France : un incendie détruit le camp de migrants Grande-Synthe

Incendie Grande-Synthe
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Le camp de migrants de Grande-Synthe (Nord), qui se voulait un abri exemplaire pour les migrants rêvant de passer en Angleterre, a vécu : après des bagarres, un violent incendie a ravagé l'essentiel de ses 300 chalets lundi 10 avril 2017 au soir, selon les autorités.

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Vers minuit lundi 10 avril 2017, le camp dit de La Linière, voulu par le maire écologiste de la commune Damien Carême pour en finir avec le camp voisin du Basroch offrant le visage désolé d'un cloaque, a été réduit à un "amas de cendres" et "il sera impossible de remettre des cabanons à la place de ceux qui existaient auparavant", a déclaré à la presse le préfet du Nord, accouru sur place depuis Lille.

Ouvert en mars 2016, cet ensemble construit par Médecins sans frontières (MSF) et la ville comptait 1.500 migrants, principalement des Kurdes irakiens, hébergés au sec dans des abris en dur et non plus sous des tentes. Ce camp, réputé pour être tenu par des passeurs kurdes irakiens, avait été le théâtre de plusieurs incidents sérieux ces derniers mois, nécessitant de faire appel à la police.

Lundi, le sinistre, extrêmement violent, s'est déclaré "en fin d'après-midi, vers 18H00", selon Olivier Caremelle, directeur de cabinet du maire (EELV) Damien Carême, joint par l'AFP. Il n'était pas encore éteint vers 2H00 mardi. Selon le Centre opérationnel d'incendie et de secours (Codis) du Nord, l'incendie a fait une dizaine de blessés au moins. Aucun bilan complet et précis n'est encore disponible.

Les migrants ont été évacués du camp et seront relogés dans des hébergements d'urgence, a assuré le préfet, précisant que la ville de Grande-Synthe avait d'ores et déjà mis à disposition deux gymnases. A 00H50, 165 personnes avaient été mises à l'abri, selon la préfecture.

Une rixe entre Afghans et Kurdes, qui a d'abord fait dans l'après-midi six blessés à l'arme blanche, est à l'origine de l'incendie a affirmé le préfet du Nord Michel Lalande.

- "Mises à feu volontaires" -

"Il a dû y avoir des mises à feu volontaires en plusieurs endroits différents, ce n'est pas possible autrement. Il semble que ce soit lié à des rixes, entre Irakiens et Afghans, c'est l'enquête qui le dira", a déclaré de son côté M. Caremelle.

Selon plusieurs témoignages, la discorde est venue de l'augmentation du nombre d'Afghans, arrivés après le démantèlement de la "Jungle" de Calais, à 40 km de là. Les Afghans étaient mécontents d'être parqués dans les cuisines collectives tandis que les Kurdes dormaient dans des chalets dont le nombre n'a pas été accru.

Les rixes entre migrants se sont poursuivies tard dans la nuit, et les deux compagnies de CRS qui tentaient de les faire cesser progressaient difficilement, parfois visées par des pierres, selon un correspondant de l'AFP sur place.

"A ce que je peux voir par moi-même, tout a brûlé. Il reste une cuisine communautaire et le point d'information. Mais il est impossible de parcourir tout le camp et donc de se faire une idée vraiment précise de l'étendue des dégâts", a témoigné M. Caramelle.

De très nombreux pompiers se pressaient autour du camp pour maîtriser le sinistre, toujours en cours et visible à plusieurs kilomètres à la ronde.

Lors de l'hiver 2016, la préfecture du Nord avait refusé de cautionner l'ouverture du camp, invoquant notamment des défauts de sécurité, notamment en cas d'incendie. La mairie de Grande-Synthe avait fait faire des travaux supplémentaires, et l'Etat avait finalement accepté de financer le fonctionnement de ce camp aux normes ambitieuses. Le sinistre de lundi n'est "pas lié" à des failles de sécurité, a néanmoins insisté M. Caremelle.

Il y a moins d'un mois, la convention renouvelant pour six mois le soutien de l'Etat avait été signée à Grande-Synthe par M. Carême et la ministre (écologiste) du Logement Emmanuelle Cosse, avec pour ambition d'améliorer les conditions d'accueil et de sécurité.

Entretemps, notamment du fait du démantèlement de la "Jungle" de Calais, la population du camp, qui était retombée à 700 de par la volonté de la municipalité, avait à nouveau grossi.

Tout en rappelant que le site n'avait "pas vocation à rester définitivement", la mairie se disait fière de ce "camp humanitaire dont la fonction première est l'hospitalité".