Football/Mondial 2014 : dur retour à la réalité pour certaines équipes africaines

Le 25 juin dernier, le Nigeria a affronté l'Argentine sur la pelouse du Mondial 2014 au Brésil © AFP
Le 25 juin dernier, le Nigeria a affronté l'Argentine sur la pelouse du Mondial 2014 au Brésil © AFP

Si l'Algérie a créé la surprise en allant jusqu'en huitièmes de finale, les autres équipes africaines n'ont pas vraiment brillé sur la pelouse du Mondial 2014 au Brésil. Certaines, comme le Cameroun, le Ghana et le Nigeria ont même soulevé des polémiques. Comment les joueurs ont-ils été accueillis, chez eux, à leur retour de la Coupe du monde ?

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Retour à la réalité. Les cinq équipes africaines du Mondial sont rentrées dans leur pays respectifs. Mais l’accueil n’a pas été le même pour tout le monde. Si l’équipe algérienne se porte bien, leurs homologues d’Afrique sub-saharienne ne peuvent pas en dire autant : déception de la population, enquête du gouvernement, agressions, suspension de la Fifa… le souvenir du Brésil ressemble de plus en plus à un cauchemar pour certaines sélections. Tour d’horizon. 


Nigeria, Ghana : retour difficile

Les Super Eagles nigérians "ne sont pas les bienvenus", affirme Onochie Anebeze, rédacteur en chef de la rubrique sport du journal Vanguard, au Nigeria. « La majorité des Nigérians sont en colère parce qu’ils savent qu’on a une équipe qui pouvait aller loin. Elle a le potentiel. Mais l’attitude des joueurs qui réclamaient de l’argent avant le match contre la France et d'autres problèmes les ont fait perdre ». Selon Onochie Anezebe, le président Goodluck Jonathan aurait envoyé de l’argent, via le ministre des Sports, aux joueurs nigérians. Une information confirmée par le quotidien anglais The Guardian. « La somme envoyée s’élèverait à 3,6 millions de dollars. Un argent qui a détruit l’équipe », observe le journaliste nigérian.
Et pour couronner ce retour difficile, la Fédération de football du Nigeria (NFF) vient d’apprendre qu’elle est suspendue par la FIFA en raison d’une ingérence gouvernementale. L'instance mondiale du football reproche à la justice nigériane « d'empêcher le président de la NFF, les membres de son comité exécutif et son congrès de gérer les affaires du football nigérian ». Pour l'heure « aucune équipe nigériane (clubs y compris) ne peut entretenir de relations sur le plan sportif à l'international », a indiqué la fédération dans un communiqué. Mauvaise passe pour les Super Eagles.

L'équipe du Ghana à l'entraînement © AFP
L'équipe du Ghana à l'entraînement © AFP
Au Ghana, le retour des joueurs « a été très décevant, assure Ameemu Shardow, rédacteur en chef adjoint du site Ghana Soccer. « En 2006 et 2010, quand l'équipe était arrivée, des milliers de personnes étaient venues à l'aéroport pour les voir et les féliciter. Ils avaient faire une parade dans les rues d'Accra. Cette fois, à cause des mauvais résultats de l'équipe et des problèmes entourant l'équipe, très peu de personnes sont venues ».

En effet, à son retour, l’équipe ghanéenne a provoqué un « scandale d’Etat » titrait RFI. « Après l’élimination de l’équipe nationale, les Blacks Stars, John Dramani Mahama (le président du Ghana, ndlr) a exigé la mise en place d’une commission d’enquête pour faire toute la lumière sur cet échec » lit-on sur le site internet. « L'enquête est menée pour voir ce qui s'est mal passé et comment on peut corriger cela dans le future. Le gouvernement est conscient que s'il y a trop de problèmes dans le monde du football, la FIFA peut bannir un pays des compétitions. Il ne veut pas que ces problèmes affectent la participation de l'équipe aux prochains rendez-vous sportifs. Il veut améliorer certaines choses », assure Ameemu Shardow.

L’échec du Ghana s’explique en partie par les problèmes financiers qui ont affecté l’équipe.  Plusieurs joueurs sont montés au créneau pour une affaire de primes non payées. Le 24 juin dernier, deux jours avant le match contre le Portugal, certains joueurs ont refusé de s’entraîner, réclamant l’argent que leur devait la fédération de football du Ghana. Puis, selon RFI, ils s’en sont violemment pris à leur entraîneur, Kwessi Appiah avant d’agresser le délégué du ministre des Sports, Sulley Muntari.

Après ces événements, le sélectionneur du Ghana, Kwesi Appiah, a indiqué samedi 5 juillet, qu’il s’appuierait désormais sur des joueurs « dévoués et disciplinés ». A l’avenir, ils devront signer « un contrat de bonne conduite et se conformer aux règles établies » a-t-il ajouté.

(De gauche à droite) Les Ivoiriens Salomon Kalou, Gervinho et Didier Drogba © AFP
(De gauche à droite) Les Ivoiriens Salomon Kalou, Gervinho et Didier Drogba © AFP
Côte d’Ivoire, Cameroun : retour mitigé

