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Campagne présidentielle française : Nicolas Dupont-Aignan rallie Marine Le Pen

(AP Photo/Michel Euler)

Nicolas Dupont-Aignan, le candidat de Debout la France au premier tour de l'élection présidentielle, a annoncé qu'il  "soutenait" Marine Le Pen pour le second tour. Il a passé avec elle un "accord de gouvernement". La chef de file du FN a déclaré : "présidente de la République, je nommerai Nicolas Dupont-Aignan Premier ministre de la France".

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 "Je soutiendrai Marine Le Pen, je ferai campagne même avec elle sur un projet de gouvernement élargi". Après plusieurs jours de tractations, c'est un ralliement historique qu'a annoncé hier Nicolas Dupont-Aignan, le candidat de Debout la France au premier tour de la présidentielle.
 

Au cours d'une conférence de presse commune avec le député-maire de Yerres (Essonne) à Paris ce samedi 29 avril 2017, Marine Le Pen a affirmé que : "Si elle était élue, elle nommerait Nicolas Dupont-Aignan Premier ministre". Elle a loué l'ex-candidat souverainiste, "un patriote", pour son soutien, et s'est dit "fière de cette alliance" pour "défendre main dans la main un projet commun" en vue du second tour.

La proposition initiale de Mme Le Pen de sortir de l'euro a été retirée du programme qu'elle a présenté avec son nouveau partenaire. Ce texte stipule désormais que "la transition de la monnaie unique à la monnaie commune européenne n'est pas un préalable à toute politique économique".

Le texte mentionne plutôt un calendrier "adapté" selon les priorités immédiates auxquels le futur gouvernement devra faire face. 
 

Hier, la chef de file du FN s'était réjouie de ce soutien via son compte twitter.

Emmanuel Macron épingle la "combine" de Marine Le Pen


En visite ce samedi sur une exploitation agricole d'Usseau (Vienne), le candidat d'En Marche a épinglé la "combine" de sa rivale, destinée, selon lui, à régler les "problèmes de crédibilité" de la candidate FN et de "financement" de son allié souverainiste.
 
 

Par ailleurs, Emmanuel Macron a réagi depuis la fin de matinée sur son compte twitter. Il a pointé la "clarification" et la "recomposition de la vie politique française" engendrée par cette annonce et appelé à ne pas céder à l'appel du FN.
Mais "est-ce qu'on peut penser une seule seconde que ce que vit la campagne, la ruralité, va être réglé par la combine de M. Dupont-Aignan et Mme Marine Le Pen ? Non", a ajouté l'ancien ministre de l'Economie.

Le programme du FN "propose de remettre la retraite à 60 ans, d'augmenter le nombre de fonctionnaires, de tout augmenter ! Et de baisser les impôts ! C'est de
la finance magique", a raillé M. Macron.

"Personne ne le dit mais à un moment quelqu'un va payer. La ruralité est un monde de bon sens. Donc soit il y a des impôts cachés, et ils vont vous arriver. Soit ça veut dire que ce sont vos enfants qui vont le payer. Bon courage", a-t-il poursuivi.

"Est-ce qu'en un seul point le projet de Mme Le Pen répond aux problèmes du quotidien" des agriculteurs ? "Non. Il le rendra plus difficile. Je veux leur ouvrir les yeux", a insisté le candidat d'En Marche.

Il a également renouvelé son souhait de lancer des "Etats généraux de l'alimentation dès le début du quinquennat" et un "plan d'investissements agricole de 5 milliards d'euros".

Condamnations et retraits

Le soutien de Nicolas Dupont-Aignan a tout de suite fait réagir hier au sein de Debout la France. Aussitôt l'interview de Nicolas Dupont-Aignan terminée, plusieurs d'entre eux ont quitté le parti. Tels Dominique Jamet, journaliste, écrivain et vice-président de DLF et Eric Anceau, le responsable du projet, qui ont signalé leur départ sur twitter.
               

Chez François Bayrou, soutien d'Emmanuel Macron, la réaction a été cinglante. "Dupont-Aignan: qu'on ose se dire gaulliste en faisant un tel choix, immense honte !", a-t-il tweeté.
 

"Le sous-marin du FN vient de faire surface", a accusé l'ancienne ministre LR Nathalie Kosciusko-Morizet. "Un vrai collabo", a abondé l'ancien ministre LR Dominique Bussereau.

SOS Racisme a condamné dans un communiqué diffusé dans la nuit de vendredi à samedi un ralliement qui marque "la fin d'un lent naufrage" pour Nicolas Dupont-Aignan. "C'est ainsi que celui qui se posait non sans immodestie comme un héritier du général de Gaulle vient finalement de rejoindre les héritiers politiques du maréchal Pétain", conclut l'association antiraciste.

FN : de l' "incompatible" au compatible


"Elle n'est pas d'extrême-droite pour moi" avait précisé hier le candidat souverainiste qui a obtenu 4,7% des voix dimanche dernier, soit un million de suffrages de plus qu'en 2012.

Il a ajouté : "J'aurais pu faire comme beaucoup de personnalités politiques, me laver les mains au second tour, l'intérêt personnel c'est de faire ça, l'intérêt de mon parti aussi, qui n'a jamais donné de consigne de vote. Mais je pense que la France est à la croisée des chemins". "Nous avons signé un accord de gouvernement avec une évolution de son programme, des éclaircissements, des ajouts de mon projet présidentiel" a-t-il poursuivi.

Une volte-face politique pour le souverainsite qui, en 2012, jugeait le FN "incompatible" avec lui.

"Il y a eu des propos qui ont évolué, c'est bien, mais l'arrière-boutique de Marine Le Pen ne correspond pas à la vitrine et son programme n'est pas sérieux", disait-il encore mi-février.

Cet accord a été annoncé le jour où le parti d'extrême droite changeait de président par intérim car Jean-François Jalkh, désigné en début de semaine, a été accusé d'avoir tenu des propos négationnistes, qu'il a démentis.

Interrogé sur une prise en charge par le FN de ses frais de campagne, cet accord "n'est pas une affaire d'argent", a assuré vendredi le souverainiste alors que beaucoup d'observateurs remarquaient que le candidat souverainiste était arrivé juste sous la barre des 5% déclenchant le remboursement intégral de ces frais par l'Etat.

Jean-Luc Mélenchon ne votera pas Front National

Dans une campagne de second tour mouvante, Jean-Luc Mélenchon, qui ne s'était pas exprimé depuis dimanche soir, a répliqué peu après sur sa chaîne YouTube.

"Tout le monde sait" qu'il ne votera "pas Front national" mais pas question de dire ce qu'il va faire en se rendant aux urnes le 7 mai : vote Macron, vote blanc ou vote nul.
 
Espérant rallier l'électorat de la France Insoumise, Marine Le Pen a elle aussi diffusé une vidéo hier postée sur Twitter. 

La candidate FN a lancé un appel aux 7 millions d'électeurs mélenchonistes à mettre "les querelles et les divergences de côté" et à "faire barrage à Emmanuel  Macron" au second tour le 7 mai.

Quant à François Hollande, de passage à Bruxelles ce samedi au cours de l'une de ses dernières visites en tant que président, il a estimé que ce second tour serait "un choix européen" soulignant que les Français avaient "tout à gagner à rester dans l'Union européenne".