France - Russie, une relation séculaire et passionnelle

©Yuri Kochetkov/Pool photo via AP

Ce lundi 29 mai, Vladimir Poutine est le premier chef d'Etat étranger à être reçu par le nouveau président français, Emmanuel Macron au Château de Versailles. Cette rencontre donnera-t-elle une nouvelle impulsion aux relations diplomatiques entre la France et la Russie ? Retour sur les relations culturelles qui unissent les deux pays. 

dans

Fait inhabituel, le président russe est reçu par Emmanuel Macron, ce lundi 29 mai 2017, au Château de Versailles. Ils vont tous les deux y inaugurer une exposition prétexte à cette rencontre. Il s'agit d'une exposition consacrée au tsar Pierre le Grand qui vint à Versailles en 1717.

La visite de cette figure chère à Vladimir Poutine a posé, à l'époque, les bases des relations diplomatiques entre les deux pays déjà unis depuis des siècles. Retour historique sur ces relations franco-russes. 

Russie, pays de nos fantasmes

 

Attirance, répulsion, amour, haine, ces mots semblent avoir rythmé trois siècles de relations tumultueuses entre la France et la Russie. Côté français, cela avait commencé avec les philosophes des Lumières tels Voltaire ou Diderot qui couraient rejoindre la Grande Catherine à Saint Pétersbourg, puis fuyaient au contraire son despotisme. Cela se poursuivit avec de grands voyageurs explorateurs tels Leroy Beaulieu ou le Marquis de Custine qui traversèrent ce pays continent, armés souvent de préjugés, et parfois de fulgurances…

Cela culmina avec un la mort d’un poète russe, celle de Pouchkine, abattu par un baronnet français. Une nouvelle poussée de fièvre agita les détenteurs ruinés par les emprunts russes. Cela s’acheva avec les compagnons de route, les camarades communistes esquissant la terre de leurs rêves, avant de revenir brutalement à la réalité et de haïr ce qu’ils avaient adoré…

Comme aucun autre peuple européen, les Français semblent avoir passé leur temps à projeter dans cette Russie si proche et si lointaine, fantasmes ou rejets. Et cela n’est pas fini : combien d’intellectuels encore se confinent encore en détestation ou au contraire en dévotion, bien loin des liens tout en relativité qu’entretiennent depuis longtemps Allemands, Anglais ou Italiens avec les Russes.

France, terre d'accueil

Côté russe, la France, mais pas la seule, fut aussi bien souvent convoitée et investie. Les écrivains tels Tougueniev, trouvèrent dans l’hexagone calme et inspiration.
Les révolutionnaires de la deuxième moitié du XIXème siècle, souvent jeunes aristocrates en rupture élevés par des préceptrices en fuite de Napoléon III, vinrent tenter leurs expériences dans un Paris en ébullition. Pendant la Commune de Paris, c’est une jeune Russe, Elisabeth Dmitrieff, qui prit la tête des Pétroleuses.

Accoururent ensuite leurs descendants : les Lenine, Kropotkine et autres Kolontaï se précipitèrent à Paris humer le parfum insurrectionnel. Des décennies plus tard, au 74ème jour de la Révolution d’Octobre, Lenine patina joyeusement devant le Palais d’hiver parce qu’ils avaient déjà tenu un jour de plus que les Communards.

Les arrivants suivants furent plus sombres : nobles déchus, artistes persécutés, écrivains en fuite, dissidents ou prisonniers politiques échangés… Mais aussi compositeurs au sommet de leur art, qui comme Igor Stravinsky choisit la scène parisienne pour y créer son Sacre du printemps.
Et aujourd’hui, nouveaux riches en mal de riviéras, entrepreneurs alléchés ou encore intellectuels à la recherche de la pensée…
 

>> Notre dossier

 

Russes en France, portraits d'hier et d'aujourd'hui

 

Le cinéma russe, reflet d'une société en proie à ses contradictions

     
Dossier réalisé par Sylvie Braibant