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Ex-otages au Niger : y a-t-il eu rançon ?

Le président nigérien, Mahamadou Issoufou (au centre), Laurent Fabius (à droite) et Jean-Yves Le Drian, aux côtés des quatre ex-otages français, mardi 29 octobre à Niamey.
Le président nigérien, Mahamadou Issoufou (au centre), Laurent Fabius (à droite) et Jean-Yves Le Drian, aux côtés des quatre ex-otages français, mardi 29 octobre à Niamey.

Officiellement, la France n’a versé aucune rançon aux preneurs des otages français du Niger. En coulisses, les contradictions persistent. Selon certains médias français, 20 millions d'euros auraient été versés pour leur libération. Une information démentie par l’État français. S'il y a eu rançon, qui l'a payée ?

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Ni "assaut" ni "rançon", a déclaré officiellement le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian juste après la libération mardi 29 octobre des quatre otages français enlevés le 16 septembre 2010 à Arlit au Niger.

Le président français François Hollande a annoncé la libération de Pierre Legrand, Daniel Larribe, Thierry Dol et Marc Féret depuis son déplacement en Slovaquie mardi 29 octobre sans détailler les conditions de leur libération. Il a salué le rôle du Niger et a exprimé “toute sa gratitude” à son homologue nigérien Mahamadou Issoufou “qui a réussi à obtenir la libération de nos compatriotes”.

Rançon ? 

Nulle allusion à une quelconque rançon versée. Mais dès mardi soir, le doute s’installe. Mercredi 30 octobre au matin, alors que tous les médias attendent sur le tarmac français de Villacoublay l’arrivée des ex-otages, une source proche des négociateurs nigériens annonce qu’au moins 20 millions d’euros ont été versés pour libérer les otages français du Sahel.

L'information a été divulguée par le quotidien français Le Monde qui revient sur les conditions d’échanges entre les otages au Sahel et la rançon : “ Selon une source française connaissant les détails de cette opération, des membres de la DGSE ont remis aux membres du convoi, la veille de leur départ de Kidal, la « contrepartie » à la libération des otages, « plus d'une vingtaine de millions d'euros. Il a été convenu à l'avance que les ravisseurs devaient d'abord regrouper les quatre otages qui avaient été séparés au mois de juillet. Puis de les laisser, seuls, deux ou trois jours, dans un endroit sécurisé avec de l'eau et de la nourriture. A un autre endroit, les preneurs d'otages devaient ensuite échanger l'argent contre les coordonnées GPS permettant de localiser les quatre Français. Le convoi est revenu à Kidal le mardi 29 octobre d'où les ex-otages s'envolent pour Niamey.

Cette révélation a été confirmée par le correspondant de RFI au Mali, Serge Daniel. L'AFP de son côté évoque une somme se situant entre 20 et 25 millions d'euros. Une issue heureuse après trois ans de détention pour les quatre Français. Ce paiement déroge-t-il à la ligne du chef de l’Etat annoncée début 2013 devant les familles des otages d’Arlit ? Il dit alors refuser de payer une rançon et privilégier le dialogue.

Mutisme

Du côté gouvernement, l’Elysée dément ce versement. “Nous n’avons pas changé de politique” a déclaré mercredi matin la porte-parole du gouvernement français Najat Vallaud-Belkacem.La France ne verse pas de rançon”, a réaffirmé Élysée dans la foulée. Un doute persiste donc sur l'identité du payeur ? Serait-ce l’Etat français comme l'indiquent les médias français ou leur employeur Areva (lire notre article) ?

Le 16 septembre 2010, outre les quatre otages récemment libérés, trois autres personnes avaient été kidnappées : un Togolais, un Malgache et une Française, Françoise Larribe, épouse de Daniel Larribe, libérée le 24 février 2011. Plusieurs millions d’euros auraient été versés par la France pour sa libération. Une information qui n’a pas été confirmée depuis… Quelques mois plus tard, en mars 2011, Aqmi avait réclamé “au moins 90 millions d’euros” pour la libération des quatre Français restés otages et libérées mardi 29 octobre 2013.

Des précédents


Début 2013, la France avait alors pris position contre le paiement de rançons du fait aussi de l’implication de l’Etat dans le conflit au Mali, comme le souligne la journaliste Dorothée Moisan dans le quotidien français Libération du mardi 29 octobre : “Le changement de doctrine pour les kidnappings politiques à l’étranger par des groupes terroristes a surtout été précipité par la situation au Mali et le lancement de l’opération Serval par l’armée française, en janvier (2013, ndlr). Il est alors devenu inconcevable de payer des jihadistes qui auraient pu en profiter pour acheter des armes alors qu’ils étaient en guerre contre la France.

Vieux serpent de mer, la position de la France sur le paiement d’une rançon n’est toutefois pas inflexible. Des sommes qui se chiffrent en millions d’euros auraient été versées par l'Élysée pour libérer les journalistes Florence Aubenas en 2005 ( 10 millions) ainsi que Christian Chesnot et Geoges Malbrunot (15  millions) en 2004. Des sommes révélées à l’époque par le magazine américain Times... mais jamais confirmée par la France.

« Il me semble très vraisemblable qu'une rançon ait été payée »

30.10.201364' Le monde en français - par Mohamed Kaci
Sur le plateau, Dorothée Moisan, auteure du livre "Rançon, enquêtes sur le business des otages" (édition Fayard) et Pierre-Yves Hénin, le père du journaliste Nicolas Hénin, enlevé en Syrie. 
Ex-otages au Niger : y a-t-il eu rançon ?