France : une résolution pour rappeler aux journalistes les limites

Le site d'information Mediapart, à l'origine des accusations les plus rudes pour le président français Nicolas Sarkozy et son ministre du Travail dans l'affaire Bettencourt-Woerth, est la cible de toutes les attaques de la droite qui dénonce des méthodes "anti-démocratiques" voire "fascistes".

Parallèlement, Muriel Marland-Militello, députée UMP, dénonce "une curée contre Eric Woerth" et propose d'adopter une résolution visant à rappeller aux journalistes les principes de déontologie.

dans

Muriel Marland-Militello : “Les journalistes ne sont pas au-dessus des lois“

Quels sont les événements qui vous ont poussée à rédiger cette proposition de résolution ?

Cette proposition de résolution est née d'un fait proprement scandaleux : la divulgation dans la presse d'un dossier médical. Celui de Johnny Hallyday. Dans L'Express. La liberté de la presse est sacrée mais elle ne permet pas tout et n'importe quoi. Personne n'est au dessus des lois, ni les journalistes, ni les élus. Personne.

Dans le cas de l’affaire Bettencourt-Woerth, que reprochez-vous exactement à Mediapart, sachant que lors de la parution de l'interview de Claire Thibout, l'ex-comptable, sur le site, l’affaire ne faisait pas l’objet d’une instruction ?

Tout d'abord il n'y a pas d'affaire Bettencourt-Woerth. Il y a une affaire Bettencourt à la faveur de laquelle on a essayé de salir Eric Woerth. Je suis très attachée à la liberté de la presse que j'ai défendue toute ma vie. Mais je suis également attachée au respect de la personne humaine, de la présomption d'innocence... La curée dont a été victime Eric Woerth sans preuve me paraît de loin excéder le travail d'un journalisme de qualité car il porte atteinte à la présomption d'innocence.

Mediapart a été violemment fustigé par la droite (voir encadré ci-contre), qu’en pensez-vous ?

Je n'ai jamais employé ces propos. Ils trahissent chez ceux qui les ont prononcés un sentiment d'injustice et une révolte contre le non-respect de la personne humaine. Personnellement je souhaite simplement que certains journalistes reviennent à la déontologie qui est issue des valeurs fondamentales de notre République, valeurs communément admises par l'ensemble des journalistes...à quelques exception près.

Comment souhaiteriez-vous que la presse fasse son travail ?

Je souhaite que la presse fasse son travail en respectant toutes les libertés comme elle souhaite à juste titre que l'on respecte les siennes. Cela implique que la presse puisse tout dire mais sans porter atteinte au respect des personnes. Je souhaite que la presse fasse son travail dans le respect des lois et des valeurs de notre République.

Je tiens à souligner qu'en France, contrairement à certains pays anglo-saxons, la presse est respectueuse des règles du vivre ensemble et du respect de la personne humaine. C'est cela que je veux préserver. Que ce soit avec Johnny Hallyday ou avec Eric Woerth ces principes fondamentaux me semblent actuellement mis en danger. Et c'est la mission des parlementaires que de réagir quand des principes fondamentaux de notre République sont mis en danger.

Comprenez-vous que certains voient votre proposition de résolution comme une façon d’encadrer les journalistes et/ou d’empêcher la divulgation d’informations compromettantes ?

C'est une contre-vérité manifeste ! Il est assez étonnant de voir la levée de bouclier à laquelle on assiste dès que l'on parle de la presse. Ma proposition de résolution ne crée aucune règle nouvelle, elle récapitule simplement des textes fondateurs de notre droit national mais aussi du droit européen et international. Textes qui sont communément admis par la profession depuis de nombreuses années.

Certains ont voulu faire croire à une tentative d'encadrer la presse alors qu'il n'en est rien. Au contraire. La liberté de la presse, comme toute liberté, s'arrête à ce qui est interdit par la loi, dans l'intérêt général. Dans une démocratie apaisée un élu de la Nation doit pouvoir parler de la presse sans être caricaturé, sans être diabolisé.

Que pensez-vous du projet de loi du gouvernement Berlusconi visant à limiter les écoutes téléphoniques et leur publication, contre lequel la quasi totalité de la presse italienne a manifesté et contre lequel l’ONU et l'OCDE se sont prononcés ?

Je n'ai pas à me prononcer sur ce que décidera la représentation nationale italienne. Tout ce que je peux dire c'est qu'en France nous sommes attachés à la liberté de la presse, qui ne va pas sans le secret des sources d'information des journalistes. Ce secret nous l'avons à juste titre consacré par la loi en janvier dernier.

Où en est votre proposition de résolution ?

Elle est en cours de dépôt. J'ai rédigé ce texte qui récapitule de grands principes juridiques. J'ai envoyé ce texte à tous les députés français. Je veux que cette proposition de résolution, texte hautement juridique, voie le jour officiellement dans une période plus apaisée que celle que nous connaissons actuellement. C'est la raison pour laquelle j'ai laissé jusqu'à la mi-septembre à mes collègues pour me faire part de leurs souhaits de cosignature. La liberté d'expression est au coeur de notre démocratie ; vous comprendrez donc que j'espère qu'une majorité de députés s'associera à ma démarche, à moins que certains ne soient contre le respect de la personne humaine, du secret de l'instruction, du secret médical, du secret-défense, chose que je ne peux pas croire une seule seconde !

Propos recueillis par Laure Constantinesco
21 juillet 2010

La proposition de résolution

Extraits

"Les atteintes au secret de l'instruction, au secret-défense, à la dignité et à la vie privée de la personne et au secret médical, qu'elles qu'elles soient, font partie de ces abus et, partant, ne sont pas acceptables"

"Le droit d'informer doit se fonder sur une information obtenue de manière légale, loyale, et elle doit être exacte, objective, pertinente et répondant aux exigences fixées par la loi et la jurisprudence"

"Toute violation de ces principes est inacceptable et doit être condamnée, à commencer par les journalistes eux-mêmes afin de sauvegarder leur déontologie"