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France : pourquoi un président aussi bas ?

Affiches électorales -©TV5MONDE/Frantz Vaillant
Affiches électorales -©TV5MONDE/Frantz Vaillant

Le dernier baromètre de l'action politique d'Ipsos/Le Point, publié ce 12 novembre 2013, donne 21% d'opinions favorables au président François Hollande. Jamais un président français ne s'était retrouvé aussi bas dans les sondages, depuis l'instauration de ce baromètre en 1996. Un autre sondage publié en octobre lui donnait alors 26% d'opinions favorables, ce qui était déjà un record. Quels sont les ressorts de cette impopularité ? Entretien avec Daniel Boy, directeur de recherches à Sciences-Po. 

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Un président de la République aussi bas dans les sondages un an et demi après son élection, est-ce vraiment une première ?

Oui. L'un des sondages, celui d'Ipsos (voir encadré ci-contre, ndlr), donne le même terme pour comparer différents présidents, c'est-à-dire qu'il le fait à tant de mois après l'élection, et c'est effectivement un record absolu. 


Qu'est-ce que cela traduit ?

Il y a plusieurs affaires. La question fiscale est certainement la plus grave, parce qu'elle donne lieu à des actes de révolte fiscale qui sont gravissimes pour le pouvoir. 
La lutte sur le terrain contre l'écotaxe par exemple, suit, au fond, un tas d'actions qui n'étaient pas des passages à l'acte mais qui, peut-être, en préparaient. Je pense d'abord au mouvement des pigeons, il y a déjà un petit moment. Il y a eu une série de mouvements de contribuables de catégories particulières : entreprises, artisans, etc, qui s'estiment injustement taxés, ou en tout cas excessivement taxés. Ils réagissent plus ou moins dans les médias, en se constituant en groupe de pression et en faisant valoir leur opinion. Mais à partir du moment où il y a des passages à l'acte, c'est-à-dire des mouvements sur le terrain consistant à détruire des portiques qui étaient destinés à collecter des informations pour percevoir l'écotaxe, là on passe à un autre niveau. La révolte des bonnets rouges en Bretagne, à mon sens, est vraiment très grave pour le pouvoir en place.

Daniel Boy -©D.R.
Daniel Boy -©D.R.
Y a-t-il d'autres facteurs que les problèmes fiscaux ?

Ce sont peut-être eux qui font déborder le vase ! C'est-à-dire qu'il y a beaucoup de problèmes qui sont des problèmes de montée du chômage, du fait qu'au fond ce gouvernement, malgré les promesses, n'arrive pas à enrayer cette hausse. Les mauvaises nouvelles s'accumulent alors qu'il y avait eu la promesse d'inverser la courbe du chômage d'ici à la fin de l'année, ce qui paraît maintenant assez peu crédible. La vision, chaque jour, des entreprises qui ferment, et pour lesquelles on n'a pas de solutions, évidemment, cela n'améliore pas l'atmosphère. L'affaire des taxes diverses et variées, de la pression fiscale, entretenue par l'opposition bien sûr, mais c'est un petit peu son jeu, génère actuellement de très grandes hostilités à l'égard du gouvernement, c'est-à-dire à la fois du président et du Premier ministre. Ce qui est vraiment dangereux pour le pouvoir en place. 


Cela pourrait-il profiter à l'opposition, par exemple lors des municipales en mars 2014 ?

Le problème, c'est qu'aux municipales on vote quand même plutôt au niveau local que national, en tout cas c'est ce que les gens disent. Il y a des votes pour ou contre la municipalité. Alors, il y a bien sûr un effet national qui joue, qui peut être un effet anti-gauche ou anti-Verts. Cela ne me surprendrait pas, même s'il y a une priorité de voter pour un pouvoir local. Mais il y aura forcément un effet. Alors, pour savoir s'il va profiter à la droite ou à l'extrême-droite… Pour ce qui est la droite c'est possible, cela lui fera reprendre des villes qu'elle avait perdues ; pour ce qui est de l'extrême-droite, oui, sauf qu'elle a manifestement une certaine difficulté à avoir autant de listes qu'elle l'aurait souhaité.

©TV5MONDE/Frantz Vaillant
©TV5MONDE/Frantz Vaillant
La popularité de François Hollande peut-elle remonter, si oui, comment ?

Je ne peux pas faire de prévisions. Remonter quand on est bas, cela arrive, bien sûr. Mais pour cela, il faudrait de bonnes nouvelles économiques, et les bonnes nouvelles économiques, on ne les a pas encore. On ne voit pas véritablement de  reprise de l'activité économique. La croissance pour l'année prochaine sera certainement de moins d'un pour cent. En-dehors de cela, il n'y a rien qui puisse faire remonter ! Il n'y a rien, cela peut descendre plus bas, c'est-à-dire à moins de 20%, et ce sera encore quelque chose qu'on n'aura jamais vu. 


On évoque souvent un remaniement ministériel, cela changerait-il véritablement quelque chose ?

Tout dépend du moment et de la taille du remaniement. C'est-à-dire que s'il est fait avant une échéance électorale ce sera bizarre, car d'habitude cela intervient plutôt après une échéance, donc il faudra qu'il réussisse à tenir jusqu'aux élections municipales pour en faire un.
Ensuite, cela dépend de la nature du remaniement. C'est-à-dire, est-ce un remaniement qu'on appelle technique, où l'on change un ou deux ministres, ou est-ce que carrément on change de Premier ministre et des ministres importants. Cela ne peut changer quelque chose que dans le deuxième cas, sans aucun doute. Mais avec une équation politique difficile, parce qu'il faudrait trouver un Premier ministre crédible qui apporte un plus par rapport à celui qu'on a actuellement… ce personnage est difficile à trouver.

La presse participe-t-elle de cette impopularité ?

Daniel Boy : La presse est une chambre d'écho. Oui bien sûr, elle participe. Bien sûr, évidemment. Il y a une presse d'opposition, je pense au Figaro, etc, qui en rajoute pour des raisons politiques. Mais la presse qui, disons, n'est pas très fortement orientée à gauche ou à droite, se contente d'être une chambre d'écho.
Mais quand elle raconte la petite manifestation anti-Hollande pendant les cérémonies du 11 novembre, la presse sert d'écho à quelque chose qui aurait pu rester relativement discret. Donc, oui, elle participe, mais c'est son métier de faire l'écho de ce qui se passe.