Présidentielle en France : ce qui se joue ce week-end

<p>Francois Fillon à Aubervilliers, juste avant son discours, ce samedi 4 mars 2017. </p>

Francois Fillon à Aubervilliers, juste avant son discours, ce samedi 4 mars 2017. 

©AP/Christophe Ena

Le candidat de la droite française est au pied du mur. Ce dimanche après-midi, au Trocadéro, il s'est adressé à ses partisans et maintient sa candidature à l'élection présidentielle.

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Ce dimanche en début d'après-midi, François Fillon annulait sa participation au journal de France 2 ce soir, ainsi que, ce lundi matin, à la matinale d'Europe 1. Quelques minutes plus tard, il revenait sur sa décision.

Plus tard, il s'est exprimé ce dimanche après-midi devant quelque 10 000 partisans rassemblés au Trocadéro pour réaffirmer sa volonté de rendre à la France sa "liberté". Mais qu'en est-il réellement de sa volonté d’aller jusqu’au bout, dopé par le succès de la manifestation de soutien à sa candidature présidentielle organisée dimanche à Paris, au Trocadéro ? Commence-t-il à réaliser, en raison des désertions multiples d’élus de son parti Les Républicains - qui réunit son comité directeur lundi - que sa conquête de l’Elysée est désormais impossible ?

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La partie qui se joue ce dimanche est donc cruciale, et pas seulement à droite. Du côté du Front national, Marine Le Pen doit elle aussi peaufiner sa stratégie de riposte face aux investigations judiciaires. La candidate du FN, convoquée par les juges dans l’affaire des faux assistants parlementaires européens de son parti, a annoncé vendredi qu’elle ne répondra à cette convocation qu’après le scrutin. Le bras de fer de l’extrême-droite avec les magistrats se poursuit donc. De quoi alimenter, à coup sûr, les théories du complot et les mises en cause du système judiciaire qui foisonnent sur Internet et empoisonnent la campagne.

Le pari de François Fillon

L’homme qui peut tout perdre ce dimanche est évidemment François Fillon, enlisé depuis la fin janvier dans l’affaire des soupçons d’emplois fictifs occupés par son épouse et deux de leurs enfants, et lâché vendredi "de façon irrévocable" par son directeur de campagne Patrick Stefanini. Ce préfet connu pour son efficacité, et considéré comme l’un des meilleurs organisateurs en période de joute électorale, est une perte de poids au moment où le front anti-Fillon grossit parmi les élus de droite.

La manifestation dominicale à Paris, que François Fillon a suggérée pour redonner confiance à ses troupes après avoir annoncé sa convocation le 15 mars par les juges (à laquelle il se rendra avec son épouse, malgré son immunité parlementaire), a l’allure du test ultime.

Quitte ou double

Un succès - les organisateurs espèrent plus de 40 000 personnes - obligerait ceux qui ne le soutiennent plus à choisir : soit ils restent à ses côtés, soit ils se taisent, soit ils montent un putsch autour d’un autre candidat qui pourrait être Alain Juppé, le vaincu de la primaire de novembre 2016. Les fillonistes comme le président du conseil départemental de l’Ain Damien Abad, eux, sortiraient victorieux.

Une mobilisation faiblarde, à l'image des travées vides du meeting de François Fillon samedi à Aubervilliers, ferait en revanche du "plan B" une quasi-obligation, à moins de deux semaines du 17 mars, la date butoir pour présenter les candidatures assorties des 500 parrainages requis d’élus au Conseil constitutionnel. 

Le fait est que, malgré son appel vibrant lancé samedi à ses partisans ("N'abdiquez pas, ne renoncez jamais !") François Fillon n'est toujours pas parvenu à éteindre l'incendie et les rumeurs sur son renoncement, dont certains de ses proches, cités anonymement sur Internet, affirment qu'il pourrait intervenir ce dimanche, lors de son discours au Trocadéro.

Le soutien de Pénélope Fillon

<p>Penelope Fillon, 29 janvier 2017 à Paris. </p>

Penelope Fillon, 29 janvier 2017 à Paris. 

© (AP/Christophe Ena)
Dans un entretien exclusif au Journal du Dimanche, son épouse Pénélope, également convoquée par les juges, affirme le soutenir, et avoir confiance en la justice, après avoir détaillé les travaux qu'elle affirme avoir effectués pour son mari, puis pour la Revue des Deux Mondes entre 1998 et 2013. Selon une enquête d'opinion publiée samedi, 71% des Français interrogés souhaiteraient le voir renoncer.

Alain Juppé, le recours

L’homme pour qui tout peut également changer ce dimanche est Alain Juppé. Le maire de Bordeaux, sèchement battu lors de la primaire (67 % contre 33,5 % pour 4,4 millions de votants, un record pour ce type de scrutin) a toujours dit jusque-là qu’il ne s’engagerait qu’avec l’accord de François Fillon.

Question : cette promesse tiendra-t-elle si les divisions de la droite s’exacerbent ? La réalité est que depuis deux jours, Alain Juppé a reconstitué son camp. Il dispose presque d’une nouvelle équipe de campagne prête à démarrer.

Problème : qu’adviendra-t-il alors du parti "Les Républicains" et des fonds amassés lors de la primaire (chaque électeur devait payer deux euros à chaque tour de scrutin) ? La perspective d’une double candidature Juppé-Fillon est très peu probable. Alain Juppé doit en plus aller très vite. Il devra, dans les coulisses, conclure un accord avec les centristes de l’UDI qui ont lâché Fillon, parvenir à une entente avec l’ancien président Nicolas Sarkozy, et récolter d’urgence les parrainages d’élus (il en a un seul pour l’heure, selon la liste publiée le 3 mars par le Conseil constitutionnel).

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Le Plan B exige d’agir dans l’urgence. Certains partisans de François Fillon suggèrent en effet à ce dernier d’attendre sa convocation judiciaire du 15 mars avant de décider, dans l’espoir de le voir ressortir du bureau des juges comme "témoin assisté" et non "mis en examen".

Les déboires judiciaire de Marine Le Pen

Celle qui doit, ce week-end, se préparer à une nouvelle bataille est Marine Le Pen, en meeting ce samedi dans l’Aveyron. La présidente du FN a connu de nouveaux déboires judiciaires la semaine passée. Elle a vu son immunité de parlementaire européen levée pour avoir diffusé sur twitter des photos d’exécution de Daech, ce qui permettra à la justice d’accélérer ses poursuites dans ce dossier. Elle avait été, rappelons-le, acquittée en décembre 2015 à l’issue de son procès pour "incitation à la haine raciale" après avoir comparé des prières de rue à l’occupation nazie.

Plus préoccupant : la candidate frontiste à la présidentielle a annoncé à nouveau vendredi qu’elle refuserait de se rendre à la convocation des juges dans l’affaire des faux assistants parlementaires européens de son parti "en vue de mise en examen". Le FN mise beaucoup sur cet affrontement avec les magistrats qu’il accuse de persécuter ses élus. Sa rhétorique anti-système et anti-européenne y trouve du grain à moudre et, pour le moment, Marine Le Pen reste nettement en tête de presque tous les sondages sur le premier tour du 23 avril. Seule exception : un sondage de l'institut Odoxa réalisé avec l'hypothèse d'une candidature Juppé la donne en troisième position au premier tour, derrière Juppé et Macron.

A cinquante jours de l’élection présidentielle française, les rebondissements sont presque quotidiens. Dimanche, la course à l'Elysée peut de nouveau se retrouver complétement bouleversée.