France : l'affaire Woerth vue d'ailleurs

L'affaire Woerth-Bettencourt agite la classe politique française depuis près de 3 mois. Le ministre français du Travail, de la Solidarité et de la Fonction publique Éric Woerth est au cœur d'une polémique, du fait de révélations successives de la part de plusieurs médias en France.

Cumul de fonctions, soupçons de conflits d'intérêt, autant de critiques formulées à l'égard d'Éric Woerth qui, soutenu par Nicolas Sarkozy et son gouvernement refuse de démissionner.

Comment cette situation politique est-elle perçue ailleurs en Europe ? Décryptage avec Jon Henley du Guardian.



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Évidemment, les hommes et les femmes politiques en Grande Bretagne ne sont pas tous blancs comme neige : le scandale des notes de frais des députés l'année dernière le démontre assez bien.
Mais, une fois impliqués dans un scandale, ne serait-ce même qu'un fumet de scandale, le bon sens, en général, leur commande de le reconnaître, et de partir.
Et s'ils ne s'en vont pas de leur propre gré, c'est leur parti qui l'exige. Pour le bien, sinon de la politique, du moins de leur propre camp.
Quelques cas récents : David Laws, unanimement respecté, nouveau ministre du Trésor de la toute nouvelle coalition, a démissionné en mai dernier. Son crime ? Avoir réclamé le remboursement du loyer chez un logeur qui n'était autre que son partenaire intime (il avait agi ainsi, insistait-il, essentiellement pour préserver sa vie privée).
Auparavant, une bonne demi-douzaine de ministres (parmi eux Peter Hain, David Blunkett et Peter Mandelson) ont démissionné suite à des affaires de sous (contributions électorales douteuses, conflits d'intérêt réels ou potentiels, prêts ou dons non déclarés), bien moins importantes que celle de Monsieur Éric Woerth.
La palme de la probité va certainement a cette ministre finlandaise qui avait (sans rires) offert sa démission tout simplement pour avoir payé avec sa carte bleue de fonction un paquet de couches et une tablette de chocolat pour son fils.
Vu d'ailleurs, le comportement de Mr. Woerth semble bien étrange. Ministre du Budget (et trésorier du parti présidentiel), il demande pour son épouse un emploi à la société qui gère une partie de la fortune de la plus riche femme de France, elle-même en délicatesse avec le fisc.
Vient la matérialisation du conflit d'intérêt au cœur de cette situation : la femme la plus riche de France fait don au ministre, par l'intermédiaire de son gestionnaire de patrimoine, d'une somme d'argent dépassant le plafond légal pendant la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007.
Et le comble, on vient d'apprendre que pendant cette même campagne, Mr Woerth avait écrit au futur président pour demander l'attribution de la Légion d'honneur a ce même intermédiaire, grand donateur de l'UMP.
Tout au long du feuilleton de l'été, Éric Woerth a démenti (et, semble-t-il maintenant, pas mal menti). Et même si son épouse ne travaille plus pour Madame Bettencourt et si lui-même n'est plus trésorier de l'UMP, il reste un ministre de la République.
Même si la présomption d'innocence s'applique aussi aux hauts responsables politiques, il reste que face à une telle montagne de soupçons, de rumeurs, d'indications, d'enregistrements, de lettres, de vérités partielles, de mensonges, d'erreurs de jugement manifestes et monumentales, dans beaucoup de pays occidentaux, Éric Woerth aurait déjà démissionné ou bien des membres de son parti l'auraient poussé à le faire. Mais en France, dans les hautes sphères du moins, on pense autrement.

À Propos de Jon Henley

Jon Henley est éditorialiste au quotidien britannique The Guardian. Il a été auparavant correspondant en Scandinavie, à Amsterdam, à Bruxelles et plus récemment à Paris jusqu'en 2006, pour ce journal proche des travaillistes.