France : quand la police montre ses papiers

Formulaires de demande de pièces d'identité de Henry Miller et Sydney Bechet
Formulaires de demande de pièces d'identité de Henry Miller et Sydney Bechet
photo F.V. (TV5Monde)

En 2017, les services de la police judiciaire de la capitale quitteront le fameux 36, quai des Orfèvres pour le quartier des Batignolles. Mais la célèbre adresse pourrait accueillir le musée de la préfecture de police, actuellement installé dans le commissariat du 5ème arrondissement. En attendant le futur déménagement, petite visite au musée du crime...

dans
Empreintes et guillotines

"Le musée ? Troisième !"
L'agent à l'accueil vous indique d'un geste l'endroit où prendre l'ascenseur. Vous voilà tout à coup dans la cabine avec plusieurs policiers armés. On vous regarde avec un demi-sourire. Petit flottement. Aurions-nous la tête d'un suspect ? L'ascenseur ouvre enfin ses portes. Troisième étage, donc. A gauche, une double porte ouverte. C'est ici. Voici donc le musée de la Préfecture de police. C'est gratuit. La dame qui vous reçoit vous explique brièvement l'agencement des lieux. Elle prend soin de préciser que les photos sont autorisées "mais sans flash". Aucune envie de faire le malin. Nous sommes, rappelons-le, dans un commissariat. Alors vous avancez avec la curiosité comme seule boussole.
Et c'est un choc. 
Le musée, jadis implanté à la Préfecture de police, retrace l’histoire de la police parisienne du XVIIe siècle à nos jours. 2000 pièces inédites sur 520 m2 : manuscrits, estampes, portraits, photos, armes, costumes, empreintes, guillotine(s), affiches, journaux !
Se trouvent ici, soigneusement classés, des objets témoins des plus grands faits divers de la capitale auxquels la police a pris part, du XVIIe siècle à nos jours. C'est Louis Lépine (1846-1933), préfet de police de la Seine, inventeur d'un concours d'inventeurs (et, accessoirement, de la brigade criminelle) qui eu l'idée d'un tel lieu au cœur de Paris.
Bien joué.

En haut à gauche, François Vidocq, ex-bagnard devenu préfet de police (1818), à ses côtés, à droite, la légendaire “Casque d'or“ , de son vrai nom Amélie Elie, célèbre pour ses amours avec deux chefs de bande. En bas à droite, la fausse carte d'identité du docteur Petiot et, à gauche,  Henri-Désiré Landru, premier meurtrier en série du 20ème siècle, encadré par plusieurs gendarmes.
En haut à gauche, François Vidocq, ex-bagnard devenu préfet de police (1818), à ses côtés, à droite, la légendaire “Casque d'or“ , de son vrai nom Amélie Elie, célèbre pour ses amours avec deux chefs de bande. En bas à droite, la fausse carte d'identité du docteur Petiot et, à gauche, Henri-Désiré Landru, premier meurtrier en série du 20ème siècle, encadré par plusieurs gendarmes.
(montage et photos F.V.)

Le séducteur-assassin

Vous traversez les différentes galeries avec un étonnement sans cesse renouvelé.
Voici une lettre et un portrait du célèbre Vidocq, rondouillard et souriant. Cet ex-forçat devenu chef de la police de sûreté fut aussi l'inventeur - qui le sait ? - de la toute première agence de détective.
Sous vitre, non loin, une collection de poings américains à faire pâlir de jalousie un gang de Hells Angels. On continue la visite. Tiens tiens, voici une drôle de capsule  en forme de suppositoire. On se penche. L'objet se visse et contient plusieurs petites lames en acier. Il s'agit d'un "bastringue". Une notice  précise : : "Objet creux, jadis en ivoire, que les délinquants dissimulaient dans leur anus afin d'avoir en prison une panoplie de petits outils (scies, limes, lames etc) utiles à la préparation d'une évasion". Décidément, la liberté se mérite.

Sur un mur proche, deux papiers colorés avec deux photos. Encore deux délinquants ? Pas du tout. Il s'agit des formulaires de demandes de pièces d'identités remplies par Henry Miller et Sydney Béchet ! L'écrivain et le musicien épinglés par la police ! Quel stupéfaction aussi à la lecture de cette lettre signée Paul Verlaine ! Le poète sollicite un ami commissaire de police car son voisin de palier, sergent de ville, l'a copieusement insulté et cela, alors qu'il n'était pas en service. Très remonté, Verlaine suggère "une admonestation de ce saligaud" sinon "une poursuite" à son encontre. Un tel poète réclamant justice à un commissaire de police, la chose est pour le moins étonnante.

Mais, plus loin, on ne rigole plus.
Voici l'un des plus célèbres tueurs en série français : Henri Désiré Landru. Le séducteur-assassin, reconnu coupable de 11 meurtres, emmenait ses conquêtes au 7ème ciel. Seul problème : elles ne redescendaient jamais. Lors de son procès en 1921 à Versailles, Landru s'écria : " Vous parlez toujours de ma tête, Monsieur l'avocat général. Je regrette de n'en avoir pas plusieurs à vous offrir ! " Avant d'être guillotiné, le 25 février 1922, on lui propose un verre de rhum et une dernière cigarette. Landru les refuse : "Ce n'est pas bon pour la santé " dit-il crânement.

