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Fidel Castro à Santiago, pour l'éternité

Au terme de près de 1 000 kilomètres de périple, les restes de Fidel Castro reposent au cimetière de Santa Ifigenia de Santiago, à côté du mausolée de José Marti, héros de l'indépendance de Cuba
Au terme de près de 1 000 kilomètres de périple, les restes de Fidel Castro reposent au cimetière de Santa Ifigenia de Santiago, à côté du mausolée de José Marti, héros de l'indépendance de Cuba
(AP Photo/Javier Galeano)

Le "Lider maximo", " El Comandante " Fidel Castro repose depuis ce dimanche 4 décembre au cimetière de Santa Ifigenia de Santiago. Le compagnon d'armes de Ernesto Che Guevara, le révolutionnaire argentin, restera, à jamais, le leader historique de la révolution cubaine. Huit dates pour s'en souvenir.

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La fin du voyage.
Le terme d'un périple de près de 1 000 kilomètres. 

Le cimetière de Santa Ifigenia, à Santiago de Cuba, où vont reposer les cendres de Fidel Castro, non loin de la dépouille du héros national de Cuba, José Marti.
Le cimetière de Santa Ifigenia, à Santiago de Cuba, où vont reposer les cendres de Fidel Castro, non loin de la dépouille du héros national de Cuba, José Marti.
(capture écran)

Les restes de Fidel Castro reposent depuis ce dimanche 4 décembre 2016 au cimetière de Santa Ifigenia de Santiago. Ces funérailles scellent la fin du deuil national, décrété pour neuf jours après son décès annoncé le 25 novembre dernier.

Sans doute, les mots de son frère Raul Castro, 85 ans, résonneront encore longtemps aux oreilles des Cubains : « Cher Fidel (…) ici, où nous commémorons nos victoires, nous te disons aux côtés de notre peuple dévoué, combatif et héroïque : “Hasta la victoria, siempre !” » (« Jusqu’à la victoire, toujours ! », ndlr).

L'occasion de revenir, une dernière fois,  sur le parcours exceptionnel de cet homme au destin hors norme, avec huit dates clés.

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Les cendres de Castro durant leur voyage de quatre jours à travers Cuba, ici le mercredi 30 novembre 2016. 

Les cendres de Castro durant leur voyage de quatre jours à travers Cuba, ici le mercredi 30 novembre 2016. 
(AP Photo / Desmond Boylan)

L'enfant solitaire

1926 (13 août). Naissance à 2 h du matin de Fidel Castro à Mayari, dans la province de l’Oriente. Un bébé costaud : 4,5 kg ! Fidel est le troisième enfant d’une fratrie qui en compte sept. Son père, d’origine espagnole, est un riche planteur de canne à sucre. Sa mère Lina, simple servante, est une enfant du pays « solide comme un roc et cette force que nous louions tous était un exemple de vie. Elle accomplissait sans faute tout ce qu’elle était déterminée à réussir  », se souviendra sa fille Juanita. Elle décrit le jeune Fidel comme « un enfant solitaire et sans humour », doté d’une personnalité « hermétique à toute contradiction ». Son frère Raul Castro, né cinq ans plus tard, est dépeint, lui, comme un gamin « farceur et affectueux ». D’où vient cette différence ? C’est que Fidel et Raul n’ont pas le même père ! Raul, le cadet, à qui l’on prête des « traits chinois », est en fait le demi-frère de Fidel, sa mère Lina ayant eu « une aventure » avec un soldat de la garde rurale, en poste dans la région. Sa mère étant très croyante, comme il convient de l'être dans tout le pays, Fidel est baptisé à l’âge de cinq ans. 

 

1945

A l'automne, Fidel entre à la faculté de droit à l'université de la Havane. Il a achevé sa scolarité chez les jésuites au collège de Belén, toujours à La Havane, entre 1942 et 1945. Fidel Castro est un géant d'un mètre quatre-vingt-onze, bagarreur et orgueilleux.

