Fin d’ère au GIEC, qui devrait subir un chamboulement

Rajendra Pachauri, Président du GIEC. (Archives Le Temps)
Rajendra Pachauri, Président du GIEC. (Archives Le Temps)

Le dernier rapport du GIEC émis dimanche a clos six ans de travail de 1 800 chercheurs bénévoles. Le fonctionnement futur du groupe d’experts pourrait subir une refonte en 2015, année de la réélection de ses organes dirigeants.

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Les activités humaines ont une influence sur le changement climatique. Et des décisions doivent être prises au plus vite par les décideurs pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre et empêcher des conséquences dramatiques pour la vie sur terre. C’est en substance le message de la synthèse du cinquième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publié le 2 novembre, et qui était au cœur d’une présentation publique lundi à Berne, à laquelle a participé Doris Leuthard, ministre de l’Ecologie.
 
Ces conclusions serviront de socle à d’âpres négociations lors du sommet de la Convention des Nations unies sur le changement climatique (UNFCCC) à Lima en décembre, puis à Paris en 2015. L’occasion, aussi, pour le GIEC de faire le bilan de cette cinquième série d’évaluations et de se tourner vers son propre futur.
 
Entre 2008 et 2014, 1 800 climatologues du monde entier ont analysé près de 9 200 articles scientifiques pour façonner les modèles climatiques cités en référence dans le document divulgué. Le fruit d’un immense labeur, effectué par trois groupes de travail du GIEC. Pour l’analyse des deux millions de gigabytes de données scientifiques pour l’élaboration de leurs trois rapports, publiés entre 2013 et 2014, les chercheurs impliqués ont travaillé sans relâche, bénévolement.
 
La synthèse en elle-même a demandé plus de sept jours (à 20 heures par jour) de discussions entre les délégués du GIEC pour trouver un consensus. Dans un commentaire publié en septembre dans Nature, Thomas Stocker et Gian-Kasper Plattner, du groupe de travail I consacré aux sciences physiques du climat, ont émis une série de propositions faisant écho à leur sondage mené auprès de 259 chercheurs : 83 % sont d’accord pour dire que la quantité de travail constituait un réel défi. Malgré le poids de la tâche, 90 % disent avoir vécu l’expérience de manière positive, 68 % étant même prêts à participer à un sixième rapport.
 
Or, la hausse à venir du nombre d’articles scientifiques publiés sur le sujet ne rendra que plus lourde la tâche des groupes de travail. Ainsi, les délégués du GIEC comme les scientifiques s’interrogent sur le format que devront prendre les prochains rapports. Prévus pour l’instant dans six ans, ils pourraient prendre un format complètement différent.

La décision appartient aux gouvernements

Il y a un an, le secrétariat du GIEC a demandé aux délégations nationales de soumettre leurs recommandations pour une refonte éventuelle. "Les propositions ont été compilées dans un rapport d’une dizaine de pages qui sera soumis à discussion lors de la prochaine réunion du GIEC en février", dit Thomas Stocker, qui souligne que la décision de repenser la procédure scientifique du GIEC appartient aux gouvernements.
 
Divers points ressortent des suggestions des Etats, tels le raccourcissement des périodes entre la publication des rapports et un dispositif de communication plus transparent avec un recours plus fréquent au Web et aux réseaux sociaux. Ceci afin de faciliter l’accès et la mise à jour des résultats scientifiques. Thomas Stocker et son collègue proposent, eux, une période de huit à dix ans entre deux évaluations afin de dégager du temps pour émettre des études portant sur des sujets plus ciblés (éthique, événements extrêmes, etc.). Ils suggèrent, entre deux, des rapports spécifiques sur des thématiques interdisciplinaires, pour une réactivité accrue vis-à-vis des dirigeants.
 
Une autre question souvent soulevée par les délégués est la nécessité d’avoir des informations climatiques plus régionales et moins globales. "C’est une question cruciale mais il existe une limite scientifique, tempère Thomas Stocker. Plus l’échelle d’étude est petite, plus l’incertitude du modèle climatique est grande." Pour répondre à ce besoin croissant d’informations localisées, les scientifiques suisses proposent que des données comme la vulnérabilité ou l’exposition des populations soient ajoutés à l’atlas mondial des modèles du GIEC, d’où pourraient être tirés des risques régionaux utiles aux gouvernements.
 
"Il faudra attendre février pour savoir si des changements auront lieu", dit Thomas Stocker. Et le climatologue de rappeler que la plupart des dirigeants du GIEC seront remplacés en septembre 2015. La balle est entre les mains des représentants étatiques.