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Forum de Davos : la crise, quelle crise ?

Alors que s'ouvre ce mercredi en Suisse le Forum Economique Mondial de Davos, escapade dans le monde des grandes fortunes. Cette infime partie de l'humanité est en pleine croissance. Un enrichissement très perceptible malgré la crise. A moins que ce ne soit grâce à elle...

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Où vivent les très très riches ?

Le méga-yacht de Bernard Arnault “l'Amadeus“ : enregistré aux Iles Caïmans au nom d’une société domiciliée à Guernesey (île anglo-normande)
Le méga-yacht de Bernard Arnault “l'Amadeus“ : enregistré aux Iles Caïmans au nom d’une société domiciliée à Guernesey (île anglo-normande)

En 2009, au plus fort de la crise, le nombre de millionnaires avait augmenté dans le monde de 14% selon le rapport annuel «Global wealth 2010». Il y aurait un peu plus de 24 millions de millionnaires en dollars sur la planète : à peine 0,5% de la population possède donc 69.200 milliards de dollars, soit 35,56% de la richesse mondiale ! Les idées reçues à propos des plus riches et de leur pays d'origine ont la vie dure et une étude suisse vient les secouer : la France compte, par exemple, plus de millionnaires que le Royaume-uni  : 2,6 millions dans l'hexagone, contre 1,6 millions outre-manche. Si le nombre de "très riches" (possédant plus de 100 millions de dollars) est plus important en Allemagne ou en Angleterre qu'en France, celle-ci compte en son sein 9% de la totalité des millionnaires de la planète, ce qui la classe au troisième rang mondial derrière le Japon (3 millions de millionnaires) et les états-Unis, champions toutes catégories avec 41% des millionnaires de la planète, soit plus de 10 millions d'individus...

Qui est le très très riche de France ?

Bernard Arnault, quatrième fortune au monde : PDG français de l'entreprise de luxe LVMH.
Bernard Arnault, quatrième fortune au monde : PDG français de l'entreprise de luxe LVMH.
Le très très riche a 55 ans, est marié la plupart du temps (75%), a un enfant à charge et est propriétaire de son logement (entre 180 et 260 m2) dans 4/5ème des cas. 2/3 des très très riches habitent en Ile-de-France. Le très très riche est un homme dans 85% des cas, il n'était pas très très riche dans un cas sur deux avant 2004, puisque le nombre de personnes ayant déclaré plus de 500 000 euros entre 2004 et 2007 a augmenté au cours de cette période de...70% ! 

Etre riche, c'est rentable !

Pour combattre la crise des dettes souveraines les états européens seraient obligés, selon les gouvernants actuels, de réduire les dépenses par le biais de "sacrifices" de la part de leurs populations. Les hausses d'impôts indirects succèdent aux assouplissements des contrats de travail ou autres plans de réductions des coûts des services publics. Mais qu'en est-il des plus riches ? Quels efforts consentent-ils et que représentent-ils à l'échelle de la planète ou d'un continent comme l'Europe ? En France, une enquête de l'INSEE (institut des statistiques) entre 2004 et 2007 a permis de connaître le revenu moyen déclaré des 0,01% des français les plus riches. Il est de 1,2 million € par an. Ces personnes à très hauts revenus déclarent un taux d'imposition à 20%. Aux impôts viennent s’ajouter les prélèvements sociaux (CSG, CRDS) sur les revenus qui n’ont pas été prélevés à la source. Le taux global d'imposition devrait donc s'élever alors autour de 40% : il était en réalité inférieur à 25% en 2007 pour plus de 50% de ces très hauts revenus. Un quart des plus aisés a un taux d’imposition des revenus déclarés inférieur à 15 %, et plus d’un autre quart un taux d’imposition supérieur à 35 %. Le bouclier fiscal revendiqué par le chef de l'Etat pour corriger l'injustice faite aux grandes fortunes qui étaient censés (dans leur grande majorité) payer plus de la moitié de leurs revenus en impôts semble une mesure légèrement décalée vis à vis de la réalité établie par l'INSEE. 

Très très riche dans pays en crise...

Amancio Ortega Gaona, l'homme le plus riche d'Espagne
Amancio Ortega Gaona, l'homme le plus riche d'Espagne
En Espagne, Amancio Ortega Gaona, 77 ans, PDG de Zara, vient de gagner 2,73 milliards pour la seule année 2011 (ce qui porte sa fortune à près de 28 milliards d'euros), le leader mondial de la confection, Armancio Ortega, Emilio Botin, PDG de Santander, et une poignée d'autres grandes fortunes ont toutes accumulé des profits de plus de 2 milliards d'euros durant l'année écoulée. Au point qu'à eux seuls, la douzaine d'Espagnols les plus riches possède un patrimoine estimé à plus de 37 milliards d'euros, soit à peu près la somme que l'Espagne doit économiser (40 milliards d'euros) pour atteindre son objectif de réduction du déficit à 4,4%...

Signes extérieures de richesse

Rolls-Royce : année record du nombre de modèles vendus depuis la création de la firme en 1906.
Rolls-Royce : année record du nombre de modèles vendus depuis la création de la firme en 1906.
L'année 2011 a vu un record assez étonnant dans l'industrie automobile, mais pas n'importe quelle industrie automobile : Rolls-Royce a battu tous ses records de vente avec 3538 modèles vendus l'année dernière, soit une augmentation de 31% par rapport à 2010 ! La firme d'automobiles de luxes rachetée par BMW en 1998 à augmenté de 47% la vente de ses modèles sur le marché asiatique, 17% aux États Unis, et le plus surprenant : plus 30% au Royaume Uni, alors que le gouvernement britannique procède à une cure d'austérité sans commune mesure, cure qui impacte déjà les classes sociales les moins favorisées et laisse présager une crise sociale sans précédent. 


En conclusion

En France, Bernard Arnault, PDG de LVMH, est à la tête de 31,7 milliards d'euros : l'homme le plus riche d'Europe possède l'équivalent de 2,2 millions d'années de Smic et est désormais classé quatrième plus grande fortune de la planète derrière Carlos Slim, Bill Gates and Warren Buffett. L'industrie du luxe est en plein boum, comme viennent le confirmer les excellent résultats de l'entreprise phare de Monsieur Arnault, alors que chômage, récession, austérité et rigueur valsent à travers le vieux continent.  
Cette crise ne semble pas toucher les plus fortunés, elle paraît au contraire les stimuler. Le nombre de très riches, leurs achats de produits chers et inaccessibles au commun des mortels s'accentuent : une façon de combler leurs craintes face à l'angoisse d'un grand crack financier mondial ? Une forme d'investissement plus sûr ou bien une stratégie bien orchestrée qui échappe aux économies réelles ? 


A méditer...

La "crise financière" n'est peut-être pas simplement celle de la dette, comme le prix Nobel de l'économie Joseph Stiglitz l'explique depuis des mois, mais celle de la spéculation, du choc de "l'après Subprimes" et peut-être un peu plus encore : un très beau prétexte pour modifier la politique économique européenne dans son ensemble et aboutir à une suppression des anciens modèles sociaux ?  


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