Fidel Castro, étudiant, en 1945.
Fidel Castro, étudiant, en 1945.
(AP photo)

C'est à l'université qu'il découvre la politique. Fidel Castro dévore Marx, Engels et Lénine. Il adhère à des groupes étudiants radicaux comme le Mouvement Socialiste Révolutionnaire et l'Union Insurrectionnelle Révolutionnaire. Fort en gueule, prenant la parole sans jamais la rendre, Fidel Castro sait aussi soigner sa publicité. Il est l'architecte de sa propre légende. Ainsi, en 1947, aidé par quelques camarades, il déménage à La Havane la cloche de la sucrerie La Demajagua. En 1868, cette cloche avait appelé les Cubains à la révolte contre la métropole !

Il devient avocat et épouse en 1948 Mirta Diaz-Balart, une jeune femme de la grande bourgeoisie cubaine liée à la dictature de Batista, l'homme fort du pays. Elle lui donne un fils, Fidelito, seul enfant légitime de Fidel Castro. Travailleur, dormant peu, noctambule, ce colérique, qui préfère toujours la parole à l'écrit, prend la défense des plus humbles et, devenu avocat, il ouvre un cabinet à La Havane, en 1950.

26 juillet 1953

Fidel Castro en mars 1957.
Fidel Castro en mars 1957.
(AP Photo/Andrew St. George, File)

Fidel Castro prend la tête d’une expédition de 131 hommes divisés en trois groupes. Il lance une attaque simultanée contre plusieurs bâtiments officiels, dont la caserne Moncada de Santiago de Cuba, la seconde forteresse militaire du pays. C'est un appel à la rébellion afin de renverser son ennemi intime, le dictateur Batista. L'opération est un échec. Sanglant. Une cinquantaine de personnes meurent. La majorité d'entre elles décèdent non pas lors de l’assaut, mais après avoir été torturées par les milices du pouvoir en place.
Son procès s'ouvre le 16 octobre 1953. Fidel assure sa propre défense. C'est en conclusion de sa plaidoirie qu'il lance : « Condamnez moi, peu importe : l'Histoire m'acquittera ! » Condamné à 15 ans de prison, il est libéré deux ans plus tard, en 1955. Une amnistie accordée par le régime.

1er janvier 1959

Fidel Castro entre à Santiago de Cuba, deuxième ville du pays, sous les acclamations populaires, cinq ans, cinq mois et cinq jours après l’attaque ratée de la caserne Moncada. La révolution cubaine triomphe.

Avec Ernesto "Che" Guevara en 1960.
Avec Ernesto "Che" Guevara en 1960.
(Prensa Latina via AP Images, File)

Le 10 janvier, le journal “Le Monde” écrit : « La victoire de Fidel Castro est totale, éblouissante. Mais, fait capital, cette victoire se produit sans l'aide du prolétariat cubain. Dans un siècle éminemment social, cela est extraordinaire. Comment expliquer cette révolution unique dans l'histoire de l'Amérique latine ? La révolution fidéliste est un mouvement paysan, bourgeois et intellectuel, dans lequel les ouvriers ne jouent aucun rôle (...) Il est vrai que les syndicats étaient au service de la dictature par le truchement d'une direction vendue à Batista ». La foule lui fait un accueil délirant et le monde découvre l'autre homme fort de cette révolution, un médecin argentin, un certain Ernesto “Che” Guevara. Dans les jours qui suivent, au moins deux-cents policiers militaires ou indicateurs sont fusillés. L'épuration est sévère. Les tribunaux révolutionnaires condamnent et les autorités “fidélistes” fusillent dans la foulée. Malgré sa fatigue, on parle même « d'un épuisement nerveux généralisé », Fidel Castro n'ordonne aucune trêve susceptible de perturber le rythme des exécutions, une chose nécessaire, selon lui, « pour purifier la nation. » Il précise : « Nous avons donné les ordres nécessaires pour que ces assassins soient fusillés jusqu'au dernier. Et si nous devons combattre l'opinion mondiale pour y arriver nous y sommes prêts ».

