Explosions à Dortmund : enquête en cours

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Après la tenue sans incident notable du match Dortmund-Monaco de la Ligue des Champions, les autorités allemandes ont interpellé un suspect "de la mouvance islamiste", mais n'ont trouvé aucun élément qui le lie à l'attaque à l'explosif contre le bus du club de football de Dortmund. 

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La police allemande a perquisitionné, mercredi 12 avril 2017, les appartements de "deux suspects appartenant à la mouvance islamiste" et interpellé l'un de ces hommes, selon le parquet antiterroriste. 

Mais la police allemande a annoncé ce jeudi 13 avril qu'elle n'avait aucun élément permettant de relier le suspect en garde à vue avec l'attentat commis mardi contre l'équipe de football de Dortmund. "L'enquête n'a pas permis jusqu'à présent de trouver des éléments montrant que le suspect a participé à l'attentat", a indiqué le parquet dans un communiqué. L'individu en garde à vue a toutefois été placé en détention pour appartenance au groupe Etat islamique lors d'un séjour en Irak dans le passé.

Selon le quotidien Süddeutsche Zeitung, il s'agit d'un Irakien de 25 ans résidant à Wuppertal, ville située comme Dortmund dans la région de la Ruhr, alors que l'autre suspect, laissé en liberté, est un Allemand de 28 ans habitant à Fröndenberg.

Le quotidien Bild affirme jeudi que la personne retenue par la police, faisant l'objet d'une surveillance depuis longtemps, aurait tenu des propos "suspects" dans une conversation téléphonique, faisant penser aux autorités qu'il pouvait dissimuler des explosifs chez lui. Toutefois, les enquêteurs n'ont rien trouvé à son domicile, ajoute le journal.

Enquête sur toutes les mouvances extrémistes

La région autour de Dortmund, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie (ouest), est connue pour abriter une mouvance islamiste assez importante et concentre nombre de procédures contre d'anciens jihadistes revenus d'Irak ou de Syrie, mais les enquêteurs demeurent encore prudents.

Le ministre de l'Intérieur de cette région de l'ouest de l'Allemagne, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Ralf Jäger, a indiqué que toutes les pistes restaient ouvertes.

"Il peut s'agir d'extrémistes de gauche, d'extrémistes de droite, de fans violents ou d'islamistes."
Ralf Jäger, ministre de l'Intérieur de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie

Selon Bild, deux militants des mouvances extrémistes de gauche et de droite font aussi l'objet de vérifications de la police. 

Une lettre de revendication islamiste ?

Le ministre Ralf Jäger a en outre émis l'hypothèse d'une revendication falsifiée pour "créer une fausse piste". En effet, dès mardi soir, les enquêteurs ont découvert sur les lieux de l'attaque, en trois exemplaires, une lettre à connotation islamiste. "La lettre endosse la responsabilité des faits", avait indiqué Sandra Lücke, une magistrate du parquet.

Le texte, dont l'authenticité est en cours de vérification par le parquet, appelle l'Allemagne à cesser de participer avec ses chasseurs Tornados à la lutte de la coalition internationale contre le groupe Etat islamique en Syrie, faute de quoi de nouveaux attentats seront commis.

Selon le journal Süddeutsche Zeitung, les chaînes WDR et NDR, ainsi que l'agence de presse DPA, la lettre est écrite "au nom d'Allah, le clément le miséricordieux" et évoque la participation de l'Allemagne à la coalition contre l'EI ainsi que l'attentat sur un marché de Noël de Berlin en décembre. 

Si la lettre soulève encore de nombreuses interrogations, la nature "terroriste" de l'acte ne fait en revanche plus guère de doute pour le parquet fédéral.

"Compte tenu des modalités opératoires on peut partir du principe qu'il s'agit d'une attaque à caractère terroriste."
Frauke Köhler, représentante du parquet 

Si la piste jihadiste devait se confirmer, elle serait de nature à renforcer l'inquiétude en Allemagne.

Bombes: une force explosive de 100 mètres et des tiges métalliques  

Trois explosions ont soufflé mardi soir une partie des vitres du bus amenant les joueurs du Borussia Dortmund au stade de la ville où ils s'apprêtaient à affronter l'AS Monaco, leader du championnat français, en quart de finale aller de la Ligue des champions.    

©Associated Press

Les explosions se sont produites vers 19H15 heure locale (17H15 GMT) à proximité de l'hôtel de l'équipe, que le bus venait de quitter. Le stade, où devait se dérouler la rencontre face à Monaco, est situé à une dizaine de kilomètres. La police a également précisé que les charges explosives, au nombre de trois, "pourraient avoir été dissimulées dans une haie" avant de détonner au passage du véhicule. 

Les trois engins qui ont détonné mardi soir au passage du bus de l'équipe de Dortmund, blessant un joueur et un policier, avaient une "force explosive" de 100 mètres, a révélé le parquet mercredi. Ils contenaient des "tiges métalliques", dont l'une a terminé sa course dans le repose-tête d'un siège à l'intérieur du bus, a souligné le parquet, en suggérant que le bilan aurait pu être plus lourd.

Un joueur blessé au poignet et opéré

Le défenseur international espagnol du club jaune et noir, l'Espagnol Marc Bartra, 26 ans, a été blessé au poignet droit et a du être opéré dans la soirée. Il a aussi été soigné pour des coupures dues à des éclats de verre. 

Un policier, qui escortait le bus en moto, a également été blessé, souffrant d'un traumatisme sonore. 

Quant au bus des joueurs, il a été endommagé sur son flanc, les vitres en partie soufflées par les explosions. 

Match joué sous haute sécurité

Policiers et supporters devant le Signal Iduna Park après l'annulation du match mardi soir
Policiers et supporters devant le Signal Iduna Park après l'annulation du match mardi soir
©Associated Press / Bernd Thissen

Reporté d'une journée sur décision du club et de l'UEFA, le quart de finale aller de Ligue des champions entre Dortmund et Monaco  a finalement eu lieu le mercredi 12 avril 2017 à 18H45 (16H45 GMT) sous haute sécurité.

Visiblement éprouvé, l'hôte allemand a perdu la rencontre 3 buts à 2 et son entraîneur Thomas Tuchel a vivement critiqué ensuite la décision de l'UEFA d'avoir fait jouer son équipe un jour seulement après l'attentat. "Nous nous sommes sentis ignorés (...) Quelques minutes après l'attaque, on nous a dit qu'on devrait jouer, comme si on nous avait envoyé une canette de bière contre le bus", a-t-il accusé.

Les mesures de sécurité avaient été renforcées pour l'occasion, après cette attaque et depuis les attentats de 2016 dans le pays, notamment celui du marché de Noël au camion-bélier en décembre à Berlin (12 morts, 48 blessés) revendiqué par le groupe Etat islamique (EI), dans un contexte de menace jihadiste permanente en Europe

Le ministre fédéral allemand de l'Intérieur Thomas de Maizière, qui a assisté au match en signe de solidarité, a de son côté promis que l'Allemagne "ne se laissera pas voler sa fascination" pour le football "par des criminels".

La présence policière avait été renforcée en ville et aux abords du stade, ainsi qu'à Munich (sud) où s'est déroulée mercredi soir, aussi sans incident, une autre rencontre de Ligue des Champions entre le club local du Bayern et Madrid, remportée 2 buts à 1 par les Espagnols.