La corde et poulie que le docteur Petiot utilisait pour descendre le corps de ses victimes dans la chaux vive. En premier plan, l’œilleton dont il se servait pour assister à l'agonie de ses victimes
La corde et poulie que le docteur Petiot utilisait pour descendre le corps de ses victimes dans la chaux vive. En premier plan, l’œilleton dont il se servait pour assister à l'agonie de ses victimes
(F.V)

L’œilleton de l'agonie

Continuons la promenade parmi les époques. Un petit détour chez les braqueurs avec une collection inattendue de pistolets et revolvers fabriqués avec des moyens de fortune : bout d'acier, ressorts... Combien de morts avec ces armes ? Voici soudain, en vitrine, le livre taché du sang du président Paul Doumer, qui fut assassiné le 6 mai 1932, ainsi que l’arme de son meurtrier puis, ailleurs, une mèche de cheveux de l'anarchiste Jules Bonnot.

 Tout à coup, un regard fixe, un peu halluciné, nous force à nous arrêter. Il s'agit de plusieurs photos du docteur Petiot, coupable de 24 meurtres durant l'Occupation. Voici l’œilleton qui lui permettait d'assister à l'agonie de ses victimes, la poulie dont il se servait pour descendre les corps dans la chaux vive et une fausse carte d'identité, avec sa photo, au nom de "Wetterwald". Sa plaque de médecin, qui était jadis à l'entrée de son domicile, 21 rue Lesueur à Paris, est posée sur une armature en fer. Et l'on frissonne en pensant à toutes ses futures victimes qui ont frôlé cette plaque : "Docteur Marcel Petiot, radiothérapie, radium.". Victimes innocentes qui  étaient persuadées que le bon docteur allait les faire passez en "zone libre" ou à l'étranger avec leurs bijoux. Marcel Petiot assurait qu'il se chargeait de tout. Simplement, au préalable, les candidats au départ devaient accepter une petite piqûre "un vaccin" disait-il. Les malheureux ne se réveilleraient plus. Personne n'a jamais revu aucune de ces 24 victimes et le "trésor" de Petiot, c'est-à-dire l'argent volé à ses victimes, n'a jamais été retrouvé.

Le livre comptable de Drancy et trois étoiles jaunes
Le livre comptable de Drancy et trois étoiles jaunes
(F.V)

Recettes, dépenses, balance

L'écriture est légèrement courbée. Trois colonnes indiquent respectivement "recettes" "dépenses" et "balance". Nous sommes en 1942. Qu'est ce que ce livre ? Il s'agit du livre-comptable de l'employé qui avait la charge de la liquidation des comptes du camp d'internement de Drancy, où l'on avait entassé les juifs raflés. Avant-dernière étape avant les camps d'extermination en Pologne. Le musée précise :" Les sommes laissées par les déportés étaient ensuite transférées à la Caisse des dépôts et consignation." Outre un ouvrage antisémite, plusieurs étoiles jaunes sont aussi présentées : la tristement célèbre, celle que les juifs avaient pour obligation de porter sur leur vêtement à partir de juin 1942 mais aussi deux autres spécimens : l'une portant le mot "swing" et l'autre "auvergnat", que portaient, paraît-il, les "zazous" en signe de solidarité envers les juifs. On cherchera en vain, cependant, une photo du 16 juillet 1942, où près de 7000 policiers et gendarmes français prêtèrent main-forte au régime nazi pour rafler massivement plus de 13000 personnes. Mais, on ne le sait que trop peu, il exista aussi, au sein de la police parisienne, un groupe clandestin baptisé "L'Honneur de la police" hostile à l'occupation allemande. Poursuivons.

Entre la mallette de mensurations anthropométrique de Alphonse Bertillon  (image du haut) et les prélèvements effectués par la police scientifique d'aujourd'hui (image du bas ), plus de 120 années de recherches pour traquer au mieux les criminels
Entre la mallette de mensurations anthropométrique de Alphonse Bertillon (image du haut) et les prélèvements effectués par la police scientifique d'aujourd'hui (image du bas ), plus de 120 années de recherches pour traquer au mieux les criminels
(F.V)

Enfin, dernière étape, voici la salle consacrée à la police scientifique. Tout y est. Des premières trouvailles du génial Alphonse Bertillon, qui fonda en 1870 le premier laboratoire de police d'identification criminelle et inventa l'anthropométrie judiciaire, le visiteur s'initie aux rudiments de la police scientifique d'aujourd'hui avec la reconstitution d'une scène de crime. A genoux, un agent spécialisé dans sa combinaison blanche prélève quelques minuscules indices qui partiront dans un laboratoire dédié.

Chose étonnante, les visiteurs ne se bousculent pas dans les salles de ce musée pas comme les autres. Mais les choses pourraient bientôt changer. Le transfèrement du musée est aujourd'hui à l'étude. En 2017, il pourrait occuper une partie des locaux du 36 quai des Orfèvres, une fois son déménagement réalisé dans le quartier des Batignolles.
Retour à la maison-mère ?

Musée de la Préfecture de police mode d'emploi


Le musée de la Préfecture de police est actuellement ouvert au public du lundi au vendredi de 9h30 à 17h00.

Hôtel de police
4 rue de la Montagne Sainte-Geneviève
75005 Paris
Tél. : 01 44 41 52 50
L'entrée est libre.