Les Elephants ne sont pas tous revenus en même temps dans leur pays, la Côte d'Ivoire. Certains, comme Salomon Kalou, ne seraient même pas repassés par Abidjan, la capitale.  « D’habitude, tous les joueurs reviennent en même temps », confie Sylvain Mel, journaliste web à Sport Ivoire. « La population est très déçue. Même si on ne demandait pas qu’ils gagnent la Coupe du monde, on aurait aimé qu’ils passent le premier tour pour remonter la moyenne des deux dernières Coupes (en 2006 et 2010, la Côte d'Ivoire n'avait pas dépassé le premier tour, ndlr) ».
Du dépit plus que de la colère. Si les Ivoiriens n’en veulent pas aux joueurs de leur équipe nationale, ils ont tout de même trouvé un bouc émissaire : le directeur de la fédération ivoirienne de football : Sidy Diallo « revenu incognito au pays » d'après le journaliste de Sport Ivoire. Ce dernier est accusé de mauvaise gestion et d’avoir gardé l’entraîneur Sabri Lamouchi en poste alors qu’il débutait dans le domaine. C’est d’ailleurs ce dernier qui a fait « l’erreur de sortir Drogba et Gervinho durant le dernier match », affirme Sylvain Mel. L'erreur de trop pour le journal Notre Voie qui titrait juste après la défaite : « Lamouchi élimine les Elephants ». Une phrase qui en disait déjà beaucoup sur la considération des ivoiriens pour l’entraîneur.

Samuel Eto'o est le capitaine de l'équipe nationale camerounaise © AFP
Samuel Eto'o est le capitaine de l'équipe nationale camerounaise © AFP
Au Cameroun, la tension était palpable avant et lors de l’arrivée des joueurs de la sélection officielle. Seulement 11 footballeurs sur les 23 étaient présent. « Certains joueurs du groupe ont compris qu’ils n’avaient pas valablement représentés le Cameroun donc il était insupportable pour eux de revenir au pays, de façon officielle. Ils savaient que l’accueil allait être très froid », affirme Pierre Rostand Essomba, journaliste à Cameroon Tribune. « Le gouvernement avait mis à leur disposition un bus et un dispositif de sécurité, avec police et gendarmerie. Pas parce que sont des stars mais parce que des rumeurs disaient que la population allait leur faire la peau dès leur descente de l’avion. C’est la première fois que cela se passe comme ça ».

Accusé d’être « un traître », Samuel Eto’o ne pourrait actuellement plus faire de sorties publiques au Cameroun, au risque d’être agressé par la population. « Quand il est revenu à Yaoundé, c’est un autre Samuel Eto’o que le peuple camerounais a accueilli. Ce n’est plus « l’enfant chéri » qu’ils ont aimé bien longtemps mais le « capitaine qui a trahi la nation ».  Jusqu’à présent, je peux vous assurer qu’il ne peut pas faire une sortie publique à Yaoundé. Il doit se faire accompagner par la sécurité. Il est mal- aimé par le peuple camerounais. Certains disent qu’il a « insulté » le peuple, observe Pierre Rostand Essomba avant de donner quelques explications. « Il avait déjà des problèmes dans sa vie sociale avant de partir au Mondial. Après cette mauvaise Coupe du monde, ses problèmes prennent le dessus sur le sport ».

Selon site d’information Afrik.com, certains de ses fans auraient quand même accroché de grandes affiches à Yaoundé pour le soutenir. Sur ces posters, une photo de Samuel Eto’o, drapeau camerounais sur le dos et un slogan : « Ils ont la mémoire courte ».

Mais Samuel Eto’o n’est pas le seul joueur à être la cible des critiques. Selon le journaliste camerounais, Pierre Rostand Essomba, le footballer Stéphane Mbia aurait été quelque peu « secoué par la population. Il s’est retrouvé au centre ville de Yaoundé et la population est allée lui demander des comptes pour qu’il explique ce qui s’est passé au Brésil. Heureusement, les autorités sont venues le chercher parce que son véhicule avait déjà été pris en otage par la population. Benjamin Moukandjo a, lui aussi, failli se faire agresser ».
Face au danger qui pèse sur eux, la plupart des joueurs de la sélection officielle ont préféré partir en Europe.

L'équipe algérienne à l'entraînement au Brésil © AFP
L'équipe algérienne à l'entraînement au Brésil © AFP
Algérie : retour triomphal

Les Fennecs ont été accueillis en héros à leur retour du Brésil, le 2 juillet, après leur qualification historique en huitièmes de finale. L'Algérie est la seule nation africaine qui a pu profiter d’un accueil chaleureux de sa population. « A peine descendus de l’avion, les joueurs sont montés dans un bus à deux étages avec lequel ils ont fait le tour de la capitale. Pour les accueillir, des centaines de personnes les attendaient à l’aéroport et des milliers dans le centre ville » décrivait la correspondante de RFI, Leïla Beratto. Une célébration incontournable malgré la chaleur et le jeûne du Ramadan. « C’est sacré parce qu’ils ont ramené l’honneur et levé notre drapeau au Brésil. C’est bien de voir l’Algérie à la Coupe du monde. Maintenant, tout le monde connaît les Algériens » confie Sofiane, un supporter, à la journaliste. Ce jour-là, la télévision d’Etat avait même appelé son émission spéciale « merci héros ».

Jour de gloire également pour l’entraîneur bosnien de l’Algérie, Vahid Halilhodzic. A sa descente d’avion, il a reçu une longue accolade du Premier ministre Adbelmalek Sellal. La foule criait son nom et brandissait des pancartes sur lesquelles était écrit : « Reste encore Vahid ». Sur les réseaux sociaux, une pétition demandant son maintien en tant que coach circulait, et deux quotidiens algériens à fort tirage titraient « le peuple veut le maintien d’Halilhodzic ».

Il mènera peut-être les Fennecs jusqu'à la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) prévue en 2015 au Maroc. La Côte d’Ivoire, elle, devra trouver un nouvel entraîneur pour remplacer Lamouchi tandis que le Nigeria tentera de faire lever sa suspension dans les mois à venir.
Lors de cette compétition symbolique pour le continent, les équipes africaines, qualifiées pour le Mondial, devront prouver à leur nation que la Coupe du monde n’est qu’un lointain souvenir…