France : mort de Charles Pasqua

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<span lang="fr">L'ancien ministre français de l'Intérieur Charles Pasque assistant à une cérémonie près de la mairie de Levallois- Perret , près de Paris , le lundi 2 Mars 2009.</span></pre>
L'ancien ministre français de l'Intérieur Charles Pasque assistant à une cérémonie près de la mairie de Levallois- Perret , près de Paris , le lundi 2 Mars 2009.
(AP Photo/Remy de la Mauviniere)

L'ancien ministre français Charles Pasqua est décédé brutalement ce lundi 29 juin, à l'âge de 88 ans, des suites d'un accident cardiaque. Retour sur une vie politique haute en couleur

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"Il s’est éteint à l’hôpital Foch de Suresnes dans les Hauts-de-Seine, où il résidait, dans ce département qu’il avait façonné par sa ferme volonté d’inscrire l’action politique en réalisations concrètes et ambitieuses. Il est toujours resté fidèle à son engagement gaulliste dans la Résistance contre l’occupant nazi. Pour lui, la politique était un combat au service de la France, dans la fidélité à ses compagnons, dans le respect de ses adversaires dès lors qu’ils étaient animés, comme lui, par la conviction et le courage. (...) Seules les offenses faites à la France et à l’honneur ternissaient son regard bienveillant face à toutes les épreuves. Il aurait souhaité en ce jour si douloureux pour nous que ses amis ne cèdent pas au chagrin mais gardent de lui une image fidèle et que, pour lui, ils perpétuent son dévouement à une certaine idée de la France."".Cette information, la famille l'a d'abord fait parvenir au Point.fr.

La disparition de cette figure politique française, sorte de raminagrobis redoutable et rigolard,  marque incontestablement la fin d'une époque. Charles Pasqua, petit-fils de berger corse, né à Grasse, dans les Alpes-Maritimes, en 1927, était l'homme des réseaux et des coups souvent tordus.


Résistant à 15 ans, gauliste de la première heure, il commence sa  carrière politique... chez  Ricard, le célèbre fabricant de pastis. " Mon père avait été nommé dans la police à Marseille et je faisais des petits boulots de plagiste. Un ami m’a conseillé de postuler chez Ricard. J’ai eu un coup de chance, j’ai été reçu par Paul Ricard lui-même. Dans son bureau, il m’a demandé de mimer une scène de vente. Ma prestation a dû lui plaire. Quinze jours plus tard j’étais pris à l’essai." dira -t-il lors d'une interview au JDD.

Il revendiquera ses années très formatrices : "Je ne serais jamais devenu ce que je suis devenu si je n’avais pas travaillé avec Paul Ricard. C’était un meneur, un animateur exceptionnel, bien sûr, avec ses outrances, mais il ne peut pas ne pas y avoir d’outrances."


L'outrance ? Les bons mots ? Comment mettre une salle dans sa poche ? Autant de leçons  qu'il n'oubliera jamais. Charles Pasqua apprend vite. En 1955, il est inspecteur des ventes, en 1960 le voici directeur régional, trois ans plus tard directeur export, et, en 1967, numéro 2.

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	En octobre 1988, il dépose pour la seconde fois avec plusieurs autres sénateurs une proposition de loi « relative au rétablissement de la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Peine_de_mort" title="Peine de mort">peine de mort</a> ainsi que pour la protection des fonctionnaires de sécurité et de justice »</div>
En octobre 1988, il dépose pour la seconde fois avec plusieurs autres sénateurs une proposition de loi « relative au rétablissement de la peine de mort ainsi que pour la protection des fonctionnaires de sécurité et de justice »
(AP Photo/Christophe Ena)


 

Pasqua, votre façon de parler est un handicap

Mais la politique le démange. Avec Jacques Foccart et Achille Peretti, il fonde le Service d'Action Civique (SAC), de sinistre mémoire. Fini la bonhommie et les bons mots. Charles Pasqua est un homme à poigne, partisan de méthodes musclées et  pas très regardant sur ses asscociés qui  font le coup de poing. Le SAC lutte contre l'OAS qui n'accepte pas l'indépendance de l'Algérie."Le vrai patron, dira-t-il, c'était Jacques Foccart. C'était une résurgence du service d'ordre du RPF, constitué de nombreux anciens de la France libre. Ça n'avait rien d'un nid de barbouzes ! "


