Facebook : droit de censure sur TV5MONDE

Cette photo intégrée dans un papier publié sur notre site Terriennes a été censurée sur notre compte facebook. 
Cette photo intégrée dans un papier publié sur notre site Terriennes a été censurée sur notre compte facebook. 
©DR

Le réseau social a décidé, le 29 mai 2016, de censurer un post de notre site Terriennes. Loin d’être provocante, cette publication sur Facebook devait informer nos lecteurs de l’action de Péruviennes qui ont défilé seins nus pour défendre leur droit à l’avortement…. Mais le réseau social en a décidé autrement. 

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Enlevez ces seins que Facebook ne saurait tolérer. Le dernier week-end de mai 2016, c’est le compte de notre site d’information Terriennes qui a été la cible de la censure activée par le réseau social sur certains contenus jugés offensants ou choquants. 

video censure facebook sur terriennes
©P.Veysset, S.Andre
 
Le mercredi 25 mai, l’équipe web Terriennes de TV5MONDE publie sur son compte Facebook un post pour promouvoir sur le réseau social un article de la rédaction sur une marche de Péruviennes. Elles défilaient seins nus, la semaine précédente, dans les rues de Lima, contre une réforme qui prévoit de condamner à 50 jours de travaux d'intérêt général toute femme ayant recours à l'IVG. 

Capture d'écran de la tête de notre article sur le Pérou publié sur Terriennes le 25 mai. 
Capture d'écran de la tête de notre article sur le Pérou publié sur Terriennes le 25 mai. 
©TV5MONDE

Cinq jours après sa publication, le post qui affiche donc une photo de femmes, poitrines nues, taguées de slogans hostiles au projet de loi et à la candidate qui le soutient, a été supprimé de la page Terriennes ainsi que de tous les comptes de ceux, nombreux, qui l'avaient partagé. La page du compte Facebook de TV5MONDE n’a pas été épargnée. Les journalistes et "community managers" qui gèrent la page Terriennes se sont vus déconnectés immédiatement de leurs comptes personnels Facebook et ont reçu ce message de rappel à l’ordre :
Le message envoyé par Facebook aux journalistes et community managers  qui gèrent la page Facebook de Terriennes. 
Le message envoyé par Facebook aux journalistes et community managers  qui gèrent la page Facebook de Terriennes. 
©TV5MONDE

Facebook leur a également demandé à chacun de vérifier si les photos publiées sur leurs comptes personnels respectaient les règles à suivre dans la communauté, édictées sur la page "Standards de la communauté" du réseau social. Facebook les fait respecter à l'aide d'un algorithme de modération ou par les internautes eux-mêmes qui peuvent déclarer/dénoncer des contenus inappropriés :

(...) "Nous limitons l’affichage de scènes de nudité, car certaines audiences au sein de notre communauté mondiale peuvent être sensibles à ce type de contenu, en particulier de par leur culture ou leur âge. Afin de traiter les utilisateurs de façon juste et de répondre rapidement aux signalements, il est essentiel pour nous de mettre en place des règles que nos équipes internationales peuvent appliquer uniformément et facilement lors des examens de contenus. En conséquence, nos règles peuvent parfois être plus formelles que nous l’aurions souhaité et limiter le contenu partagé à des fins légitimes. Nous cherchons sans cesse à mieux évaluer ce type de contenu et à mieux appliquer nos standards."
 
Il est plus précisément expliqué: "Nous supprimons les photographies présentant des organes génitaux ou des fesses entièrement exposées. Nous limitons également certaines images de poitrines féminines si elles montrent le mamelon, mais nous autorisons toujours les photos de femmes qui défendent activement l’allaitement ou qui montrent les cicatrices post-mastectomie de leur poitrine."  Des débats qui ont d'ailleurs eu cours aux Etats-Unis. 

