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France-loto : les millionaires généreux

Donner à des associations 50 millions d'euros sur un gain perçu de 72 ? Un geste inédit mais pas exceptionnel
Donner à des associations 50 millions d'euros sur un gain perçu de 72 ? Un geste inédit mais pas exceptionnel
(AFP/Pedro Armestre)

Qui est-il ? Qui est ce gagnant de l'Euro Millions qui promet de donner  50 millions à une dizaine de grandes associations nationales ? Il s'agirait d'un homme, sans enfant,  d'une cinquantaine d'années. Sous couvert d'anonymat, le gagnant a expliqué que son geste était juste guidé par " une fibre solidaire ". Le don, inédit par son ampleur, n'est cependant pas exceptionnel. Il rappelle d'autres belles histoires, en France et dans le monde.

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La fibre solidaire

En février dernier, il avait  validé son ticket à l'Euro Millions et décroché le jackpot : 72 149 579 euros, le septième gain de l'histoire ! L'homme, que l'on dit âgé d'une cinquantaine d'années et sans enfant, aurait hésité plusieurs jours avant de se manifester pour encaisser cette somme. En faisant cette confidence à la Française des Jeux (FDJ), l'entreprise publique qui gère le monopole des jeux de loterie et de paris sportifs, le gagnant aurait précisé qu'il ne demandait ni contre-partie, ni publicité et que ses motivations n'étaient pas guidées que par "une fibre solidaire'. En validant son bulletin, l'heureux joueur ne disposait que d'une chance sur 116 531 800 de cocher les sept bon numéros ! Ce n'est pas le cas de l'Etat Français, qui, lui, rafle la mise à chaque fois. Sous forme d'impôts et de taxes, le ministère des Finances, en 2013, a vu revenir dans ses caisses plus de trois milliards d'euros.
Et le geste de ce gagnant anonyme, inédit par son ampleur, n'est cependant pas exceptionnel. Et les gagnants du loto trainent avec eux certains petits secrets.

Souvent, ne partager que le secret du gain
Souvent, ne partager que le secret du gain
(AFP)
Des banquiers soudain aux petits soins

Les sociologues français Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot ont publié une enquête sur le profil de ces gagnants. Dans leur ouvrage (Les Millionnaires de la chance, chez Payot & Rivages), les auteurs livrent des détails, souvent cocasses, sur un embarras aussi soudain que crucial : que faire du ticket gagnant avant de le remettre à la Française des Jeux  ? Et d'évoquer ce gagnant anxieux qui "garda le papier magique dans la poche de son pantalon, qu'il ne quitta pas pendant plusieurs jours, y compris la nuit. Il craignait par-dessus tout un incendie qui aurait exigé une fuite rapide".  Et cet autre nouveau millionnaire, précautionneux, qui installa  le ticket au frais, "protégé par une pochette de congélation, dans sa cave à vins, dissimulé sous des bouteilles qu'il venait soulever religieusement chaque matin pour vérifier sa présence." Une fois l'argent perçu, les apprentis millionnaires n'aiment rien tant que se retrouver entre eux : " Le plaisir de l'entre-soi, qui permet de partager le secret du gain, est manifeste ", constatent les auteurs qui précisent, avec une certaine gourmandise, que dans ces réunions entre nouveaux riches : " Chacun faisait part de son expérience, racontant les difficultés rencontrées et les joies du pouvoir acquis sur des banquiers, qui étaient autrefois jugés bien méprisants et qui sont maintenant aux petits soins pour eux." Et puis, il y a la possibilité de se faire plaisir, enfin débarrassé du spectre de la précarité, et de faire preuve de générosité. Les initiatives sont nombreuses.

Avoir les boules n'est pas toujours signe d'inquiétude
Avoir les boules n'est pas toujours signe d'inquiétude
(AFP)
"Je suis heureux de redonner"

En 2008, Michel gagne 50 millions d'euros à Saint Michel (Charente). Quelques jours plus tard, il remet un chèque de 400 000 euros au maire pour permettre la création d'un espace culturel et payer les dettes de la maison de retraite. A la rentrée 2009, il paye les cartes de cantine de tous les enfants du village. Depuis, il renouvelle l'opération tous les ans... Plus prêt de nous, en  avril 2013, une joueuse empoche 26 millions d'euros dans la région de Boulogne-sur-mer. Cette femme en difficulté avait été aidée par l'antenne locale de la Croix-Rouge et elle annonce qu'elle va à son tour soutenir la Croix-Rouge.
En mai 2013, Tom Crist, ex-directeur général d’une entreprise d'équipement électrique est un retraité canadien paisible. Il vit à Calgary, dans la province d’Alberta. Un jour, lors d'une partie de golf, il reçoit un coup de fil de la société de loterie canadienne qui lui annonce l'heureuse nouvelle. L'homme n'hésite pas. Estimant qu'il n'a pas besoin d'argent, il déclare qu'il reversera  l'intégralité de sa cagnotte de 28 millions d'euros à des œuvres de charité : la  Société canadienne du cancer ainsi qu'à un établissement de santé local qui a soigné sa femme, emportée par la maladie l'année précédente. Il explique sa démarche à Radio-Canada : " Nous avons perdu une femme, une mère, une grand-mère ". Je n'ai pas besoin de cet argent pour vivre. J'ai de la chance. Je suis heureux d'avoir gagné l'argent. Et je suis heureux d'être en mesure de le redonner". Tout de même embarrassé, Tom Crist a attendu le dernier moment pour  faire  part de sa décision à ses enfants. Mais son fils Dallas a ainsi salué le geste de son père : " Il est notre modèle. C’est ringard et cliché, mais c’est vrai ".
En France, les impôts étant prélevés sur les enjeux, les gains du loto ne sont pas imposables. Mais les heureux gagnants rejoignent dès l'année suivante le club des quelque 300.000 français assujettis à l’impôt sur la Fortune (ISF).