En 1968, il s'installe politiquement dans les Haut-de-Seine. Le voici député UDR, puis sénateur et président du conseil général. Très vite, les journalistes raffolent de ce bonhomme un peu pagnolesque, toujours "bon client", disponible, et souvent drôle y compris quand il pratique avec un art consommé une étourdissante langue de bois. Il joue avec son accent marseillais, et Pompidou s'en étonne. Selon Pasqua, le Premier ministre lui aurait dit :  "Jeune homme, vous avez des qualités et un bel avenir devant vous. Mais votre façon de parler est un handicap. Certains de vos collègues suivent des cours de diction..." Ce à quoi Pasqua aurait répondu : "Monsieur le Premier ministre, vous pouvez tout me demander, mais ça, jamais ! "

"la démocratie s'arrête là où commence l'intérêt de l'État " affirmait Charles Pasqua. Ici, le 12 novembre 2009, en pleine affaire de "l'Angolagate"
"la démocratie s'arrête là où commence l'intérêt de l'État " affirmait Charles Pasqua. Ici, le 12 novembre 2009, en pleine affaire de "l'Angolagate"
(AP Photo/Christophe Ena)
Avec Jacques Chirac, il lance le RPR en 1976, véritable machine électorale. "Je l'ai aidé à construire le RPR sur les ruines de l'UDR. La campagne de Chaban n'avait laissé que des dettes. Chirac, lui, s'était laissé fasciner par Giscard, qui lui avait offert Matignon en échange de son soutien à la présidentielle de 1974."

 

En 1983, il pense succéder à Achille Peretti en qualité de maire de Neuilly sur Seine, où habite tous le gratin politique et artistique de Paris. Mauvaise pioche. Sur la dernière ligne droite, il se fait doubler par un jeune ambitieux de 28 ans, un certain Nicolas Sarkozy. Il se rattrape peu après et devient le premier flic de France en acceptant d'être le ministre de 'Intérieur du premier gouvernement de cohabitation (1986-1988). Sa méthode ne fait pas dans la demie-mesure : d'abord une politique sécuritaire et puis repression maximum lors des manifestations étudiantes opposées à la loi Devaquet, une loi qui allait dans le sens d’une plus grande libéralisation, notamment dans l’enseignement supérieur.

La répression  se soldera par la mort du jeune Malik Oussekine, tabassé jusqu'à en perdre la vie. Il durcit les lois sur l'immigration et s'engage contre le terrorisme. En marquant des points : arrestation du terroriste Carlos et, en décembre 1994, le succès de l'opération du GIGN sur l'aéroport de Marseille, pour " neutraliser " un commando du GIA ayant détourné un Airbus parti d'Alger.

La politique ?  A coup de pieds dans les couilles !

Lors de l'élection présidentielle de 1995, Charles Pasqua préfère Edouard Balladur à Jacques Chirac. Mauvaise pioche. Chirac remporte l'élection. Puis son nom réaparait dans diverses affaires (HLM de Paris, affaire des ventes d'armes à l'Angola etc.).

Ses mots rebondissent de salles de rédactions en plateau TV :
" Les promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent ", " la politique, çà se fait à coups de pied dans les couilles ". mais, usé par les affaires et miné par une actualité plus judiciaire que politique, son champs d'influence diminue. En janvier 2013,
Charles Pasqua était condamné  à deux ans de prison avec sursis avec amende de 150 000 euros et deux ans d'inégilibilité par le tribunal correctionnel de Versailles pour détournement de fonds de la fondation d'art Hamon.
 
Charles Pasqua emporte dans sa tombe nombre de secrets sur un demi siècle d'une vie politique pratiquée en parfait autodidacte. Il était apparu la dernière fois en public le 30 mai pour le congrès fondateur des Républicains avec Nicolas Sarkozy.