17 avril 1961

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Le 20 septembre 1960,  Fidel Castro et le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev s'embrassent aux Nations Unies.<br />
 

Le 20 septembre 1960,  Fidel Castro et le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev s'embrassent aux Nations Unies.
 
(AP Photo/Marty Lederhandler, File)

Un millier d'exilés cubains opposés à Fidel Castro débarquent dans la baie des Cochons située au Nord de Cuba, à 150 kilomètres des côtes américaines. Mais l'opération diligentée par la CIA, et qui a pour but de renverser le régime, tourne au fiasco. Loin de prendre fait et cause pour les exilés, les troupes castristes et la population cubaine, qui ont été informés du débarquement, accueillent celui-ci avec des armes lourdes. Ils repoussent le débarquement. Fidel Castro triomphe : « Ce que les impérialistes ne peuvent nous pardonner, c'est d'avoir fait triompher une révolution socialiste juste sous le nez des États-Unis. » La victoire est également médiatique. Une première. Un film télévisé sur l'opération ratée, destiné à l' « édification » des Cubains exilés est diffusé depuis La Havane ! Le film, capté à Key-West, à l'extrême-pointe de la Floride, montre Fidel Castro inspectant les aérodromes bombardés, des soldats cubains contre-attaquant, etc. De son côté, Radio-Moscou interrompt toutes ses émissions pour diffuser à plusieurs reprises le communiqué de victoire de La Havane.

15 octobre 1962

En 1963 avec Nikita Khrushchev  devant le mausolée de Lénine sur la Place Rouge à Moscou.
En 1963 avec Nikita Khrushchev  devant le mausolée de Lénine sur la Place Rouge à Moscou.
(TASS via AP, File)

Les avions-espions américains découvrent; à Cuba des rampes de lancement de missiles fournies par l’Union soviétique. John F. Kennedy, le président américain, annonçe dans la foulée un blocus naval de l’île. S’en suivent plusieurs jours de négociations entre les deux puissances. Une guerre nucléaire semble imminente. Pourquoi ces missiles à Cuba ? « Nous n'étions pas intéressés d'avoir des missiles ici ou d'avoir une base. Nous étions davantage intéressés par l'image du pays. Une base soviétique dévalorisait l'image de la révolution, sa capacité d'influer sur notre région. Pourquoi avons-nous accepté ? Cela a été très dur pour nous. Mais c'était une question d'internationalisme (...) si nous espérions que le camp socialiste se sacrifie et lutte pour nous, nous devions être prêts à nous sacrifier pour lui », confiera Fidel Castro en 2010.
Le leader soviétique Nikita Khrouchtchev accepte finalement de retirer les missiles de l'île communiste. En échange, le président américain promet de ne pas envahir Cuba, et surtout, de retirer les missiles américains de Turquie. Fidel Castro accueille très mal la nouvelle. Il n’a pas été consulté par Khrouchtchev sur cet accord et il exigeait la levée de l'embargo américain imposé huit mois plus tôt et la fermeture de la base militaire américaine de Guantanamo. Le 2 octobre 1965, il fondera le Parti communiste cubain.

13 août 1994

Le 18 août 1999.
Le 18 août 1999.

Fidel Castro s’interroge devant les députés : « Comment le pays va-t-il faire pour acheter tout le combustible dont il a besoin, pour réparer les centrales, maintenir les ampoules allumées et importer les aliments ? ». Cuba, en effet, va très mal. Le “Commandant en chef” vient d’annoncer une baisse drastique de la récolte sucrière, qui est la principale source de devises de l'île : 4 millions de tonnes. C’est deux fois moins qu’en 1988 ! Et la fin de l’aide soviétique (1990) n’a pas arrangé les choses. L'année précédente, il a bien légalisé le dollar et entrouvert l'économie mais cela n'a pas suffit. Alors, la population, lassée par trois années de pénurie veut en finir, changer de vie. Il s'est écoulé 35 ans depuis la révolution cubaine !

