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France-élections : "C'est la victoire de Sarkozy"

Selon les décomptes du ministère de l’intérieur, l'UMP et ses alliés sont en tête dans 40,38 % des cantons (829 cantons), et les divers droite dans 9,60 % (197) ; le PS et ses alliés dans 25,82 % des cantons (530 cantons), et les divers gauche dans 4,38 % (90 cantons). Le FN, quant à lui, est en tête dans 343 cantons, soit 16,71 % des cantons.
Selon les décomptes du ministère de l’intérieur, l'UMP et ses alliés sont en tête dans 40,38 % des cantons (829 cantons), et les divers droite dans 9,60 % (197) ; le PS et ses alliés dans 25,82 % des cantons (530 cantons), et les divers gauche dans 4,38 % (90 cantons). Le FN, quant à lui, est en tête dans 343 cantons, soit 16,71 % des cantons.
(AP Photo/Michel Spingler)

Quelle lecture peut-on faire de ce premier tour des élections départementales françaises ? Analyse de  Bruno Cautrès, chercheur au centre de recherche politique de Sciences Po et au CNRS

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Vague bleu et non "bleu-Marine" comme annoncée, le premier tour de ces élections départementales aura vu le retour en force de l'UMP comme force politique française. Les éditorialistes estiment que le pouvoir socialiste a essuyé dimanche une "raclée monumentale".

Ils  attribuent l'origine de celle-ci à un "mécontentement profond du pays à l'égard d'une politique joliment promise et tristement trahie" peut on ainsi lire dans l'Humanité sous la plume de Patrick Apel-Muller.

Reste que ce premier tour de scrutin est considéré comme l'avant-dernier tour de chauffe avant des régionales fin 2015 et la prochaine présidentielle de 2017.

Analyse de Bruno Cautrès, chercheur au CEVIPOF, qui voit également le retour majeur de l'ancien président Nicolas Sarkozy.


Quelle lecture faites vous de ce premier tour des élections départementales ?

 

(photo F.V.)

Avant, tout, c'est la victoire très claire de l'UMP qui est, en creux, la victoire de Nicolas Sarkozy malgré tous les enjeux réels de politique locale, de l'architecture territoriale française qui est en plein devenir etc. C'est la perspective des élections de 2017 et, pour ce qui concerne Nicolas Sarkozy, la perspective des primaires de 2016. Dans cette perspective, le premier tour des élections départementales d'hier lui a permis  d'enclencher quelque chose, de marquer une étape très importante. On avait beaucoup dit que le démarrage de sa présidence de l'UMP était douloureux, qu'au fond "la magie Sarkozy" n'opérait plus, qu'il avait pris un coup de vieux etc. et on voyait hier, dans l'attitude générale de Nicolas Sarkozy, que le goût de la victoire était en train de lui revenir assez fortement.

Le Front National a totalisé 25% et ce sont des chiffres nets, sans association avec aucun autre parti...

C'est le deuxième phénomène qui est très marquant qui confirme (même si les sondages avaient surestimé le vote pour les candidats du Front National) que le système français, la vie politique française est durablement installé dans ce tripartisme de l'espace politique. Le Front National a présenté des candidats partout, il obtient d'excellents résultats dans de nombreux cantons, sa géographie reste avec des zones de force (le nord-est, le sud-est de la France...), comme on l'avait vu lors de la présidentielle en 2012 où Marine Le Pen avait obtenu des résultats importants dans des régions très diversifiées, avec une pénétration dans le milieu rural en particulier. On voit là, à nouveau, une véritable nationalisation du phénomène Front National.

C'est un vrai tremplin ?

Marine Le Pen et le Front National confirment qu'ils sont à un haut niveau. Il y a une stabilité par apport aux élections européennes d'il y a un an mais il y a un bond de dix pour cent par apport aux cantonales de 2011. Peut-être que la vague bleu-marine n'a pas eu lieu et qu'e l'on peut parler d'une vague bleu-horizon mais le phénomène bleu-marine et le phénomène bleu-horizon, la dynamique de Marine Le Pen est tout à fait confirmée.

Concernant la gauche, la voici désormais sur les rails de la défaite ?

Au fond, si on fait le total des voix de gauche, toutes tendances confondues, ce qui en soit est un point qui mériterait discussion, l'éclatement des candidatures correspond à des divergences réelles à l'intérieur de la gauche sur la politique économique de Valls et de Macron en particulier, mais donc si l'on fait le total des voix obtenues par les différents candidats de la gauche, effectivement, il n'est pas très éloigné du total par tous les candidats de la droite. Sauf qu'entretemps, il y a le Front National et qu'au fond, aujourdhui, le parti qui dirige le gouvernement, le parti qui a remporté une présidentielle il n'y a même pas trois ans aujourd'hui, a obtenu un score relativement faible. Il va perdre un nombre d'élus et de départements considérable avec des départements-symbole qui étaient tenus par la gauche (Ile de France, Centre de la France, mais aussi la Corrèze, l'Essone, la région Rhone-Alpes..). Cela représente un vote-sanction pour la Parti Socialiste