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France : une conférence contre “l'Etat islamique“

Le président irakien Fouad Massoum à l'ouverture de la conférence internationale à Paris © AFP
Le président irakien Fouad Massoum à l'ouverture de la conférence internationale à Paris © AFP

Les représentants d'une vingtaine de pays se réunissaient ce lundi à Paris pour définir le rôle de chacun dans la coalition internationale voulue par Washington pour combattre les jihadistes de l'Etat islamique (EI), qui ont exécuté un nouvel otage. Ils ont promis de soutenir "par tous les moyens", y compris militaires la lutte de Bagdad contre l'EI. 

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La communauté internationale, réunie à Paris, ce lundi, pour la conférence sur la sécurité en Irak, a promis de soutenir "par tous les moyens nécessaires", y compris militaires, la lutte contre l'Etat islamique en soulignant "l'urgence" à les déloger du nord du pays. "Daesh (acronyme arabe pour EI, ndlr) n'est pas une menace seulement pour l'Irak mais aussi pour toute la communauté internationale", ont affirmé la trentaine de pays et organisations prenant part à la réunion. A son ouverture, les présidents français François Hollande et irakien Fouad Massoum ont lancé un appel pressant à la mobilisation internationale contre les jihadistes. 

"Daesh au cours de ces derniers mois a commis des massacres, des crimes que l'on peut qualifier de génocide, de purification ethnique et religieuse", a déclaré le président irakien. Il a ensuite appelé à une "intervention aérienne" rapide avant d'ajouter : "Si cette intervention et ce soutien à l'Irak tardent, peut-être que Daesh va occuper d'autres territoires". 

Comme en écho, deux avions de combat Rafale français ont procédé, ce lundi, à de premiers vols de reconnaissance au-dessus de l'Irak, en préalable à d'éventuelles frappes dans le cadre de la coalition internationale que les Etats-Unis mettent en place contre l'EI. 

Cette conférence a été dramatisée par la décapitation, samedi, d'un nouvel otage occidental par les jihadistes. En effet, le meurtre du Britannique, David Haines, revendiqué samedi par l'Etat islamique, a renforcé la détermination de la communauté internationale à éradiquer ces terroristes, qui contrôlent de vastes territoires en Irak et en Syrie, en formant une vaste coalition. "Nous sommes désormais en ordre de marche", a affirmé à la chaîne CBS le secrétaire d’État américain John Kerry, qui a obtenu le ralliement de 10 pays arabes lors d'un récent marathon diplomatique au Moyen-Orient.

"Anéantir la menace"

Après la mort de David Haines, le président américain Barack Obama a réaffirmé sa volonté de travailler avec "une large coalition de nations" pour "anéantir la menace" que constitue l'EI. "Nous traquerons les responsables (...) quel que soit le temps nécessaire", a déclaré dimanche le Premier ministre britannique David Cameron, le visage grave, après la diffusion d'une vidéo montrant le meurtre de David Haines. "Pas à pas, nous devons repousser, démanteler et finalement détruire l’État islamique", a-t-il ajouté dans une allocution télévisée, s'engageant à prendre "toutes nouvelles mesures nécessaires", sans toutefois en préciser la nature. Il s'est notamment gardé de lever les incertitudes concernant l'éventuelle association de son pays aux frappes aériennes américaines en Irak et en Syrie.
Carte du monde indiquant le niveau d'engagement des partenaires du front contre l'Etat islamique © AFP
Carte du monde indiquant le niveau d'engagement des partenaires du front contre l'Etat islamique © AFP

La décapitation de ce Britannique de 44 ans est la troisième d'un Occidental en un mois, après celle de deux journalistes américains également enlevés en Syrie, James Foley et Steven Sotloff. Dans sa vidéo intitulée "Un message aux alliés de l'Amérique", l'EI menace maintenant d'exécuter un autre Britannique, Alan Henning. Le bourreau, visage dissimulé, s'adresse à David Cameron et reproche au Royaume-Uni d'avoir rejoint les États-Unis dans leur combat contre l'EI."Vous êtes volontairement entrés dans une coalition avec les États-Unis contre l'État islamique, comme votre prédécesseur Tony Blair l'a fait avant vous, suivant une tendance parmi nos Premiers ministres britanniques qui ne peuvent pas trouver le courage de dire non aux Américains", dit-il.

Cet homme à l'accent britannique, qui pourrait être le même que dans les vidéos des exécutions de Foley et de Sotloff, ajoute que cette alliance plongera le Royaume-Uni dans une "autre guerre sanglante et impossible à gagner".
Cette exécution intervient après que Londres a annoncé cette semaine la fourniture pour deux millions d'euros de mitrailleuses lourdes et de munitions aux forces kurdes d'Irak luttant contre les jihadistes.
Engagé dans l'humanitaire depuis 1999, David Haines avait été enlevé en Syrie en mars 2013 au moment où il effectuait sa première mission pour l'ONG française Acted, en tant que responsable de la logistique dans le camp de réfugiés d'Atmeh, près de la frontière turque.


"Apprécié de tous"

Acted s'est dit "abasourdi" par l'assassinat de son employé, qui "était apprécié de tous, notamment pour sa générosité, son engagement et son professionnalisme". L'ONG a annoncé le dépôt prochain d'une plainte à Paris pour assassinat, enlèvement et séquestration. Cet "odieux assassinat (...) montre une nouvelle fois combien la communauté internationale doit se mobiliser contre Daesh (acronyme arabe de l'EI)", a réagi la France.
Un porte-parole de la diplomatie européenne a affirmé pour sa part que l'UE, après cette décapitation, "était plus déterminée que jamais à soutenir les efforts internationaux en vue de lutter contre les groupes terroristes".

Face aux agissements de l'EI, Barack Obama a annoncé mercredi une extension de la campagne aérienne des États-Unis en Irak, où 1.600 militaires américains seront déployés pour appuyer les forces irakiennes en matière d'équipements, de formation et de renseignement.
L'armée irakienne, mal entraînée et peu loyale, a été mise en déroute par l'EI et peine à reprendre du terrain, malgré l'aide des combattants kurdes et chiites et les frappes américaines débutées le 8 août. Barack Obama s'est aussi dit prêt à frapper l'EI en Syrie et s'est engagé à doper l'aide militaire aux rebelles syriens modérés, qui combattent à la fois les jihadistes et le régime de Damas. John Kerry a précisé que les frappes ne seraient pas coordonnées avec le régime syrien, malgré une demande de Damas.