Le 1er mai 2006 sur la Place de la Révolution à la Havane
Le 1er mai 2006 sur la Place de la Révolution à la Havane
(AP Photo/Javier Galeano, File)

Et ce ras-le-bol tourne à l'exaspération. La Havane est le théâtre de graves émeutes. Deux policiers sont tués par des manifestants. Environ 32 000 “balseros”, ces pilotes de radeaux, quittent Cuba pour les Etats-Unis. Et quand ce n’est pas sur des embarcations de fortune, les migrants détournent un petit avion agricole ou s’emparent carrément d’une vedette de la marine cubaine. Après l'émeute, qui aura fait au moins trois morts et une centaine de blessés, Castro ordonne à la garde côtière cubaine de laisser partir ceux qui le désirent. Une stratégie toute politique. Il sait qu'en donnant un tel feu vert aux candidats au départ, l’afflux de réfugiés ne pourra qu'embarrasser Bill Clinton, le président américain. D'ailleurs, il le prévient : « Si une guerre civile éclate à Cuba, vous en paierez les conséquences aussi ». Pendant quelques temps, les Américains appliqueront la loi du “pied mouillé” : tout Cubain qui atteint la terre ferme aux États-Unis peut obtenir un visa, mais, a contrario, si le candidat à l'exil est intercepté en pleine mer, il est rendu aux autorités cubaines.

19 février 2008

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Les cubains sur le fameux boulevard de la côte de Malecon agitent des drapeaux cubains en attendant le cortège qui transporte les cendres de Fidel Castro à La Havane, Cuba, le mercredi 30 novembre 2016<br />

Les cubains sur le fameux boulevard de la côte de Malecon agitent des drapeaux cubains en attendant le cortège qui transporte les cendres de Fidel Castro à La Havane, Cuba, le mercredi 30 novembre 2016
(AP Photo/Natacha Pisarenko)

Le "Lider maximo" annonce officiellement qu'il se retire de la présidence. Quelques semaines auparavant, en décembre 2007, il avait écrit : « Mon devoir élémentaire n’est pas de m’accrocher à des fonctions, et encore moins de faire obstacle à la promotion de personnes plus jeunes, mais d’apporter mes expériences et mes idées dont la modeste valeur réside dans le fait que j’ai eu la chance de vivre une époque exceptionnelle. » Il déclare vouloir désormais consacrer son temps à publier ses articles dans le “Gramma”, le journal qui connaît le plus fort tirage du pays.

Le castrisme est-il mort ? Pas tout à fait puisque le Parlement cubain élit Raul Castro, son frère, à la Présidence de la République dans les jours qui suivent. Désormais, affaibli par ses soucis de santé, “El Comandante” n'apparaîtra plus, comme à l'habitude, dans son célèbre uniforme kaki mais en survêtement de sport. Cependant, même retiré officiellement du pouvoir, son influence dans la région restera intacte et le vieux révolutionnaire prendra plaisir à recevoir les dirigeants du Brésil, d'Argentine, de Bolivie, d’Équateur, du Nicaragua.

« Le pouvoir ne m'intéresse pas », assurait-il quand il était jeune avocat.
C'était en 1959.
Parvenu au pouvoir par les armes, il n'aura jamais rien cédé.
Depuis 2000, Fidel Castro souffrait de graves problèmes intestinaux, ce qui ne l'empêchait pas de publier, donc, des « réflexions » dans la presse officielle. La figure historique était devenue simple chroniqueur. 

C'est à Santiago de Cuba, “berceau de la révolution”, que va reposer Fidel Castro. C'est depuis cette ville qu'il lança le premier assaut contre le Président Batista, le 26 juillet 1953.
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