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France/ politique : les réactions internationales

Manuel Valls (à gauche), Arnaud Montebourg (au milieu) et Benoit Hamon © AFP
Manuel Valls (à gauche), Arnaud Montebourg (au milieu) et Benoit Hamon © AFP

Manuel Valls a annoncé le remaniement de son gouvernement après les déclarations anti-austérité du ministre de l'Economie, Arnaud Montebourg. Le premier ministre français est donc chargé de constituer, d'ici mardi, une "équipe en cohérence avec les orientations" de François Hollande. Face à cette crise gouvernementale, les réactions en France et à l'étranger ne se sont pas faites attendre. Tour d'horizon.

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L'effet a été immédiat. Après les déclarations anti-austérité du ministre de l'économie Arnaud Montebourg, ce weekend, Manuel Valls vient d'annoncer le remaniement de son gouvernement. Il doit constituer, d'ici mardi, "une équipe en cohérence avec les orientations" que François Hollande "a lui-même définies pour notre pays", selon un communiqué de l'Elysée. En attendant, il reçoit chaque ministre du gouvernement démissionnaire.

C'est lors de son discours à la fête annuelle de Frangy-en-Bresse, dimanche, qu'Arnaud Montebourg a mis le feu aux poudres. Il a critiqué la politique économique d'austérité du gouvernement. Il a déclaré que son rôle, en tant que ministre de l'Economie était "d'affronter la vérité, même cruelle, et de proposer des solutions alternatives" avant de fustiger "ceux qui depuis dix ans conduisent des politiques d'austérité", comme la chancelière allemande Angela Merkel.
 

Réactions françaises

L'annonce a eu l'effet d'une bombe au sein de la classe politique française. Du côté du Parti Socialiste, les avis sont partagés. Cécile Duflot et Benoit Hamon font partie des premiers soutiens d'Arnaud Montebourg. L'ancienne ministre a affirmé "nous serons très nombreux à être aux côtés de tous ceux qui veulent ce changement de cap et de politique économique du gouvernement".

Claude Bartolone, le président (PS) de l'Assemblée nationale a averti la majorité de "sa responsabilité colossale" et regrette une "ambiance de congrès permanent". Pour Didier Guillaume, président du groupe PS au Sénat "la politique engagée depuis deux ans est la bonne et portera ses fruits dans les mois qui viennent".

Marine Le Pen, la présidente du Front National, elle, appelle à une dissolution de l'Assemblée nationale. Un souhait qu'elle avait déjà annoncé après la démission de Jérôme Cahuzac et après les élections européennes.

Du côté de l'UMP, les réactions sont nombreuses. "On attendait un choc de compétitivité, on a un choc de personnalités. Ce vaudeville de rentrée prêterait à sourire si la situation de notre pays n'était pas aussi catastrophique" a déclaré Gérard Larcher, sénateur UMP. Nathalie Kosciusko-Morizet, députée UMP de l'Essonne, elle, considère que c'est une "vraie crise de régime, l'aboutissement d'un chemin qui a vu le président de la République perdre peu à peu tout crédit dans l'opinion".

Pour Philippe Vigier, président du groupe UDI à l'Assemblée nationale, "la démission du gouvernement ne permettra aucunement de restaurer la confiance indispensable au redressement du pays".

La presse française, elle aussi, s'est emparée de cette affaire politique. "Bateau ivre", "rafiot qui prend l'eau", "pétaudière"... les journalistes français n'ont pas mâchés leurs mots.

Sénateur PS et maire de Lyon
Sénateur PS et maire de Lyon

Presse internationale

Berlin a refusé de commenté la démission du gouvernement français. Selon le porte-parole adjoint du gouvernement allemand, Georg Streiter, il s'agit d'une "affaire intérieure française" et Angela Merkel ne devrait pas non plus s'exprimer sur cet incident.

Pour la Frankfurter Allgemeine Zeitung, au contraire "c'est est assez. On ne peut pas tolérer, dans son gouvernement, un ministre de l'économie qui met constamment en question la politique économique. Pendant son mandant, Montebourg a volé d’échec à l'autre. Il n’avait rien de mieux à faire que d’attaquer la politique de François Hollande – et du gouvernement allemand qui imposerait un programme d’austérité nuisible."

Selon la Stampa en Italie, Arnaud Montebourg a utilisé des mots très durs envers la politique économique d'Angela Merkel. "Il faut hausser le ton. L'Allemagne est prise au piège de la politique austéritaire qu'elle a imposée à toute l'Europe. Quand je dis l'Allemagne, je veux parler de la droite allemande qui soutient Angela Merkel. La France n'a pas vocation à s'aligner sur les axiomes idéologiques de la droite allemande" cite le journal italien.

Capture d'écran d'un article du journal espagnol El Pais
Capture d'écran d'un article du journal espagnol El Pais
Le journal espagnol El Pais, lui, évoque la mauvaise côte de popularité du Premier ministre français, Manuel Valls. Il rappelle que seulement 36% des Français approuvent son travail. Par ailleurs, le journal affirme que "maintenant Valls va devoir reconstituer un gouvernement particulièrement critique en ce qui concerne la politique économique de l'exécutif".

"Hollande renvoie son gouvernement après une révolte contre sa politique économique"
titre le journal britannique The Times. Selon le quotidien, c'est une manière de "réaffirmer son autorité brisée après un weekend de rébellion au sein de son gouvernement concernant la politique économique". Le quotidien espagnol El Mundo, lui, titre "Démission en masse du gouvernement français pour les divergences sur la politique d'austérité de Hollande" tout en rappelant qu'il n'y a plus de gouvernement d'union.

Il s'agit de la première crise gouvernementale depuis la nomination à Matignon de Manuel Valls qui a succédé à Jean-Marc Ayrault après la déroute de la majorité aux élections municipales, fin mars 2014.