France : la RATP aide la police à déplacer des Roms

Des Roms isolés dans un wagon de tram, escortés par des policiers : suite à une évacuation de camp en banlieue parisienne, les ONG, les syndicats et des élus de gauche protestent contre une intervention jugée excessivement violente et une association entre les chemins de fer et les forces de l'ordre qui rappelle de mauvais souvenirs.

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Des Roms évacués le 6 juillet 2010 d'un camp du Hanul en Seine-Saint-Denis (AFP)
Des Roms évacués le 6 juillet 2010 d'un camp du Hanul en Seine-Saint-Denis (AFP)
Mercredi matin, alors que la police tentait d'évacuer un camp de Roms en Seine Saint-Denis par tramway, la RATP (société responsable des transports d'Ile de France) a déployé une rame à part, un « convoi spécial » qui a directement emmené 70 Roms jusqu'à la gare RER de Noisy-le-Sec.

L'ONG Médecins du Monde, qui travaille sur ce camp, a réussi à contacter certains des Roms. Selon eux, ils auraient été escortés de force dans le RER, puis dans un train de banlieue, avant de pouvoir sortir dans un endroit qu'ils ne reconnaissaient pas. Parmi les déplacés qui n'ont pas encore été retrouvés, l'ONG décompte un jeune mineur séparé de son oncle et un diabétique parti sans son insuline.

L'action policière a provoqué des réactions fortes : « L’inhumanité et la brutalité de cette opération, mue par des considérations sécuritaires, est absolument condamnable », a affirmé Jean-Paul Huchon, président du Conseil Régional Ile-de-France (PS) dans un communiqué avant de s'exprimer sur Twitter. Pour la secrétaire nationale d'Europe Ecologie les Verts, Cécile Duflot, « l'opération rappelle les heures les plus sombres de notre histoire et réveille en nous une monstrueuse évocation. »

A la RATP, la décision aurait été prise par un cadre isolé, pour « minimiser les troubles et les retards pour les usagers » causés par l'arrivée massive des Roms. Philippe Touzet, délégué central de Sud RATP, interrogé par France Info, a affirmé : « On n'a pas à participer à ce genre d'opérations, qu'ils s'organisent autrement, ce n'est pas à la RATP de travailler pour la police ! » avant de rappeler que la gare de Bobigny avait été un point de déportation pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le ministère de l'Intérieur a assuré, ce jeudi après-midi, que « les policiers n'avaient pas utilisé la force pour évacuer le campement. De la même manière, ils n'ont pas forcé les 150 ressortissants roumains à emprunter un RER, ceux-ci sont montés volontairement à bord de la rame mise à disposition par la RATP ». Pour le ministère, les propos des élus de gauche sont « des amalgames odieux et des allégations mensongères ».

Un responsable du service presse de Médecins du Monde répond : « Tous les Roms maintiennent qu'ils ont été empêchés de sortir du train. Pourquoi est-ce qu'ils seraient restés aussi longtemps s'ils avaient pu descendre ? »