Saccage d'une salle de prière musulmane en Corse : l'indignation

Corse émeutes
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Une salle de prière musulmane saccagée, des exemplaires du Coran brûlés : près de 300 personnes ont envahi vendredi une cité d'Ajaccio, où deux pompiers et un policier avaient été blessés la nuit précédente. Dimanche, deux suspects ont été interpellés et devraient être déférés d'ici mardi.

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Ce dimanche après-midi, quelque 300 manifestants étaient bloqués à l'entrée du quartier des Jardins de l'Empereur à Ajaccio, sanctuarisé par un important dispositif de police - 150 hommes, interdisent l'entrée de ce quartier populaire. Deux suspects ont également été interpellés. Dans la nuit de samedi à dimanche, le préfet de Corse, Christophe Mirmand, a pris un arrêté d'interdiction de manifester et de se rassembler dans le quartier, qui restera en vigueur au moins jusqu'au 4 janvier.

Les incidents justifiant une telle décision ont débuté dans la nuit de jeudi à vendredi, avec un incendie "volontairement allumé" dans les Jardins de l'Empereur, une cité populaire sur les hauteurs de la ville, "pour attirer les forces de l'ordre et les pompiers dans un guet-apens", selon le sous-préfet François Lalanne. Deux pompiers, puis un policier, ont été blessés par des jets de projectiles.

"Arabi fora !"

Vendredi, une manifestation pacifique de soutien aux pompiers et policiers a rassemblé quelque 600 personnes devant la préfecture d'Ajaccio, et puis en fin de journée, environ 300 d'entre elles ont rejoint le quartier des Jardins de l'Empereur.
Scandant pour certains "Arabi fora !" ("les Arabes dehors", ndlr) ou "On est chez nous !", dans une ambiance particulièrement tendue, ces manifestants ont d'abord affirmé vouloir retrouver les auteurs de l'agression de la veille. 

Un petit groupe s'est ensuite détaché pour saccager une salle de prière musulmane. Les casseurs ont tenté de mettre le feu, puis n'y parvenant pas, ont cherché à brûler une cinquantaine de livres, dont des exemplaires du Coran. Un restaurant kébab a été également dégradé. 

Condamnations

Ce saccage a suscité une vague de condamnations, dans l'île comme sur le continent. Le Premier ministre Manuel Valls a dénoncé une agression intolérable et une profanation inacceptable :


Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a évoqué, quant à lui, des "exactions intolérables aux relents de racisme et de xénophobie qui ne sauraient rester impunies tant elles portent atteinte aux valeurs mêmes de la République".


"Tout le monde doit réagir !", réagit le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis.
 


Le Front national, au contraire, estime que "quand les citoyens ont le sentiment légitime que l'Etat ne fait plus régner l'ordre républicain, quand ils voient des pompiers et des policiers pris en embuscade dans un des innombrables ghettos que compte la France, il y a le risque évident qu'ils veuillent se faire justice eux-mêmes, et que des violences malheureusement s'en suivent".

Inacceptable, pour les Corses aussi

Le préfet de Corse, Christophe Mirmand, affirme que "tous les moyens" sont mis en oeuvre pour retrouver les auteurs des violences contre les pompiers ajoutant que les "menaces de ce (vendredi) soir n'étaient pas acceptables".

Les dirigeants nationalistes, qui viennent de prendre les rênes de la collectivité territoriale de Corse, ont aussi fermement dénoncés ces violences : le président du conseil exécutif, Gilles Simeoni a condamné "des actes racistes complètement contraires à la Corse que nous voulons", après avoir affiché son soutien aux pompiers blessés, comme l'avait également fait le président de l'assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni.

Enfin, de nombreux Ajacciens, qui avaient pris part à la manifestation devant la préfecture vendredi, ont vivement déploré ces débordements dès qu'ils ont appris l'attaque de la salle de prière: "c'est pas le propos, c'est pas le débat", a dit l'un d'eux à une correspondante de l'AFP.

La communauté musulmane consternée

L'Observatoire national contre l'islamophobie du Conseil français du culte musulman (CFCM) a lui dénoncé une agression "qui se déroule en un jour de prière pour les musulmans et pour les chrétiens". Cette année, Noël tombe juste après le Mouled, la fête musulmane qui commémore la naissance du prophète Mahomet. 
Dalil Boubakeur, le recteur de la Grande mosquée de Paris, s'est dit, "consterné et attristé" et a lancé un appel au "calme, au sang-froid et à l'apaisement".

Nouvelle manifestation 

"On est toujours là", scandaient samedi après-midi une centaine de manifestants venus dans un quartier d'Ajaccio, au lendemain du saccage d'une salle de prière musulmane en marge d'une première manifestation.

Un dispositif conséquent de gendarmes mobiles et CRS veillait à empêcher tout débordement dans le quartier des Jardins de l’Empereur. Les portes vitrées de trois halls d'entrée ont pourtant été brisées à coup de pierre par un manifestant.

André Paccou, président de la Ligue des Droits de l'Homme en Corse du sud, revient sur les événements :

André Paccou
©TV5MONDE/propos recueillis par Estelle Martin