Le post de notre site Terriennes sur Facebook correspond donc aux contenus interdits dans la communauté. La rédactrice en chef de Terriennes a rapidement réagi en dénonçant auprès du réseau social cette censure qui s’opère sur un site d’information comme TV5MONDE qui ne choisit pas une image de femmes aux seins nus par provocation mais pour informer ces lecteurs qui viennent sur son site Internet comme sur sa page Facebook.

Sollicité par notre rédaction, le réseau social a répondu, ce jeudi 2 juin, en nous rappelant les règles de son fonctionnement notamment en matière de modération, et de signalement de contenus. Des règles qui prévalent pour tous ses utilisateurs. Comme il est indiqué dans les règles de Facebook les "standards de la communauté" priment sur la loi locale.  

La nudité, le tabou de Facebook ?

TV5MONDE n’est pas le seul utilisateur (média, institution, musée ou personne) victime de la censure de Facebook sur cette question de la nudité. Même quand il s'agit pourtant d'oeuvre d'art que le géant du net assure tolérer davantage aujourd'hui.

Avant qu'il n'infléchisse ses règles début 2015 :  "Nous autorisons également les photos de peintures, sculptures et autres œuvres d’art illustrant des personnages nus",  le journal suisse La Tribune de Genève a vu son compte Facebook censuré fin 2012. Son tort ? Avoir illustré l’un de ses articles avec le tableau de Gustave Courbet, "L’Origine du monde". 
 

L'Origine du monde de Gustave Courbet censurée / Photo DR
L'Origine du monde de Gustave Courbet censurée / Photo DR


Mais fin 2015, le "Nu couché" de Modigliani adjugé aux enchères pour la somme record de 170.4 millions de dollars n'a, lui, pas été supprimé des posts publiés sur Facebook. 

Cela n'a pas empêché certains médias américains notamment de s'autocensurer, hors du réseau social, comme Bloomberg sur sa chaîne ou le Financial Times dans ses colonnes. Excès de puritanisme ? 
 

Vers une évolution de Facebook ? 

Avant que Facebook n'accepte dans ses règles les représentations artistiques de nus féminins notamment, les sanctions étaient radicales.  Ainsi, un internaute français, professeur des écoles, a vu son compte désactivé en février 2011 après avoir publié le tableau de L'Origine du monde de Gustave Courbet.

Après plusieurs mails de réclamation restés sans réponse, il dépose une assignation pour atteinte à la liberté d’expression au Tribunal de grande instance (TGI) de Paris. Après plus de quatre ans de procédure, la cour d’appel de Paris confirme le 12 février 2016 que la justice française est compétente pour juger le réseau social notamment dans ce conflit l’opposant à un utilisateur. 

Un revers pour Facebook qui stipule clairement dans les clauses de sa « Déclaration des droits et responsabilités » que seuls les tribunaux de l'Etat de Californie sont compétents en cas de litige : « Vous porterez toute plainte (« plainte ») afférente à cette Déclaration ou à Facebook exclusivement devant un tribunal régional américain du Northern District de Californie ou devant un tribunal national du comté de San Mateo, et vous acceptez de respecter la juridiction de ces tribunaux dans le cadre de telles actions. Le droit de l’État de Californie est le droit appliqué à cette Déclaration, de même que toute action entre vous et nous, sans égard aux principes de conflit de lois. »

Cette décision de la cour d’appel de Paris confirme une ordonnance du 5 mars du TGI de Paris qui jugeait abusive cette clause car il est difficile pour un particulier d'aller porter plainte devant un tribunal étranger.
 

Contourner la censure

En attendant que le géant du net ne s’adapte davantage aux juridictions des pays dans lesquels il est utilisé, les internautes, eux, détournent cette censure parfois implacable. 

©Capture d'écran
Une association argentine a ainsi décidé de contourner la censure pour lancer une campagne de dépistage du cancer du sein en utilisant...des torses nus d’hommes. Ironie de Facebook : leurs tétons sont tolérés par le réseau social mais pas (encore ?) les mamelons des femmes. Les internautes ont d'ailleurs décidé de riposter contre cette censure discriminante de Facebook en lançant le mot clé #Freethe nipples : Libérez les tétons !