Info

France : la police de l'Internet

Violences contre un adolescent handicapé mental perpétrées par d'autres jeunes ; maltraitances d'un chat, animal super star du web... Ces vidéos ont suscité l'indignation ces derniers jours en France. Elles ont fait les gros titres des journaux et entraîné des poursuites judiciaires contre les auteurs de ces comportements violents. La population semble avoir découvert, à l'occasion, qu'une police du web pouvait gendarmer les internautes au-delà de la toile.

dans
Ce chat n’aura fait rire personne. Lolcats (images de chats accompagnées d'une phrase drôle, lien en anglais) ou vidéos humoristiques ont beau être les stars du web, cette fois, un internaute est allé trop loin en filmant, à Marseille, ses prouesses avec un chat.

Farid Ghilas, 24 ans, l’a reconnu lors de son audience en comparution immédiate lundi 3 février : "Je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai fait le con, je regrette." Sa faute ? S’être filmé en train de lancer en l'air un petit chat blanc et roux de 5 mois prénommé Oscar, croisé sur son chemin. Le chaton qui est retombé à plusieurs reprises sur le sol de béton a été retrouvé vivant, très traumatisé et avec une patte cassée.

Si les cascades des chats font de gros succès sur la toile, cette maltraitance a, cette fois, scandalisé les défenseurs des animaux qui étaient présents lors de l’audience de lundi 3 février et qui se sont constituées parties civiles (fondations Brigitte Bardot, 30 millions d’amis, SPA, etc).

Déjà condamné à huit reprises et incarcéré auparavant pour des faits de violence, Farid Ghilas a écopé d’un an de prison ferme. Une peine à la hauteur de la consternation populaire ? "Il a agi avec une perversité particulière et un sadisme marqué qui a révulsé la planète entière", a souligné dans son réquisitoire le procureur Emmanuel Merlin. La vidéo des exploits de Farid publiée sur Youtube a, en effet, cristallisé la colère des internautes.

Le chat maltraité dans la vidéo / capture d'écran
Le chat maltraité dans la vidéo / capture d'écran
Violence

Tout comme celle diffusée sur Facebook, mettant en scène quatre adolescents (12, 14, 15 et 16 ans) qui agressent, dimanche 2 février,dans l’Isère, un cinquième mineur handicapé mental. Sur les images qui ont provoqué l’ire des internautes dans l’Hexagone, on y voit les adolescents pousser le jeune handicapé dans l’eau. Mercredi 5 février, les deux adolescents de 14 et 15 ans ont été mis en examen pour "violences sur personne vulnérable en réunion" et "enregistrement et diffusion d‘images de violence". Quant à celui de 16 ans, il a été mis en examen pour "complicité". Tous ont été placés sous contrôle judiciaire et encourent 5 ans d’emprisonnement, ainsi que 75 000 euros d’amende. 

Dans le cas de ces mineurs, comme dans celui de Farid Ghilas, c’est le signalement des vidéos sur un site du gouvernement répondant à l’acronyme de PHAROS que le public et les médias ont pu s’emparer du débat sur le caractère violent de ces vidéos et des actes perpétrés. Internet n’est pas qu’un monde virtuel. Ces dernières décisions de justice montrent que la vie sur la toile a des répercussions dans le monde - bien réel- des justiciables.

Capture d'écran du site PHAROS
Capture d'écran du site PHAROS
Police du web

Ces derniers jours, en effet, la Plateforme d'Harmonisation, d'Analyse, de Recoupement et d'Orientation des Signalements (PHAROS) s’est révélée être un outil efficace. Derrière, il y a les flics du web. N’importe quel internaute peut se servir de ce site pour "transmettre des signalements de contenus ou de comportements illicites (punis ou interdits par la loi française, ndlr) auxquels vous vous seriez retrouvés confrontés au cours de votre utilisation d'Internet," pour que tout le monde puisse jouir d’Internet comme d’un espace de liberté où chacun peut communiquer et s'épanouir", lit-on sur le site internet gouvernemental.

Une plateforme que beaucoup de Français semblent découvrir, ces derniers jours, et qui dépend de la Direction Centrale de la Police Judiciaire. Pourtant, depuis sa création, en 2009, le site enregistre un nombre croissant de signalements, passant de 53 000 la première année à près de 124 000 en 2013. "C’est beaucoup" et "c’est le reflet de l’évolution de la société et du développement des réseaux sociaux", souligne la commissaire Valérie Maldonado à l’AFP. Elle dirige l’Office central de Lutte contre les Crimes liés aux technologies de l’information.

Le service PHAROS compte une douzaine de policiers et de gendarmes qui traitent quotidiennement les doléances des internautes : 56% pour escroqueries par Internet, 12% de propos à connotations racistes et 10% d’affaires pédopornographiques. En 2013, 500 enquêtes ont été ouvertes dès que "le contenu ou le comportement signalé est illicite", est-il précisé sur le site de PHAROS. Mais cette police du web ne traite pas les affaires urgentes (accident, incendie, etc.) pour lesquelles le numéro 17 est à utiliser.

Les suites à donner à un signalement se compliquent quand il s’agit d’un contenu diffusé sur un réseau social qui ne dépend pas du droit français comme Twitter ou Facebook (lire notre article sur la censure). La requête sera alors transmise à Interpol.

Ces deux cas de vidéos qui ont fait beaucoup de bruit dans les médias, et la répercussion de leurs contenus devant les cours de justice, montrent bien que la liberté sur Internet à des limites. Comment les poser et les faire respecter sans tomber dans la censure comme les internautes la connaissent parfois sur Facebook ? Difficile équilibre démocratique à trouver. Toujours est-il que la police bénéficie désormais, aussi, de la toile pour traquer les délits.