au sein de l’Allemagne mais aussi en Europe depuis la défaite de son allié Nicolas Sarkozy, vaincu dimanche dernier.
Au niveau national, les sociaux-démocrates du SPD et les Verts montent au créneau après la victoire de François Hollande et à quelques jours d’une élection test en Rhénanie-du-nord-Westphalie. Cet État concentre une bonne partie de l’industrie nationale. Le SPD menace ainsi de bloquer la ratification du traité de discipline budgétaire.
Au niveau européen, les voix de douze pays s’élevaient, en février dernier, contre le traité défendu par le tandem Merkozy. Des pays comme l’Espagne, les Pays-Bas, l’Angleterre, la Pologne et l’Italie ont adressé une lettre à la chancelière allemande esquissant un plan afin d’éviter les risques de récession lié à la politique d’austérité.

Elections législatives partielles en Grèce le dimanche 6 mai 2012
Elections législatives partielles en Grèce le dimanche 6 mai 2012
La Grèce et son rejet électoral de la rigueur

« Si nous disons non à tout, nous sortons de l’Eurozone »,  a déclaré Ghikas Hardouvelis, conseiller pendant sept mois de Lucas Papademos, chef du gouvernement grec. Cette déclaration intervient après les résultats des élections législatives en Grèce dimanche 6 mai. Les partisans de la poursuite du plan d’austérité Union Européenne-Fonds Monétaire International n’ont pas obtenu la majorité au Parlement et vont devoir composer un gouvernement de coalition avec les opposants à ce traité (extrême droite et extrême gauche). Si la Grèce échoue, elle pourrait ne pas percevoir exactement l’aide prévue de 5,2 milliards d’euros.

En Italie, la gauche prend de l’ampleur

Le Parti du Peuple de la Liberté (PDL) du Cavaliere, Silvio Berlusconi essuie un revers électoral. Il ne participera pas au second tour des élections municipales partielles dans toutes les villes italiennes. La débâcle du parti xénophobe de la Ligue du Nord laisse la part belle au centre-gauche mais aussi à Beppe Grillo, un comique reconverti en politique dans le mouvement de gauche des « Cinq étoiles ». Les Italiens boudent la politique de droite de leur pays qui n’a pas encore ratifié le traité européen de stabilité.

Les pays s'inquiètent de plus de rigueur

L’Espagne en récession s’inquiète des mesures d’austérité même si Madrid reconnait que des efforts sont à faire. Le pays adoptera un nouveau décret-loi le vendredi 12 mai. Le but étant d’assainir son secteur bancaire. Madrid a déjà obtenu un léger répit de ses partenaires européens pour la réduction de son déficit cette année qu'il craignait ne pas pouvoir réduire autant que voulu.
Les Pays-Bas traversent aussi une crise politique avec la démission de son Premier ministre Mark Rutte en avril dernier. Ce dernier n'a pas trouvé d'accord avec son allié populiste : Geert Wilders (Parti pour la Liberté, PVV) sur des mesures à prendre pour réduire le déficit public néerlandais.

Une semaine après la prise de pouvoir de François Hollande, une réunion extraordinaire des dirigeants européens est prévue les 23 mai d’après l’annonce faite par Herman Von Rompuy, président du Conseil européen. Cette réunion verra peut-être les positions de rigueur d’Angela Merkel, chanceler.

Jean Arthuis, ancien ministre de l'Economie et des Finances : “Il faut une gouvernance globale“.

09.05.2012Propos recueillis par Léa Baron
La crise économique européenne met-elle en avant la nécessité d’une autre gouvernance ?

On est arrivé à ce projet de traité de stabilité de coopération et de gouvernance (voir notre encadré) mais reste à mettre en place une gouvernance spécifique pour la zone euro. Pour la première fois en 2011, la France a versé 12 milliards de prêt bilatéral à la Grèce et à peu près 7 milliards au fonds européen de stabilité financière pour venir en aide à l’Irlande et au Portugal. La France a emprunté 19 milliards pour participer au redressement d’États de la zone euro en difficulté. Mais quand on en est à ce niveau de solidarité mutuelle, il faut une gouvernance économique, une intégration politique.

Quelle serait donc cette gouvernance globale selon vous ?

Il  faut un ministre de l’économie et des finances de la zone euro à temps plein et non pas l’un des ministres des finances de la zone euro à temps partiel  et avec des risques de conflits d’intérêt par rapport au pays dont il est le ministre, il ne peut pas assumer cette responsabilité. Il faut constituer un secrétariat général d’un trésor européen pour coordonner les politiques publiques, pour agréger les budgets des différents États membres. Déjà, en veillant à les normaliser car aujourd’hui, chacun présente ses comptes à sa façon et certifie la sincérité à sa façon. Donc il faut que l’on sorte de tant d’incertitude et de tant d’aléas.

Peut-on créer une gouvernance générale entre les zones euro et le reste de l’Europe ?

Il y a une contradiction entre l’Union européenne à 27 qui multiplie les textes réglementaires, les directives qui sont souvent des freins  à la compétitivité ou bien des activateurs de dépenses publiques supplémentaires. Et puis la zone euro qui elle a une solidarité particulière. La Banque Centrale Européenne (BCE) , ce n’est pas les 27 c’est les 17. Le fonds européen qui sera demain le Mécanisme Européen de Stabilité (MES) c’est les 17. Les prêts bilatéraux aussi.
Il y a deux zones différentes et il y a urgence à donner une intégration politique à la zone euro.  L’avenir de cette zone, c’est forcément de tendre vers une organisation fédérale qui s’organiserait par des transferts de compétences des États membres à un État fédéral.


Pour en savoir plus sur le TSCG

Le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance a été signé le 2 mars 2012 par les Etats membres de l'Union européenne à l'exception du Royaume-Unie et de la République Tchèque.


Pays de la zone euro en bleu


A connaître :

La zone euro regroupe les pays membres de l'Union européenne ayant adopté l'Euro : Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal,Grèce, Slovénie, Chypre, Malte, Slovaquie et Estonie.

Le Mécanisme européen de stabilité (MES):  fonds commun de créances pour pallier la défaillance d'un État membre de la zone euro.  Il doit entrer en vigueur le 1er  juillet 2012 et devra totalement remplacer le Fonds européen de stabilité financière (FESF.

Le Pacte de stabilité et de croissance (PSC) : les pays de la zone euro s'en sont doté afin de coordonner leurs politiques budgétaires nationales et d’éviter l’apparition de déficits budgétaires excessifs.